LMM27 – Un Monde Parfait, 1ère partie

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Mes moments préférés de photographie étaient ceux que je ne planifiais pas. Des instants de bonheur sans contraintes, sans stress, sans argent à la clé. J’aimais l’inattendu, l’évènement pris sur le vif. L’action que l’on ne peut prévoir. Celle qui vous arrive droit dessus et qu’on a juste le temps de mettre au point avant de déclencher l’obturateur. La scène se déroulait en début d’après midi à Grand-Cul-de-Sac, un jour de vent d’Ouest. Comme c’était le cas la plupart du temps à Saint-Barth, le soleil était éclatant. C’était le temps idéal pour faire des photos de véliplanchistes sans prendre des embruns dans l’objectif et du sel dans les mécanismes. Comme la mer était relativement calme et l’eau peu profonde, il était facile de se rapprocher du sujet en avançant sur l’étendue d’eau salée. Avec de l’eau de mer juste au-dessus des genoux, il y avait peu de risque de faire le plongeon avec l’appareil photo. J’essayais de ne pas imaginer le pire en cherchant le meilleur cadrage avec mon objectif fisheye qui avait un angle de vision de 180° sur la diagonale. C’était mon exercice du jour. Monter sur le boitier F1 un objectif qui voyait très large, alors que ce sujet à photographier avait besoin au contraire d’une optique avec un angle étroit pour aller chercher le cadrage du sujet à plus de dix mètres. Avec cet objectif spécifique, pour obtenir une image au cœur de l’action, je devrais être littéralement collé au sujet, quitte à prendre quelques éclaboussures, ce à quoi je m’étais préparé.

Signalé par la girouette que j’avais installé sur une vieille branche du tamarinier qui faisait face à la baie vitrée de mon studio et qui indiquait vent d’Ouest, il m’avait fallu presque une demi-heure pour arriver à l’école de planche à voile. Le temps de sélectionner le matériel et d’attendre que la pellicule sortie du frigo soit à température ambiante après avoir condensé, de l’essuyer et de la charger correctement dans l’appareil photo, il me fallait douze à quinze minutes de route avant d’arriver à destination. J’aimais bien ce petit coin de Grand-Cul-de-Sac, les couleurs fluorescentes des voiles égayaient l’endroit. L’école était située en bord de plage, à gauche du Beach Hôtel tenu par M. Guy Turbé, devenu sans le vouloir l’ex beau-père de Claude. Le vent avait faibli quelques secondes après mon arrivée. Les deux planches présentes sur une mer d’huile avançaient au ralenti l’une derrière l’autre en s’approchant lentement du rivage. J’aurais essayé, me disais-je à moi-même, ce sera pour une autre fois. Une question me venait à l’esprit. Pendant que j’y étais, éclairé par cette généreuse lumière, quel sujet pouvais-je photographier ?

Au pied des planches à voile, je cadrais ma scène avec le fisheye. J’étais prêt à immortaliser les moniteurs pour touristes aisés dont les sourires naturels faisaient parti de leur véritable personnalité, quand une rafale de vent Sud gonflait la manche à air juste avant de déclencher. J’appuyais sur le bouton, j’avais une impression de déjà vu en regardant dans le viseur de l’appareil. Comme une sensation d’avoir déjà pris cette photo. Exactement le même cadrage, avec les mêmes personnages. Je revivais deux fois le même moment. Avais-je la faculté de me déplacer dans le futur pour me rappeler des actes que je n’avais pas encore accompli ? La rafale de vent disparaissait aussi vite qu’elle avait surgi. La brise était en train de tourner. Cinq clichés plus tard, assis sur le sable face à la mer immobile, je regardais avec admiration les longues feuilles de cocotiers comme figées, décrocher sur le bleu intense du ciel. C’était rare de voir les cocotiers ainsi. D’habitude, leurs longues palmes envoyaient des signaux pour réguler la circulation des nuages dans l’espace aérien Antillais. En leur confirmant la direction à prendre, les masses d’eau avaient l’assurance de ne pas entrer en collision entre elles avant d’arriver à destination. A présent, le ciel étant bleu à perte de vue, les cocotiers devaient profiter de leur absence pour se reposer. Ce devait être ça la raison. En attendant de trouver une explication plus rationnelle, je sentais sur mon dos une agréable sensation de chaleur solaire. J’avais l’impression que les secondes s’étaient arrêtées à Grand-Cul-de-Sac, comme coincées par trois grains de sable dans le goulet d’étranglement du sablier temporel. Préoccupé par ce sentiment d’avoir déjà vécu cette scène de vie, j’attendais patiemment au cœur de cette carte postale, qu’un nouvel évènement se présente à moi pour chasser le précédent lorsque une ombre qui ne m’était pas inconnue s’approchait de moi.

– Je peux te parler ?
– Salut m’an, ça roule pour toi ! Tu as un rendez-vous ?
– Je n’ai pas besoin de rendez-vous pour parler à mon fils !
– Ah ! Tu as une dérogation, je vois. Tu m’as trouvé comment ?
– J’allais me baigner à la piscine de Grand-Fond, j’ai vu ta voiture, j’ai fait demi-tour.
– S’inviter dans n’importe quelle circonstance dépasse largement le favoritisme, surtout quand je m’accorde un moment de détente. Ça va finir par devenir du népotisme et ça se terminera en délit d’initiés.
– Tu me prends pour un Shaddok ?
– Que viennent faire les Shaddoks dans la conversation ?
– Je fais diversion, comme toi ! Les enfants de Shaddoks ça pompe ou ça n’existe pas.
– Pourquoi tu m’engueules ? Qu’est-ce qui te fais mal ?
– Je ne t’engueule pas ! Je vais très bien, merci.
– Si. L’intonation y est. J’ai l’oreille absolue. Ce n’est pas la peine de crier pour que je m’en aperçoive. Je le perçois dans chacune de tes vibrations émises. Tu ne pourrais pas rétrograder d’une ou deux vitesses pour une fois ?
– Tu devrais revoir la série complète sur les Shaddoks, il y a des subtilités qui t’on échappé. Tu verras, c’est très instructif d’apprendre à lire entre les lignes.
– Fais gaffe, tu deviens drôle.
– Qu’est-ce que tu fais ici ?

– Je fais prendre l’air à mon Canon F1, il a le prisme bouché. Ça lui fait du bien aux rideaux, le mode rafale est beaucoup plus performant après quelques heures au grand air, surtout quand il a le trépied dans l’eau de mer. C’est très relaxant pour ses pattes.
