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To-to-to ! n’a du moun’ ? Alé debout’ !
– …
– N’a person’ne ? Alerte jénéraaaale !
– …
Lé Marsien é ki nou z’atake ! insistait la voix qui venait du salon.
– Mmm ! grommelais-je à demi-sorti d’un cauchemar à répétition qui hantais mes songes.
– Té toujou ki dor ? Tu passe plus’ ke la motchié d’ta vie a dormi toué ! In’ne demi-vie d’foutue, bouaye ! se moquait gentiment mon ami Claude.
– T’es fêlé ? Il fait toujours nuit !
Hale ta tète d’en’sou d’ton or’yé tu va vouèr la lumière du Seingneur. Lé lampe alojène sé d’la bel’ couyon-nade a koté d’sa !
– Très drôle… Tu sais qu’ils ne prennent pas les fêlés chez Lustucru ! Quelle heure est-il ?
–  Yé sèt eure moin vin, on a pou d’ète a sèt eure su in chantié a Colombier.
– Tu fais du jus ?
– N’a pa l’temp. Jé rézervé du pain you man Duzant a Lorient. Avec in ti morso d’fronmage é in ti vitamalt ke jé pri you Giraud MiniMart n’ora du manjé, ta pa bezoin d’crin’.
– C’est quoi le programme de la journée ?
– Colombier é Flamands. Colombier pou in problème tèknic ki m’a pri in’ne matinée san pouvouèr trouvé la solusion, é Flamands a la Baie des Flamands pou révizé tout’ lé kuzine d’bord d’mèr k’le l’salpète é ki mange… é sé gratuit pace ke sé ma bèl’ mère.
– On va finir ruiné si tu continues comme ça, posais-je deux pieds par terre, complètement dans le cirage.
– Avec moin tu gangne pa l’doube de sa k’in’ entreprise te pèyeré ?
– Si… De ce côté-là je n’ai rien à dire, mais avec moi tu vas deux fois plus vite, renvoyais-je la balle. Je sais que tu le sais !
– Ju ki t’pren in vère d’o dan ton frijidère.
– Fais comme chez toi.
– Tu devré fère dé konmission é arété d’manjé dé bouète d’conserv’. A par dé karot’ é d’l’o frèche, n’a k’dé pélicule foto dan s’frijidère la !

J’en profitais pour passer dans la salle de bains et me débarbouiller en quatrième vitesse, gêné d’être une fois de plus à la bourre. Devant le lavabo, face au miroir, en train de vite me brosser les dents mais en prenant soin de mes gencives, je continuais la conversation :

– Che conchidère cha comme une chournée réchréative alors ? prononçais-je tant bien que mal, la brosse à dents dans la bouche.
– Ouè, sé ekzactemen sa, in-n tite journé san s’harkanssé avec fouting, èkzersis’ su la plaje é dégustasion d’noi d’coco a la mod’ dé tourisse.
– Okayyy ! égaillais-je le ton soudainement, je prends mon maillot, une serviette, un short, un tee-shirt et mes sebags. Laisse-moi encore une minute pour me coiffer, j’arrive !

Claude m’attendait dans sa Pony moteur en marche, je m’asseyais et refermais la porte passager quand j’entendais :