– Qu’est-ce que tu peux raconter comme âneries !
– Merci, tu es trop gentille, ça fait toujours plaisir. Attends-tu quelque chose de ma part ?
– Tu m’as abandonnée, je suis toute seule à Vitet.
– Dans tes rêves m’an ! Tu te trompes de personne. Zéro sur dix. Où sont mes de… frères ?
– L’un est parti faire son service militaire obligatoire en Guyane et l’autre fait très sérieusement ses études en Guadeloupe.
– Tu es toute seule ? affichais-je un sourire radieux alors qu’elle s’asseyait à coté de moi.
– Tu es abominable.
– Et c’est reparti ! Tu te contredis encore. Je suis beau ou minable ? Il faudrait savoir !
– Ce n’est pas possible, je phantasme ? Tu es l’enfant d’une autre que moi ! Il y a du avoir un échange de poussette dans un supermarché quand j’avais le dos tourné !
– Wouaye papa ! Ki ka breaké ton heart mon-m ? Sa ki t’fé mal dan ton coco d’tète ? Tu koué k’avec s’te chaleur la, nora dé klokes ki va pété su nouzote ojordi ? Pa m’dire k’té in mové prézaje, nan ? Sé pa possib’ in butin parèye ! Eu la foutu l’tchak su toué ma parol’ ! La gran-n diablèsse é dan le plèyse, dééémon ! Lui répondais-je d’un trait en Patois avec des phrases qui s’étaient mémorisées toutes seules.
– …
– Quoi, il est si mauvais que ça mon bel accent Anglo-Patois ? C’est du Briti-Bath sauce Lapinou. Ça ne te parle pas ? « Le plèyse » avec l’accent anglais, c’est « la place ». Le diable est dans la place. Il est ici, quoi ! Bon je l’avoue, c’est limite acceptable comme Patois sous le vent, mais ça a l’avantage de me ravir les neurones. Allez, décontracte-toi un peu, ne fait pas cette trogne de mère outrée, on dirait une constipée chronique adepte du chocolat de contrebande acheté au marché noir ! Toi aussi tu peux parler Patois, tant que tu arrives à te faire comprendre, c’est déjà un début ! Fait risette à ton premier fils de la lignée, guili-guili ! m’enjouais-je de mon coté boute-en-train naissant.
– L’immaturité est un handicap dont tu auras à souffrir mon pauvre ami.
– Tu dois me confondre avec un autre. Je ne suis pas ton ami. Juste ton fils ainé. Au fait, rappelle-moi ce que tu fais dans la vie ? Rien ! Ne désespère pas, rien c’est mieux qu’être futile ou oisive, ce qui tu l’auras remarqué si tu es attentive, est bien pire. Tu en conviens ?
– J’en ai fait plus que toi, tu n’es pas prêt de me clouer le bec avec ta parlote d’amateur !
– Adjugé, vendu au prix de dix cent la réplique ! Quelle ouverture choisis-tu pour faire un flou artistique en arrière-plan avec un zoom 28-85 et une mise au point à un mètre ?
– Tu cherches à me piéger ?
– La réponse est : l’ouverture la plus grande, selon la focale que tu utilises et la quantité de lumière dont tu disposes à l’instant T, avec une vitesse d’obturation qui le plus souvent est supérieure au soixantième de seconde pour obtenir une image sans flou de bougé.
– Pffffff ! Tu vas trop vite, je n’ai rien compris.
– Quand on ne maitrise pas l’art de la photographie on ne critique ceux qui ont pris du temps pour étudier les principes élémentaires. Ça te va ? Le réveil n’est pas trop dur ? me chauffais-je les zygomatiques en douce à l’ombre de ma casquette de base-ball yankee.
– Tu te crois le plus fort ? A mon époque il n’y avait pas tous ces gadgets !
– Le réglage des ouvertures a été inventé par un Italien il y a quatre cent ans m’an. En 1942, à ta naissance, en pleine seconde guerre mondiale, tous les appareils reflex avaient des optiques avec le réglage des ouvertures. Sur l’appareil Fujica qu’on t’a offert, tu as toutes les fonctions pour réussir un flou d’arrière plan. N’essaie pas de m’embobiner, je connais trop bien mon sujet. Trouve-toi une autre cible. Tu ne te rends pas compte du mal que tu te fais toute seule. Tu devrais sortir de ton univers de vengeance aveugle qui cloisonne ton mode de pensée et t’empêche d’avancer.
– Moi je n’ai pas les objectifs que tu as. Le mien est tout petit !
– Tu as un cinquante millimètre Fujinon ouverture 1,8 qui fait partie des objectifs les plus lumineux. Il est parfait pour faire des agrandissement treize par dix-huit centimètres de qualité supérieure en vue de les classer dans tes albums photo. Tu veux un plan large, tu recules. Tu veux un gros plan, tu avances sur ton sujet, tu fais la mise au point, tu déclenches. C’est simple, pratique, rapide à régler et efficace sur le terrain. Pour les ouvertures, je…
– Tu m’apprendras à me servir de mon appareil photo ? me coupait-elle, je ne vais pas arriver à retenir tout ce que tu me dis.
– Pourquoi n’as-tu pas commencé par me le demander ? Si tu as besoin d’aide en photo, n’hésite pas. Je suis intarissable sur le sujet, je pourrai t’en parler des heures.
– Ce n’est pas parce que tu sais deux ou trois trucs que tu dois te prendre pour un caïd !
– Ce n’est pas moi qui ai besoin d’aide en l’occurrence. Qu’est-ce qui te gêne dans le fait qu’un fils apprenne quelque chose à sa mère ?
– Sans mon aide, tu crois que tu réussiras mieux que tes frères dans la vie ?
– Ça dépend de ce que tu entends par réussir. La plus belle des réussites est de savoir fabriquer son bonheur paraît-il.
– Laisse-moi rire, en 1987 le bonheur sans argent n’existe pas, surtout à Saint-Barth ! Tu ne vas pas me donner des leçons de morale à moi ! Je sais exactement comment vous éduquer, je n’ai rien à apprendre de toi.
– Tu as su comment éduquer mes demi-frères mieux que moi ? Je suis content pour eux.
– Ne répètes jamais ça à personne sinon je te briserai.
– Ha ha ha ! Pète un coup m’an, tu es dans le rouge ! Tu vas finir comme le surpresseur d’Autour Du Rocher qui s’est vaporisé le postérieur et s’est fendu la cervelle. Ce ne sera pas faute de t’avoir averti, rigolais-je de ma mésaventure passée.
– Tu es répugnant.
– Répugnant comment ? Avec des grandes dents, de la bave aux lèvres et des yeux tout autour de la tête ? Comme l’araignée qui saucissonne sa proie, lui injecte des enzymes qui vont lentement la liquéfier, finissant par aspirer sa chair avec une paille pour le déjeuner en ayant les pattes en l’air et le ventre au soleil sur son trampoline vertical ? Te rends-tu vraiment compte de ce que tu me dis ? Tu n’as pas l’impression que tes mots sont démesurés face à mes propos technico-intestinaux qui ne sont destinés qu’à être risibles ?
– Je pourrai t’en dire bien plus si je voulais, il n’y a qu’à demander.
– Ça alors, un self-service de quolibets sur pattes ! Je peux avoir un cône en version paquet cadeau m’dam ? C’est pour offrir à ma mère pour sa fête ! pouffais-je de rire.
– Tu n’y es pas, respecte-moi, je suis plus âgée que toi, imbécile !
– N’essaie pas de me rabaisser, je fais une tête et demi de plus que toi et ce de façon définitive. Si tu veux, je peux rapprocher ma Brasilia sur la plage pour t’aider à prendre de la hauteur. Tu veux monter sur le capot pour te sentir supérieure à moi ? Non, ce n’est pas assez haut ? Tu pourrais monter facilement sur le toit, je fais ça tout le temps pour avoir un angle de vue différent avec mon trépied qui fait deux mètres soixante de haut une fois déplié, brocardais-je la grognon.
– Tu ferais mieux de m’écouter pour ton bien et suivre mes conseils avisés.
– Ouuuu, mazette ! Des conseils à visser ? Sans façon. C’est ta vision des choses qui n’est pas compatible avec la mienne. J’ai le droit de penser autrement sans que tu cherches constamment à me reprogrammer en chargeant ma mémoire de pensées qui ne sont pas les miennes, non ?
– Tu racontes n’importe quoi ! Je fais tout pour que tu sois heureux, que tu aies un futur, que tu ne sois pas obligé de te battre comme je me suis battu avec mon père toute ma vie pour qu’il me donne de l’argent et tu me dis que j’ai des pensées négatives ?
– Je n’ai pas dit ça. On dirait que nous ne sommes pas sur la même longueur d’onde. Tu es réglée sur Grandes Ondes ou Petites Ondes ?
– Modulation de Fréquence abruti ! me répondait-elle pour me clouer le bec. Tu ne sais toujours pas ce que tu veux faire dans la vie, je vois bien que tu es perdu. Tu vas finir par m’écouter, oui ou non ?
– Oui, je t’écoute sur l’instant. Non, je n’entends pas toujours tes mots qui trop souvent ne sont que de l’habillage d’intentions subversives. A vrai dire, j’écoute ta musique intérieure pour ressentir si elle sonne juste ou pas, me gaussais-je de ma répartie. Ça te va comme réponse ou tu veux que je développe ?
– C’est bien ce que je disais, tu ne m’écoutes pas !
– Je ne suis plus ta chose m’an, tu ne peux plus faire ce que tu veux de moi.
– Je ne te considère pas comme une chose, tu es complètement fou !
– D’amour ! N’est-ce pas le plus beau des dérèglements du cœur ?
– Tu as l’air d’oublier que je peux t’apporter la fortune de mon père.
– Père, je ne sais pas ce que ça veut dire. Mais fortune, bien que ce ne soit pas dans ma ligne de mire, j’en ai une idée, lui répondais-je en m’amusant de mon audace.
– Continue à faire le malin, un jour tu me mangeras dans la main.
– Ça me dit quelque chose. Ce ne serait pas apparenté à ces personnes qui mangent du caviar à la louche et boivent du vin pailleté d’or comme on le servait aux milliardaires sur le Titanic ? Ces mêmes personnes qui ont une villa à Lorient en bord de plage dont la salle de bains possède des robinets en or massif ? Dis-moi, entre-nous, commençais-je à chuchoter comme si j’allais annoncer un secret d’État en ayant pris soin de regarder aux alentours pour voir si personne n’écoutait, quand un colon organique plaqué or lâche un vent, ce ne serait pas un corps à l’état gazeux digne des plus grand parfums Parisiens ?
– Quoi ? Je n’entends rien de ce que tu dis !
Quand tu pètes à Saint-Barth, c’est du parfum ? retentissait à dix lancer de boules de pétanque à la ronde mon éclat de voix alors que je me mettais à rire de bon cœur.
– Imprévisible ! Irresponsable ! Irrespectueux ! Tu es bon à enfermer !
– Sans rire ? J’ai un esprit analytique, je décortique inconsciemment ce que j’entends, ce que je vois, même si je n’ai pas de formule toute prête pour te répondre tout de suite. J’enregistre les données, je les cumule jusqu’à ce que je puisse me faire un avis. J’ai vu des Saint-Barth vivre avec trois fois rien, m’offrir plus avec un sourire qu’un milliardaire pourrait le faire en m’arrosant de millions de dollars. Comme je te l’ai dit, c’est une question de vibrations. Je n’ai pas pour vocation de devenir richissime. Je n’en ai pas l’envie non plus. Ai-je l’esprit tordu à en former un L comme looser pour autant ? Non, je sais que je vais trouver un métier qui me conviendra. Un métier qui me laissera du temps pour étudier plein de choses. Avoir des heures pour dessiner, inventer, apprendre, écrire, sans devoir courir sans cesse après les minutes.
– Tu te prends pour un sage ?
– Un singe ? Aurais-tu eu une liaison avec un gorille ? Hou hou hou, ça explique bien des choses ! Je sais maintenant pourquoi j’ai des poils partout sur les avant-bras ! Ha ha ha !
– Tu n’as pas de sentiments pour me dire de pareilles cruautés.
– Détrompe-toi m’an. Je veux bien que tu qualifies mes dires de taquineries, voir d’entourloupettes vu le niveau peu élevé de mes jeux de mots, mais ça ne va pas plus loin. Le chemin restant pour arriver au mot cruauté, tu l’as parcouru toute seule.
– Tu m’énerves à me reprendre sans cesse, tu n’as pas idée.