– Sainture ! Tu kon’né, le « Saint » ki vèye su toué ?
– Ça sert à quoi ? Sur la route, t’es aussi lent qu’un molocoy qui vient de manger une laitue jusqu’au quignon !
– Ju responsab’ d’toué, é té su mon vésso, sé moué l’kapitain’.
– Elle ne fonctionne même pas la ceinture passager !
– A s’rembobine pa, min a fé son travay. Ta pa d’révèye ?
– J’ai passé une partie de la nuit à photographier les chauve-souris en vol autour du Tamarin. J’ai fini par installer une cellule à détection de mouvement et quand la chauve-souris est passé devant, l’obturateur s’est déclenché !
– É tu l’tchinbon pendan tout’ se temp la ?
– Mais non, sur trépied et en pause lente pour que la nuit soit moins sombre. J’espère que la lune n’a pas grillé le film.
– Tu komplike pa in ti peu trop’ lé choze ?
– J’innove. J’utilise la même méthode qu’à Gustavia de nuit. Sauf que je ne déclenche qu’une fois. Du coup, je n’ai que cinq heures de sommeil, expliquais-je en toute logique. Ne t’étonnes pas si je ne suis pas complètement opérationnel aujourd’hui.
– Sa tombe mal, jé besoin k’tu réfléchi a in problème ki m’a don’né mal de tète.
– C’est quoi ?
– Y fo k’tu voué sa toué-minme.
– Vas-y double, la voiture de devant n’avance pas !
– On doub’ pa en monté !
– Ah bon ? Et si c’était en descente ?
– On doub’ pa en désant’ nan ! Té malad’ ?
– Pourquoi ?
– Pace ke dan lé désant’ té ki ralenti avec l’frin moteur. Prudense é la mère dé sureté.
– Pourquoi tu lèves tout le temps ton petit doigt ?
– Sé pou di bonjour o moune ke ch’kon-né. Sé pas possib’ ! Tu kon-né pa sa ?
– Tu me l’apprends, moi je fais des appels de phares.
– T’inme bin gaspiyé ton arjan ou t’inme chanjé lé bolbe ?
– Tu m’as eu ! Lever le doigt c’est la version discrète et économique, c’est ça ?
– Sé not’ fason d’nou salué a Sem-Bath, sé pa plus’ kompliké k’sa.

La Pony qui grimpait comme un cabri nous menait en un instant à Colombier et se présentait face aux trois villas en construction dont les toitures venaient d’être fraîchement terminées. Les chutes de tôles et de chevrons présents au sol en témoignaient. C’était l’avantage d’habiter une petite île. Rien n’était loin, rien ne prenait du temps. Ca roulait tout seul. Comme se plaisait à dire Claude : « rouler vite pour gagner moins d’une minute ne sert qu’à brûler de l’essence inutilement ». Nous entrions dans la villa la plus proche.

– J’ai faim, annonçais-je en me passant la main sur l’estomac.
– Sé pa l’moumen, rétorquait mon équipier qui devenait soucieux face à sa problématique non résolue.

Visiblement, alors que ce n’était pas dans ses habitudes, Claude avait des plis sur le front que je ne lui connaissais pas.