– C’est à cause de ta permanente qui n’est que provisoire et de ta teinture qui date un peu, ha ha ha ! On voit les racines, c’est pour ça que tu captes mal ce que je te dis malgré mes bonnes intentions ! me tirebouchonnais-je sans retenue à l’image de ses boucles qui n’avaient rien de naturel.
– Je voudrais savoir une chose, est-ce que tu m’aimes Marc-Eric ?
– Très bonne question France-Hélène, répondais-je avec le même sérieux que son interrogation. Je vais te répondre avec des mots de haute précision, laisse-moi reprendre mon souffle si tu veux bien.
– Non, ne me répond pas, je sais que tu ne m’aimes pas.
– Stop ! Tu vas tout gâcher, l’arrêtais-je, conservant mon sourire. Ne répond pas à ma place, je t’en prie. Tu veux une réponse sérieuse ? Oui ? La première question que l’on devrait se poser dans un cours de biologie est ; qu’est-ce que l’eau. Parce que tu vois, l’eau a une mémoire, je ne plaisante pas. Comme nos cellules sont composées à 99% de molécules d’H2O, nous gardons en mémoire une quantité infinie d’informations sous forme d’ondes, dont ce ressenti que l’on appelle amour. C’est de la physique quantique, on est en dessous du micron, son échelle est le nanomètre. Ça ne t’avance pas à grand-chose de le savoir, mais ça te donne un ordre de grandeur. Si un groupe de molécules d’eau est capable de mémoriser des informations, imagine la quantité astronomique de données que notre corps peut contenir. Quand j’ai évoqué en classe la mémoire de l’eau à mon prof de physique et de la possibilité de traitement à distance par les ondes, il m’a fait répéter deux fois le patronyme de ce remarquable chercheur nommé Jacques Benveniste. Il avait sur le visage ce sourire condescendant du prof qui en sait plus que l’élève. Le genre de prof qui se la joue style scientifique du dix-neuvième avec sa barbichette bien taillée pour faire véridique en se donnant plus d’importance qu’il n’en a réellement. Le gars en blouse blanche qui nous fait croire qu’il est un scientifique accompli, parce qu’il a suivi à la lettre le même programme bien avant nous. L’homme savant qui a entièrement emmagasiné avec son arrogance de premier de la classe l’intégralité des manuels scolaires sans se poser de questions. Le type soi-disant érudit, mais qui ne possède aucune force de raisonnement. Le candidat idéal symbolisant l’obéissance au système, qui par lâcheté n’a pas hésité à s’opposer aux idées émises par un élève curieux. L’enseignant dictateur qui a le pouvoir de distribuer les notes qu’il a choisi selon ses critères de correction pour faire taire les paradoxes qui mettraient à mal l’ordre établi. Eh oui, c’est comme ça qu’est récompensé la singularité. L’enseignement n’est pas là pour nous faire évoluer ou évoluer elle-même, mais pour conformer les étudiants à la logique absurde, à l’assemblage sans trame, à la classification aléatoire, au raisonnement élastique, à la structure interne volontairement désordonnée, à la discipline ostentatoire sans variables, à la règle en vigueur sans échappatoires possible, au commandement hiérarchique linéaire abrupte, à la loi établie qu’on est sensé connaitre sans l’avoir jamais lue, au conformisme globalisé qui s’y rattache. L’élève qui s’écarte de toute cette mise en scène est puni par la note sur vingt. C’est pour la même raison que tu retrouves dans cette matière ce genre de personnage sans personnalité, sans caractère, formaté de l’intérieur dès son plus jeune âge au point de s’y complaire jusqu’à la retraite anticipée parce qu’il n’a pas été capable de sortir de l’enceinte de son établissement scolaire pour affronter le monde dans la vie active. Parce qu’il n’était pas assez valable pour faire ses propres recherches à chaque fois qu’il avait eu un doute sur ce qu’il enseignait. C’est ça la vérité. C’est à ce moment-là que j’ai compris que je perdais mon temps en physique-chimie. Si mon prof principal faisait preuve d’un déni absolu alors que les expériences de Jacques Benveniste avaient fait leurs preuves au niveau international, tout ce que j’allais apprendre ne ferait que me mener sur la mauvaise voie. L’éducation Nationale n’avait pour mission de d’engendrer des générations de crétins. Je tenais à te le dire pour que tu comprennes pourquoi j’ai zappé nombre de matières.
– Quel dommage que tu te sois gâché en abandonnant tes études !
– Tu veux que je te parle de mes études ? Laisse-moi te faire un aparté concernant mes années de technique à Marseille avant de répondre à ta première question. Comme tu le sais, ceux qui ont fait le plus d’études sont considérés comme les plus intelligents par notre société. Permets-moi d’en douter. Ce ne sont pas forcément les plus intelligents qui restent chez leur parents jusqu’à la trentaine. Ce sont juste des éponges qui ont absorbé l’intégralité de ce qu’on leur a donné à lire. Au pire, ces lectures les ont clonés à l’image de leurs auteurs s’ils ont manqué d’esprit critique. Au mieux, faire de longues études montre juste qu’ils n’ont aucun caractère, sinon ils auraient créé leur entreprise depuis longtemps. La seule chose qu’ils sont arrivés à prouver c’est qu’ils étaient capables de répéter comme des perroquets ce que l’enseignement leur avait ordonné d’ingurgiter sans en modifier une virgule sous peine d’être recalé. Si l’intelligence était proportionnelle aux années d’études, les premiers de la classe auraient dû sortir dès qu’ils savaient lire, écrire et compter pour commencer à cogiter sur les activités vers lesquelles ils étaient naturellement attirés, voir doués ! Les derniers devraient rester plus longtemps à l’école pour rattraper leur retard. Or, c’est le contraire qu’il se passe. Les étanches au système sortent les premiers et l’on conserve les éponges huit ans de plus après le baccalauréat. On met de coté nos envies, nos dons, notre personnalité pour être au plus proche de ce que la société attend de nous. On veut que nous foncions la tête baissée avec un panel de matières qui ne nous serviront jamais à rien quand comme moi on aime la mécanique et le dessin. En fin de cursus, on nous récompense de diplômes qui nous permettent d’être des personnes à haute responsabilité, des individus à même de prendre les meilleures décisions sans avoir vécu aucune expérience professionnelle, ce qui est un non-sens absolu. Il n’y a qu’à voir nos ministres qui sont placés par copinage alors qu’ils n’ont pas les compétences pour les postes qu’ils occupent, pour comprendre que nous allons droit dans le mur dirigés par de tels incompétents successifs. Ne me parle pas de politique. De gauche ou de droite, le programme de pillage des revenus des Français reste le même. Tu trouves que j’y vais vraiment fort ? Rendez-vous en l’an 2000 ici, au même endroit à la même heure pour faire un point. Je parie que la dette de l’entreprise France n’aura cessé d’augmenter. Tout ça pour dire que ce certificat, ce brevet, ce titre, appelle ça comme tu veux, ce pass tant désiré par certains qui ont bossé dur pour l’obtenir, que d’autres, falsifiés, se sont fait payer par leurs parents, t’ouvre les portes pour accéder à un rouage du système et gravir une vie d’échelons, de distinctions, de grades, de médailles, de félicitations, d’embrassades ministérielles, de copinage organisé, de dessous de table, de liasses d’imprimés monnayables. Si c’est ça l’élite Française, je préfère de loin mon parcours. Je ne regrette aucun de mes choix qui étaient tous volontaires. Je savais ce que j’encourais en agissant ainsi et pourtant, ça ne m’a pas effrayé plus que ça. Les bouquins qui ne me plaisaient pas, je les ai refermés pour ne plus les rouvrir. J’en ai dévoré d’autres que m’ont prêté mes profs d’atelier qui ne doutaient pas une seconde de mon avenir. Les livres ont participé à faire de moi une facette supplémentaire de ce que je suis, et mes profs m’ont transmis ce qu’ils avaient de meilleur entre eux ; leur passion.