– J’ai soif ! Quoi ? J’ai le droit d’avoir soif, non ?
– Té t’in enmerdeur ! Tu pouvé pa bouère avan d’mouté dan mou karosse ?
– Je viens de me réveiller à l’instant. Je t’écoute.
– Bon, j’te rakonte mou problème ? Jé testé tout’ sa k’na d’fil un’ apré l’ote. Jé pa trouvé argnien ki va ensem’.
– Tu veux bien recommencer du début s’il te plaît ? Ça ne t’embête pas si je m’assois, je réfléchis mieux assis.
– Tu t’rapèle du d’vis k’on a perdu a koze d’in-n entreprize de franse k’été moin chère k’nouzote ?
– Tu veux me dire que c’est le chantier sur lequel nous sommes ? répondais-je à sa question par une autre. On s’en va !
– La fanmeuze entreprize a touché lé premié sou, a kassé é rebouché lé tracé dé gain’ne.
– Ça c’est bien ! Je n’aurais pas à le faire.
– Aten, sé pa fini. Eu l’a rédi lé fil é eu l’a demandé la deuziènme part d’leu sou.
– Et alors ? Tout va bien !
– Eu l’avé soué disan besoin d’plus’ d’arjen é eu l’a fini par demandé d’leu don’né la toiziènme part é apré d’la, l’diab lé z’a pri ! Person’ne lé z’a pu revu !
– Sans rire ?
– Tu peu konpren’ ke kant’ la kliente a vu sa, a m’a téléfon’né pou m’demandé si j’pouvé fini l’travaye, min jé in problème avec lé dinmon d’fil. Ju pa kapab’ de trouvé ola k’eu va !
– Eh bien ! Tu es drôlement gentil. Comment tu t’y es pris pour tester les fils ?
– Konm’ j’le fé a chake foi ! Le testeur en pozision ohmmètre avec le bip. Le testeur é pozé a tère avec « l’plus » pri su la faze d’in prize, é in fil de kinze mète branché o « moins » du testeur pou trouvé ola k’le bout’ d’la faze arive dan l’tablo prinsipal, é l’marké.
– Rien de plus facile ! Où est le problème ? La pile est bonne ? Le bip fonctionne ?
– La pile é Neuv’ é l’testeur kriye.
– Tu l’entends au bout de la galerie ?
– Oui, jé fète se test la ossite.
– Tu as essayé le fil neutre pour voir ?
– Min oui. Jé refèt s’travaye la deu foi.
– C’est pas possible ? Il y a un tableau en sous-sol ?
– Non. Lé toua vila son séparé, n’a pa in-n gain’ne ki passe rent’ lé kaze.
– Tu me fais une blague ? On est le premier Avril, c’est ça ?
– J’inmré bien konpren’ sa ké l’problem avan sa k’jé d’cheveu d’vien blan !
– Toutes les boites, interrupteurs et prises ont des fils qui sortent ?
– Yès man ! me répondait en anglais Claude qui commencait à s’impatienter.
– Je suis dans le brouillard là. Franchement tu me poses une colle. Les fils que tu as testé sont coupés quelque part.
– Sé sa k’jé mé di ossite. Jé changé d’bouète, testé la faze, testé l’neute é la tère du minme tube. Argnien !
– Tu as pris un autre tube dans une autre pièce de la maison pour vérifier ? Va savoir, ça arrive peut-être dans un coin que tu n’as pas vu, ou qui a été bouché, je sais moi ? On a connu pire !
– Koué moué si j’te di k’jé essayé su plus’ ke sink tube.
– Une boite de dérivation cachée ?
– Jé charssé tou partou, pa d’bouète de dérivation.

Je me levais, me dirigeais vers une boite scellée qui devait recevoir un inter, prenait les fils en main, les observais.

– Ça à l’air nickel, les fils sont en super état. On dirait qu’ils n’ont même pas frotté sur les parois du tube. C’est du fil standard 1,5 carré. Non, franchement je ne vois pas. C’est incompréhensible.
– Bon. Ju ki va dire a la kliente k’on va pa pren’ s’travaye la. A nou alé, sé pa la pein’ne de perde plus’ d’temp, rétorquait Claude déçu.

Je le suivais mécaniquement, enchevêtré dans mes pensées, refaisant virtuellement le parcours des câbles dans les gaines. Comment aucun des câbles n’aboutissaient quelque part ? J’arrivais devant la portière de la Pony alors que Claude actionnait le contact, mais ne voyais pas la voiture. J’avais devant les yeux l’ensemble du câblage et peut-être la solution au problème. Je repartais vers la villa préoccupé par ce que je venais d’imaginer.

– Heyyyy ! Té ki moute ? O ti k’té ki va ? m’interpellait Claude sans réponse de ma part.

Non, me disais-je mentalement, non, ils n’ont pas pu faire ça. Non ! Ils n’ont pas osé ? C’est pas possible de faire une chose pareille ! Plongé dans mes pensées, j’évitais de me couper les chevilles en zigzagant machinalement entres les chutes de tôle et arrivait devant le tableau. Je restais un instant devant tous ces fils neufs parfaitement alignés. J’attrapais une poignée de fils au hasard et tirait dessus de toutes mes forces. Alors que je m’attendais à avoir une certaine résistance continue, les fils sortaient d’un coup de la gaine après un léger grattement. Je partais brutalement en arrière, complètement déséquilibré, projetant mes mains vers le sol pour que le choc soit moins brutal avec le béton. Chose curieuse, mon bras droit rencontrait quelque chose de mou suivi d’un cri. Deux mains passaient sous mes bras et me soutenaient fermement, m’évitant la chute alors que je continuais à fixer le tableau électrique.

– Lutin ! Ha, tu es là ? Tu as vu ça Claude ? lui montrais-je les cinquante centimètres de fils que j’avais maintenu serrés dans mon poing fermé.
– Tu pouré m’dire mèci, t’a manké d’peté mé boyo.
– Ils les ont coupés Claude, tu te rends compte, les fils sont coupés ! lui annonçais-je complètement ahuri.
– Oh la Vierge, ké t’in mal en’dan la !
– Les fils sont tous coupés ! Regarde ça, ils ont pliés cinq centimètres câble pour les épaissir et ils ont fait comme des hameçons au bout en se servant du cuivre dénudé. C’est pour ça qu’on avait l’impression qu’ils étaient passés correctement ! Solutionnais-je le problème alors que je continuais à sortir les fils un à un du tableau.

Je vérifiais le même phénomène sur l’inter proche, sur une prise à soixante centimètres du sol. Tous les fils étaient coupés à la même longueur.

– Arète toué ! Sé bon, tu va pa démouté tout’ l’instalasion ! Ouille…
– Qu’est-ce qui t’arrive, tu as faim ?
– Si jé faim ! Tu t’fou d’moué ! Tu vien d’manké d’me démoli sa k’jé dan mou vente !
– Moi ? Quand ça ? Quel ventre ?
– Kant’ tu té foutu l’so !
– Quand est-ce que je suis tombé ?
– Sé pa possib’ ! T’été tèlmen pri dan ton truc ke tu té minme pa rendu konte d’argnien ?
– C’est vrai, maintenant que tu me le dis. Mince alors, je t’ai fait mal ? Tu m’as rattrapé ?
– T’oré pu t’frekassé ta tête su l’béton.
– Merci Claude. Excuse-moi, je manque de sommeil.
– Sé bon. Ju bien kosto en’dan la ! me souriait-il version colgate, content que le problème soit élucidé.

On se regardait un instant Claude et moi sans rien nous dire. Nous formions une bonne équipe tous les deux. Nous venions d’horizons différents, nous ne pensions pas la même chose, n’avions pas les mêmes réactions, ni la même éducation mais nous savions que nous pouvions compter l’un sur l’autre. Ce devait être ça l’amitié.

– C’est vraiment une belle bande d’emmanchés ! ne pouvais-je m’empêcher de dire à haute voix en claquant la portière.
– Pa parlé ossi for, tchekun’ pouré t’enten’ !
– Les métros ? Tu sais ce que j’en pense ! grognais-je, irrité par mes compatriotes.
– Fo pa lé mète tout’ dan l’munme pangnié !
– Claude, il y a de l’abus là quand même. Qu’ils soient à Saint-Barth pour éviter le fisc, faire la fête, s’amuser, fumer, boire et se ruiner la santé avec des substances illicites est une chose, couillonner les locaux en est une autre, tu ne crois pas ?
– Ju d’acor. Min lé responsab’ é pu su l’ile. A prézan, y fodra expliké sa a s’fenme-la ki sé bien fète avouèr.
– Je bosse pas gratuit sur ce chantier, je t’avertis.
– Tcheul ki t’a di k’sa s’ré gratui ? Min y fo y’arangé sé z’afère, konm’ sa la prochin’ne foi a va pa chouési in pri, min in moun’ de konfians’.
– Comment fais-tu pour être comme ça ?
– Ju né écite tu t’rapèle ! Ju Sinme-Bath mou pote. Y fo d’ète bien avec tout’ moun’.