– C’est long ton truc, je ne vois pas le rapport avec ma question.
– J’y viens. Si tu ne m’interroges plus entre temps, je te donne ma réponse. Tu m’as demandé si je t’aimais. Je sais que j’ai des sentiments profonds pour toi quand je fais appel à ma mémoire corporelle. Celle qui est présente dans chacune de mes cellules. En sollicitant mon ressenti si tu préfères. Tu y es ? C’est pour ça que j’ai été un peu long, tu m’en excuseras. C’était nécessaire pour étayer ce que je viens de te déclarer par une démonstration qu’hélas, nous n’apprenons pas à l’école. Alors oui, je t’ai aimé comme personne d’autre que moi ne pourra t’aimer. Tu as été ma maman d’Amour avec un « a » majuscule. Mais à l’heure actuelle, je ne peux pas dire que je suis fou d’amour pour toi. Les conditions ne s’y prêtent pas. Ça reviendra peut-être, va savoir. Ça ne dépend pas que de ma personne.
– C’est ça ! Dis que c’est de ma faute pendant que tu y es ?
– Mais non, on va dire que c’est la faute à pas de chance.
– Exactement ! Tu ne crois pas si bien dire.
– Tu vois, on tombe encore d’accord. N’est-ce pas merveilleux ? Nous étions faits pour nous entendre.
– Je voulais faire de toi une bête de course, tu en avais le potentiel.
– Mais je suis une bête de course m’an ! Même si les marques ont disparues, tu ne m’as pas foutu des raclées au martinet pour rien, lui souriais-je, les traits à peine forcés.
– Tu ne penses qu’à la mécanique et aux voitures anciennes. Dans ton cerveau, il y a une roue qui tourne.
– Les américaines des années quarante et cinquante m’inspirent. Qu’est-ce que tu veux que je te dise, leur simple observation est une école du tracé courbe. Leurs lignes sont toutes parfaites. Pour en revenir à la roue, si elle tourne c’est qu’elle est mue par un moteur, c’est plutôt bon signe. La mécanique n’est qu’un début, un apprentissage visuel, peut-être un jour aurais-je une machine automatisée qui me permettra d’inventer et de réaliser des objets design en série ?
– Et tu te la paieras comment ta machine sans mon aide financière ?
– Bonne question. Je ne sais pas, je vais y réfléchir. Je laisse murir un moment ton idée et je finirai par trouver la réponse. Merci pour ta clairvoyance m’an.
– Tu devrais me remercier plus souvent pour tout ce que j’ai fait pour toi.
– Ce n’est pas ce que je viens de faire ? Tu t’en rends compte quand même ? En dépensant un minimum d’énergie neurale, tu viens de me donner une solution future à une question que je ne m’étais même pas posé et pour laquelle si ça se trouve, je t’ai remercié avec des années d’avance. Avoue que j’assure sur ce coup-là, alors que je n’ai aucune garantie concernant le résultat !
– Tu saurais te servir de la machine dont tu parles ?
– Tu me demandes ça à moi élève de première que les meilleurs profs d’atelier du monde ont placé avec les terminales parce que j’allais deux fois plus vite que les élèves de ma classe ?
– Si tu n’avais pas eu le voisin qui t’avait appris le tournage sur métaux, tu ne serais pas allé aussi vite.
– Oui mais voilà. A quinze ans, au lieu d’aller faire le mariole en cyclomoteur avec les potes, moi j’apprenais à lire des plans, à paramétrer des vitesses d’avance et de rotation, à rectifier des disques de frein de camion pour me familiariser avec l’obtention du copeau et à mesurer au centième de millimètre avec un pied à coulisse.
– Tu pourrais gagner de l’argent avec ta machine ?
– A présent, il faut dire : eau-tomate numérique ! C’est le progrès m’an.
– Ooh-la-la ! Qu’est-ce que tu peux être tatillon. Tu serais capable de faire fonctionner un automate toi ? Qu’est-ce qui te fais sourire ?
– Moi ! Tu plaisantes ? Tu me donnes une machine à laver plus un aspirateur à roulettes et je te fabrique une navette spéciale !
– Qu’est-ce que tu pourrais fabriquer avec ?
– Avec mon eau-tomate ? Ça dépend vers quelle activité tu t’orientes. En fait, tout ce que tu veux. Il suffit d’avoir la bonne idée au bon moment.
– Tu pourrais gagner beaucoup ?
– Beaucoup ? Tu veux rire, des millions ! Là on fabrique en série, en millier d’exemplaires.
– Par mois ?
– Par jour m’an ! Tu peux relancer le programme à l’infini ! On ne joue plus dans la même cour. C’est de la robotisation micrométrique.
– N’importe quoi !
– Comment ça n’importe quoi ? Ces machines trois axes sont conçues sur le principe de déplacement des fraiseuses. Ces déplacements se font à partir d’une vis sans fin. Un tour de vis sans fin est égal à 360° qui est égal à un centimètre d’avance. Comme l’entrainement se fait par un moteur à pas qui est capable d’avancer d’un degré seulement, tu divises un centimètre par 360° et tu obtiens des… Des ?