Quelques heures plus tard, nous nous trouvions sur une des plus belle plages, quartier de Flamands, devant l’Hôtel Baie des Flamands, à l’ombre de l’édifice. Les cuisines bord de mer de l’hôtel avaient toutes été passées en revue. Éclairages, inters, prises et plaques chauffantes défaillantes avaient été remplacées en un temps record. Claude avait fait plusieurs fois la navette entre Public et Flamands ramenant au fur et à mesure le matériel imprévu dont nous avions besoin. Nos réparations tiendraient un moment. Dire combien de temps exactement aurait été difficile à prévoir. Les cuisines ouvertes étaient orientées face aux alizés à quelques enjambées de la mer. Le sel avait tout attaqué, même l’inox…

Le travail terminé nous pouvions enfin passer aux choses récréatives autant qu’éducatives. Comme c’était dans nos habitudes après une dure journée de saignées dans les parpaings, nous venions à Flamands couverts de poussière de ciment nous mesurer à la course à pied sur trois aller-retour de plage. Cette fois-ci, Claude trouvait encore la force d’escalader un cocotier à main nue et de faire tomber en quelques rotations du fruit sur lui-même, deux cocos verts qu’il avait minutieusement choisi et repéré d’en bas avant d’y monter, ce que j’étais dans l’incapacité totale de faire.

– Té ki koupe du mové koté, m’annonçait mon professeur.
– Mince alors, j’ai confondu le dessous et le dessus !
– Tourne-lé d’l’ote koté, sa s’ra plus rapid’, la noi é toujou par-en-bas.
– Je le savais ! C’était pour voir si tu suivais mes couillonnades.
– Don’ne li in bon koup jusse ola ki fo ! 
– J’envoie toute la puissance ?
– Pou l’koupé frèt’ ! Pa mète du sabe su l’koutela sinon on va n’en manjé é j’inme pa sa.
– Je l’ouvre en un seul coup ?
– En toua koup pou atein’ le mitan, min va doucemen kan minme pou pa koupé ta main, m’avertissait-il du danger imminent.
– Je coupe comme ça ? lui faisais-je voir l’inclinaison de la lame de mon coutelas sur le coco.
– La, tu va l’koupé en deu ! Té ki l’fé eksprè ?
– Mais non, je t’assure, je coupe avec des petits coups, comme ça je ne fais pas de dégâts. Je me lance !
– Sa pa pou fère du hachis « monsieur-je-sais-tout » ! me reprenait mon professeur qui avait plus que de la patience avec moi.
– Qu’importe du moment que j’arrive au but !
– É du koup, pa d’tite kuyère pou halé la chair.
– Pas besoin de cuillère, j’ai mon écaille de Grand Écaille dans la Brasilia !
– Sof ke ta voiture é garé a l’Anse-dé-Lézards. Si tu veu apren’ la tradision, y fo fère konm’ lé vieu fezé ! Imajine ke ta pa ta z’ékaye, sa k’tu f’ré ?
– Avec une vraie cuillère pardi !
– Té nofrajé su in’ne ile dézerte, n’a k’dé pié d’coco. Ola k’tu va la halé ta kuyère ?
– Ok, j’ai compris. On peut toujours faire des cuillères d’avance avec le second coco ?
– Sé sur !
– Tu aurais dû commencer par m’apprendre ça ! Donc on prépare les cuillères. J’en prévoie une de rechange au cas où ?
– Si tu veu.

Tchacc, tchacc, tchacc ! faisait le coutelas qui tranchait la fibre de coco le long des cotes.

– Facile ! Elles sont belles ces cuillères. Ce sont de vraies cuillères Saint-Barth, pas vrai ?
– Jé souèf, grouye toué !
– Voilà, c’est coupé pile au raz de la pulpe. Mais on dirait de la gélatine !
– Sé l’méyeur. Trop bon’neur n’a ke d’l’o, trop tard pu d’o é pu de bon’ne tite chair ! Yé dur konm’ i fo pou fèr d’la konfiture é dé bon’ne tite tablète a coco ! In bin, va d’l’avan. Pou pa n’en perde in’ne tite goute, tu fé konm’ si té k’embrasse in’ne fiye.