– Cacahuètes ? souriait-elle à son tour, satisfaite de sa réponse hors-sujet.
– Ha ha ha ha ! me réjouissais-je tout à coup de ce trait d’humour bienvenu. Tu es drôle, tu me fais rire ! Mon prof d’atelier aurait adoré ta réponse qu’il aurait noté dans son « cahier spécial réactions exceptionnelles ». Ha ha ha ha ! Tu es désopilante, non vraiment, je suis plié ! Ha ha ha ha ! Des cacahuètes ! Tu as raté ta vocation. Ha ha ha ha !
– Moque toi de moi. De toutes façons on ne peut rien te dire, tu n’es jamais satisfait !
– Ha ha ha ha ! me gondolais-je, tu pourrais me dire que je suis grand, beau et intelligent pour une fois, j’adore les compliments ! Ha ha ha ha !
– Et puis quoi encore ! Tu t’es vraiment vu ?
– Ah bon, je ne suis pas beau ? Ha ha ha ho ! Merci pour l’info, tu crois que je devrais faire un procès à ma mère ? Ho ho ho ho ! J’en ai mal au ventre, arrête de me faire rire !
– Alors, on obtient quoi, tu vas me le dire ou tu n’en sais rien ?
– Presque trois microns !
– Arrête de mentir ! Tu es complètement mythomane.
– Aaaaaa ha ha ha ! Je ne tiens plus assis, je te jure je vais mourir, je n’en peux plus ! Hou hou hou hou, tu es impayable. Ooh-la-la, j’en ai mal au ventre tellement tu me fais rigoler. Ha ha ha haaaaa… Je n’aurais pas pu m’assoir à coté de toi en classe, j’aurais passé mon temps à me pisser dessus ! Oh purée, ça faisait un moment que je n’avais pas ri autant. Tu as voulu me tuer de rire ou quoi ? Ha ha ! Mince ! Ha ha ! Ça recommence !
– Qu’est-ce que tu crois, bien sûr que je sais être drôle. Moi aussi je peux te raconter des histoires bien plus intéressantes que les tiennes.
– Non, ne fait pas ça, laisse-moi souffler un instant. Ouille, je ne vais pas y arriver, je te voyais déguisée en habits de clown dans une kermesse paroissiale, avec des pompes trop grandes pour toi, une perruque bouclée verte, un nez rouge qui clignote, en train de faire la quête avec un large panier, t’adressant à l’assistance huppée affichant un sourire démentiel démultiplié par le maquillage :

– Souriez bonnes gens, vous êtes filmés ! Achetez votre ticket pour l’Olympe ! Oui, faites passer le grisbi par ici, allez ! Joli panier, bravo ! Merci ma bonne dame, vous connaitrez la Jérusalem Céleste. Envoyez la thu-thune les blaireaux ! V’z’avez du po-pognon planqué sous vos chapeaux à plumes les tantines ? Lâchez vos monacos avant qu’ils se froissent ! Balancez l’oseille les mamies grassouillettes, faites plus vite ladres que vous êtes, sinon vous finirez rôties pour l’éternité dans les cuisines de l’enfer ! Aboulez l’artiche les mémés avaricieuses et pas de fifrelins ou de picaillons, je vous ai à l’œil les vioques ! Voilà, c’est bien la mémère dodue, Dieu vous le rendra au centuple, soyez-en sûre ! Vous venez de faire la meilleure affaire de votre vivant en évitant le purgatoire par l’anorexie, je vous le garanti ! Investissez dans de la bonne graisse pour vous protéger du froid dans l’au-delà futurs voyageurs, il n’y en aura pas pour tout le monde ! Sortez le pèze de vos portefeuilles les pépés pingres ! Assurez-vous les Champs Élysées pour dernière demeure ! Ça ne fait pas mal aux doigts, allez-y franchement, je veux du kilo ! Du beurre pour mes tartines ! Du fric en tranche épaisse pour mes sandwichs ! De l’argent par liasse pour ma retraite ! Allez-allez, crachez le flouze en billets de cinq cents les papys grippe-sous, qu’est-ce que vous attendez ? J’ai faim moi, plus-plus-plus ! Ne soyez pas chiche, une place à l’Eden Rock avec buffet à volonté ça se mérite ! Bravo monsieur, vous avez gagné un aller simple en ascenseur pour le Paradis ! Remuez-vous l’artichaut les avares de naissance, j’arrive pour vous alléger, votre ascension au Jardin d’Éden n’en sera que plus agréable ! Aujourd’hui c’est jour de fête pour vous et de paye pour moi, on claque sa fraiche sans compter ! Pour une fois que c’est bibi qui ramasse tout le carbure ! Faites encore un effort, investissez au Sein de Dieu pour plus de confort post-mortem ! Rappelez-vous ce que veut dire vie éternelle en première classe ! Oui, très bon geste, c’est parfait, vous accéderez au Nirvana !

Ha ha ha ! Je ne sais pas pourquoi j’ai eu cette vision. Oooh ! Inspirais-je involontairement à plein poumons. Pfiouuu, exhalais-je juste après un soupir de contentement. Ça fait un bien fou de se marrer, je ne me souviens même plus à quand remonte mon dernier fou-rire. On devrait se voir plus souvent.
– Tu viens manger samedi midi ? Je te ferai visiter le terrain, se levait-elle, sur le départ.
– Avec plaisir m’an, j’emmène papier et crayon au cas où ? lui annonçais-je triomphant, solutionnant par avance sa problématique pour lui éviter d’avoir à me le demander.
– Je vais te préparer de la bonite grillée. J’en ai d’énormes tranches, n’arrive pas en retard, me souriait-elle malicieusement.

A Grand-Cul-de-Sac, le vent parti faire un tour ailleurs était à présent complètement tombé. La manche à air sans vie était parfaitement alignée au poteau qui la soutenait. Les véliplanchistes étaient rentrés depuis un bon moment déjà. La plage était quasi déserte. Je n’avais pas pu saisir les images que j’étais venu faire, mais je ne m’étais pas déplacé pour rien. A cet instant de ma vie, je venais de me rendre compte qu’il était préférable de tout prendre à la rigolade. La guerre des mots n’en était plus une si l’on savait la déjouer par l’humour. Tout n’était qu’une question de réglage du niveau de sérieux par rapport à une situation donnée. Je venais de trouver un moyen simple de faire autrement que de tout prendre mal en nous bombardant mutuellement d’ondes négatives. Émotions que je savais enregistrables par nos molécules d’eau, bien que je n’y prenne garde la plupart du temps.

J’avais cru percevoir dans son regard cette lueur de satisfaction d’avoir été comprise. L’aiguille du baromètre de notre relation mère-fils annonçait soudainement beau fixe. Resterait-elle campée sur cette position confortable pour un long moment ? Méritais-je un été cérébral pour la vie ? Si je connaissais déjà la réponse, je m’autorisais à l’espérer en réorientant mentalement le tracé de ma destinée.

– Tu es toujours là ? C’est bizarre comme impression, tu es à coté de moi et en même temps, c’est comme si tu n’étais qu’une image fixe.
– Je dois te parler, c’est important. J’ai une révélation à te faire, je pense que tu es prêt.
– Encore ! C’est important comment sur une échelle de 1 à 5 ?
– C’est à l’infini du 5.
– Oh, c’est du sérieux alors ! Du très sérieux ? Du… très, très sérieux ? Bon, je t’écoute.
– Je les ai vus, me disait-elle au bout d’un moment en se rasseyant à ma gauche.
– Tu as vu quoi ?
– Les Aliens.
– Non, pour de vrai ? Les mêmes qu’avec Sigourney Weaver ?
– Ça ne te choque pas que je te dise ça ?
– Non. Moi j’en vois tous les jours à vrai dire. Je ne saurais pas vraiment te dire pourquoi j’ai ce ressenti, mais il y a des regards qui me mettent mal à l’aise surtout le gros plan des yeux de ces reptiles qu’on appelle mabouyas, va savoir pourquoi. Tu les as vu quand ?
– Le premier quand j’étais plus jeune. Comme je n’avais pas le droit de sortir, à minuit je m’échappais par la fenêtre de ma chambre pour rejoindre un groupe d’étudiants avec qui je faisais les quatre cents coups.
– Tu ne m’étonnes pas plus que ça.
– Tu veux savoir ou pas ?
– Si ça te chante. Quoi ? Allez, vas-y je t’écoute, répondais-je par courtoisie.
– Ma mère a connu Félicien alors qu’elle me portait. C’était en 1941 en pleine guerre avec les Allemands qui avaient envahis la France et profité des femmes Françaises. Issu d’une famille de nantis, ma mère permit à Félicien d’entrer dans la famille Le Cardinal qui se devait de garder le secret pour lui permettre de devenir une femme respectable. Tu sais pourquoi je m’appelle France-Hélène maintenant.
– Hélène, fille de Zeus, faisant référence à la plus belle reine du monde ? plaçais-je mon savoir plus que partiel sur la mythologie Grecque vue au cinéma.
– Je te laisse y réfléchir.
– Tu me prends de cours. J’ai l’impression de marcher en équilibre sur un fil enduit de gras.
– Félicien n’avait pas d’argent mais ses parents possédaient des terres par centaines d’hectares en bord de mer. Terres qui à l’époque ne valaient presque rien.
– Je me doutais bien qu’il y avait un truc qui ne tournait pas rond dans cette famille, la coupais-je comme j’avais l’habitude de le faire avec mes interlocuteurs.
– Félicien avait fait des études de Notaire. Sous l’occupation, il travaillait à classer des documents administratifs sous la surveillance d’un gradé Allemand prénommé Otto avec qui il s’était lié d’amitié grâce à son humour Marseillais qui le faisait passer aux yeux des nazis pour un rigolo. Averti par Otto que la Gestapo, la police secrète Allemande, viendrait le chercher le lendemain, il s’échappait précipitamment pour l’Espagne en laissant sa famille sans ressources.
– Merde alors ! ne pouvais-je me retenir de jurer devant pareille situation.
– Grâce au réseau de résistants, il arrivait en Espagne en quelques jours. Au bout de trois mois, il revenait en France avec de vrais faux-papiers et une nouvelle identité.
– Super ! lâchais-je malgré moi, commençant à m’intéresser à ses révélations.
– Oui, comme tu dis. C’est ma mère qui me l’a raconté, elle était fière de son homme.
– Il y a de quoi ! bombais-je le torse en m’étirant, doigts croisés, les paumes vers la mer.
– Ça n’a pas toujours été rose. Alors nous manquions de nourriture avec les tickets de rationnement pour une personne, Félicien qui bravait volontiers l’ennemi par tout les temps, allait pêcher la nuit entre deux rondes de la Wehrmacht. Jusqu’à la fin de la guerre, il partait en courant et revenait tout aussi vite par les sentiers caillouteux qu’il connaissait par cœur. Avec sa combinaison noire d’homme grenouille, son masque et son harpon, sa lampe étanche qu’il s’était confectionné lui-même, il pouvait rester plusieurs minutes en apnée, en plein hiver, dans une eau à huit degrés. Comment faisait-il ça ?
– Formidable, vous aviez à manger !
– Tu parles ! Des arapèdes, des oursins, des crabes, des poulpes, des soles, quelquefois un mérou. La plupart du temps on avait faim. Ça l’amusait beaucoup plus de jouer toute la nuit à cache-cache avec l’oppresseur que de nous nourrir. Qu’est-ce que tu veux que je te dise, il cherchait constamment l’affrontement. Il aimait les détonations, entendre les balles siffler, sentir l’odeur de la poudre ! Comment a t-il fait pour rentrer indemne de toutes ces sorties alors qu’il s’est fait tirer dessus des dizaines de fois ? C’est un mystère, sauf si tu l’expliques par la protection surnaturelle de son ange gardien.
– C’est durant le combat qu’on voit les vrais hommes ! Il dormait quand ?
– Félicien ? Quatre heures par nuit lui suffisait. Il se mettait au lit dès dix-neuf heures trente et à minuit moins le quart les soirs de mission, il disparaissait jusqu’au lendemain où il réapparaissait en fin de journée. Ça lui laissait suffisamment de temps pour piéger des convois ferroviaires, ou tendre des embuscades aux camions de ravitaillement avec ses copains résistants qui se faisaient arrêter les uns après les autres, dénoncés par la milice Française. Ce n’est qu’après guerre, l’été de mes dix-sept ans que j’ai vu pour la première fois, en partie cachée par les pins, une soucoupe dans le parc de La Largado à Mar-Vivo.
– Génial ! On est donc en 1959. Tu l’as pris en photo ? souriais-je plus qu’intéressé.