– Comme ça ? mimais-je un baiser.
– Min non ! Ch’té pa di d’la d’mandé en mariaje !
– Ça ne coule pas ! m’étonnais-je en secouant le coco au-dessus de ma tête.
– Éssèye avec la pointe du koutla, i fo ksé a peine rouvèr’. A mi k’ta bu toute l’o san n’en perde in’ne goute, si tu réussi, tu l’fend en deu, dan l’mitan, d’in seul koup. Fé l’gèsse o ralenti avan, pou vouèr si tu tombe bien dan l’mitan. É vèye à toué, l’o d’coco tache su l’blan é s’en va pu, minme si tu l’lave pluzieur foi avec du klorox.
– Tu fais bien de m’avertir, je m’en suis mis partout ! J’adore le côté sucré. Y’a pas comme un arrière goût de potassium ? demandais-je à celui qui m’avait tant appris.
– Eu di ki k’n’a du fèr d’dan !
– Nann ?
– N’a dot’ moun ki di ki n’a du magnézium ossit’.
– Naannn !
– É j’koué bien k’n’a du cuiv’ ossit’ !
– Naaannnn ! C’est un vrai fruit pour électricien !
– N’a d’ote butin d’dan, min j’me rapèle pu lé tcheul tèlmen i n’a.
– Naaaannnnn ?
– D’apré-moué, n’a munme d’la crinme frèche k’on pe trouvé d’dan ! blaguait Claude à sa manière.
– Haaaa ha ha ha ! m’exclaffais-je plié de rire. T’es trop drôle Claude, j’adore ton humour décalé !
– Rouve-le d’in koup.

Tchaaac ! Faisait la lame d’acier en séparant la noix en deux.

– Sé pa trop mal, constatait-il après mon frapper imprécis. Konm’ sé l’tchien, sé pa tro grave si lé deu morso son pa d’la minme taye. A prézan, tu pran ta kuyère en fibre de coco é tu hale lé ti débri ké d’su. Asteur, i t’rèsse pu k’a dégusté. Pa konm’ sa ! Avec la kuyère, tu hale ti peu par ti peu, sinon tu va t’en mète tou partou. Bravo ! Ta bouche é pleine asteur ! Tu m’ékoute janmé, ch’té di pa n’en pren’ trop’ d’in seul koup !
– Ché chupper bon ! inarticulais-je, la bouche pleine de cette saveur délicieuse.
– Tu koupe la chair avec ta cuyère, sé pourtan pa kompliké, i fo tout’ graté é pa gaspiyé ! Sé pa mové pou in débutan. Bon, asteur i fo tout’ nétoyé. Tu kompren pouki ki fo pa fère cent morso ? Mé lé ti bout’ dan lé gro, mé sa dan l’sac plastik é referme kant’ sé plein, m’en vé lé brulé a Vitet. J’mé la san-n su lé pié d’boi. N’a argnien ki s’pèr, tout’ s’rékupèr !

J’avais le ventre plein avec un seul de ces cocos. Claude s’attaquait au sien en le mangeant lentement, profitant de chaque petite bouchée comme s’il n’y avait rien de meilleur au monde. J’étais salé et content. Heureux d’être là à deux pas de la mer dont on venait de sortir, heureux d’être sous ce ciel bleu-Saint-Barth découpé au couteau qui suivait la ligne d’horizon, l’îlet Bonhomme face à nous, et à nouveau la ligne d’horizon, le morne coté Sud de Flamand, la plage, un gars au loin qui donnait à manger à des dizaines de mouettes qui tournoyaient autour de lui en lâchant leurs cris rauques qui ressemblaient à d’euphoriques ricanements.

Le footing sur la longue plage m’avait anéanti, mais je me sentais bien dans ma peau. Assis sur le sable, je regardais la hauteur de ce généreux cocotier en sachant que jamais je ne pourrais y monter sans échelle.

Comment Claude pouvait-il être aussi habile de ses mains ?

A suivre…

Pulpe de Coco et cuillère locale, image Catherine, 2010

Rédigé le 13 mars 2011
Texte & dialogues : Marc-Éric

Traduction patois : J

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12 commentaire

  1. Ça me fait penser à mon enfance , quand mon grand père cueillait des Cocos sur son terrain à grand cul de sac et qu’il nous en donnait. On s’asseyait chacun dans son coin pour déguster la chair de ce délicieux fruits gorgés de vitamines. Ma mère nous faisait des délicieux petits gâteaux à base de cette chair du coco “ Les zoboyes ”

    Elle faisait aussi l’huile de coco, qui servait pour les soins de la peau et des cheveux. Tu me fait voyager dans mon enfance. J’adore toutes ces belles histoires Marc-Eric. Merci. Sabine.

    1. Zoboyes ? Encore un mot que je ne connaissais pas ! Merci Sably ! 🙂
  2. C’tin vré plézi de l’relire !

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  3. Je lis et je relis, merci à toi Marco.
    Je revois son sourire moqueur et le mot fraternel que tu as employé lui va comme un gant.

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  4. Sylvie Boucher Cecini

    J’adore tes récits, et je trouve le patois facile à lire à haute voix, c’est phonétique, mais là tu m’a donné envie de noix de coco, que je trouverai jamais en métropole !!!!!!!!

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  5. J’ai le gout du coco dans la bouche depuis le tps que j’en ai pas mangé !!!!

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  6. Marie Victoire

    C’est un régal a chaque fois, et merci encore de nous parler de claude, c’est le faire exister, on le voit comme dans un film !

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  7. Georgette Laplace

    T’es vraiment un pro. Je t’adore !!!!!!. On en veut encore et surtout que Cloclo n’hésitait pas à y mettre le poivre et le sel pour mieux savourer. Aujourd’hui, tu le fais revivre d’une autre manière, mais c’est super car il reste toujours dans notre vie quotidienne.
    Merci à toi encore. BISOUS !

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  8. Moi j’aime bien le coco pou faire des tablettes (ou comme disaient la vieille Sisine des sucs a coco, elle descendait a Corossol a pied son panier sur sa tête avec son pain son biscuit dur pour tremper dans de l’eau sucrée et ses tis sucs a coco, un délice, je me souviens d’elle comme si c’était hier avec son foulard de tête et son chapeau dessus, que de beaux souvenirs de nos anciens qui ont marqué notre époque de jeunes gamins. C’était notre plaisir de monter près de la case a Sosop a coté du Regal pour voir Sisine aussi avec son panier d’œufs. Quelles misères ils ont vus, mais j’ai aimé ces années !!

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  9. C’est fou ce que tu peux nous embarquer dans ton histoire !!! J’avais l’impression d’entendre vos voix et j’avais comme par magie le gout de la noix de coco dans la bouche. Je trouve un peu long le récit sur les passages de fils ! 🙂 (cela n’engage que moi bien sur) j’en retiens tout de même une certaine morale au sujet de ceux qui arrivent avec les belles paroles et les beaux sourires !!!!

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  10. Caroline Daniel

    Encore un pur moment de plaisir à savourer sans modération ! Le temps d’une lecture et me voilà propulsée 20 ans plus tôt sur la plage de mon enfance, me remémorant ainsi tant de beaux et merveilleux souvenirs.
    Mille merci Marc-Eric, et ne t’arrêtes surtout pas de nous faire rêver car dans le monde actuel, ce genre de petits intermèdes qui nous déconnectent un instant de cette réalité de plus en plus angoissante, sont pour moi, une excellente thérapie !

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  11. Je disais donc que j’ai lu d’une traite, c’était un régal ! Aussi délicieux que la crème d’un coco à l’eau, j’y reviendrai plusieurs fois afin de le savourer !

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