– Tu vas moins rigoler quand je vais te dire la suite. Cet été-là, avec les copains, on se relayait pour observer ce que je leur avait annoncé. Ils me croyaient dur comme fer eux, et ne m’interrompaient pas toute les quinze secondes !
– Qu’est-ce que j’ai dit ? Je n’ai rien dit ! Continue, essayais-je de garder mon sérieux.
– Nous avions entendu tellement de rumeurs sur les apparitions d’OVNIs nazis marqués d’une croix gammée que nous étions prêts à tout pour en voir un. Nous avons veillé quinze nuits à tour de rôle jusqu’à cinq heures du matin dans une cabane dissimulée dans les fourrés que nous avions confectionné avec des branches de pin maritime. C’est Gérard qui a été le plus endurant, les autres ont laissé tomber le douzième jour. Moi j’y suis allé toutes les nuits, je savais ce que j’avais vu. De là où nous étions, il n’était pas possible de nous voir, alors que nous avions une vue imprenable sur la zone d’atterrissage, là où j’avais vu la soucoupe la première fois.
– Vous faisiez quoi pour ne pas vous endormir ?
– Quelle question ! Il n’est pas impossible que tu aies été fabriqué avec mon petit ami Gérard dans les années qui suivirent. Un sympathique barbu à la Fidel Castro qui militait pour la jeunesse communiste et faisait médecine à la faculté de Montpellier. Il en pinçait un max pour moi. Un gars surdoué, premier dans toutes les matières qui a disparu trois ans plus tard. On ne l’a jamais retrouvé, je n’ai qu’une photo de lui.
– Ha ! Donc vous étiez bien réveillés, ça ne pouvait pas être un rêve ! répondais-je un rien étourdi par cette nouvelle à rebondissement.
– Laisse-moi t’expliquer. Avec plusieurs jours de veille d’affilée, mon Gérard dormait profondément. Il était dans un état d’épuisement certain quand la soucoupe est réapparue pour la seconde fois. J’étais encore la seule à voir le même vaisseau circulaire fait d’un métal brillant presque transparent sur les bords. J’étais comme hypnotisée par ce que je voyais. L’atterrissage s’était fait dans la plus grande douceur laissant échapper un ronronnement à peine audible. Au bout de quelques secondes, une passerelle toute lisse descendait vers le sol supportant un être qui se tenait debout. Il marchait comme un humain, avait des allures d’humain. Il était habillé comme un humain et s’éloignait de la soucoupe vers notre maison, quand il se mit à cracher quelque chose de vert fluorescent qui flottait dans l’air et n’a jamais touché le sol.
– Une luciole ? Pardon !
– Je ne pouvais croire ce que je voyais. Je ne pouvais prononcer un mot de peur qu’il m’entende, encore moins prendre le risque de réveiller ce gros balourd de Gérard qui n’était pas capable de tenir la distance. Ce que je voyais n’était pas possible !
– C’est un Louis de Funès ! Tu n’as pas confondu avec la Denrée de La Soupe Aux Choux ?
– Tu me prends vraiment pour une idiote. Ma soucoupe était bien plus grosse !
– D’accord, alors qu’est-ce que tu voyais de pas possible ?
– Je me mordais l’index gauche jusqu’au sang pour me donner la preuve que je vivais bien cet instant. Ce n’était pas un extra-terrestre qui se dirigeait vers chez nous, c’était… mon père ! me disait-elle en regardant la cicatrice de son doigt.
– Félicien ? m’interloquais-je. Moi qui pensais avoir une famille pas comme les autres, je suis royalement servi !
– Je me suis sentie très seule à partir de ce moment-là.
– Je te crois ! Mazette, c’est le meilleur scénario à suspense que je n’ai jamais entendu ! Alors et la soucoupe violente ? la questionnais-je n’arrivant pas à garder mon sérieux.
– Alors ! La soucoupe est partie moins de cinq secondes après que mon père en soit descendu. Mais tu penses bien qu’à cet instant de ma vie ce n’était pas la soucoupe qui attirait le plus mon attention. J’ai laissé Gérard dormir, je suis rentré en courant à La Largado pour y arriver avant mon père. Mon cœur battait à cent à l’heure, j’ai enlevé mes chaussures, je me suis couché toute habillée en remontant le drap sous mon menton pour cacher mes vêtements. Immobile, en contrôlant ma respiration encore bien trop rapide, j’épiais le moindre bruit. Cent dix-neuf secondes plus tard s’entrouvrait la porte de ma chambre qui laissait entrer la lumière du couloir.
– Pourquoi pas deux minutes ? la coupais-je moi qui aimait les chiffres ronds.
– Parce que je comptais les secondes triple buse ! Je gardais les yeux fermés alors que mes paupières devenaient rouges sang, la poignée a grincé et la porte s’est refermée. J’avais la tête qui tournait, des étoiles rouges et bleues dans les yeux. Il était dans la maison. Qu’avait-il vu ? S’était-il aperçu que ma chemise de nuit était toujours sur la patère de la porte ? Après cette nuit-là, je ne suis plus sorti. J’ai passé de longs moments à observer ma mère pour voir combien de temps elle mettrait pour changer de comportement. Combien d’heures ou de jours lui faudrait-il pour se rendre compte que son mari avait été remplacé par quelqu’un d’autre à la génétique semblable.
– Et alors ? piaillais-je d’impatience.
– Marie l’a tout de suite compris, il lui a fallu moins d’une semaine pour trouver une parade. Froussarde comme elle était, elle a commencé par vouer sa vie à Dieu en se réfugiant à l’église de Mar-Vivo, consacrant beaucoup de temps à la prière, jusqu’à enseigner le catéchisme aux enfants à la paroisse pour occuper toutes ses journées. Elle a tout accepté de ce nouveau Fél-X comme elle l’appelait maintenant en prononçant distinctement les deux syllabes. Elle s’est agenouillée psychologiquement face à celui qui lui a pris sa fortune peu à peu, celui qui devait mener une double, voir une triple vie sans en être inquiété.
– Comment ça une triple vie ?
– J’ai une demi-sœur.
– Ah ! Toi aussi tu as des demis ? Bienvenue au club ! Excuse, c’est plus fort que moi. Tu en étais à « celui qui lui a tout pris ».
– Celui qui n’a jamais travaillé de son existence tu veux dire ! Celui qui s’est vu affublé le titre de Consul Diplomate des efforts de guerre du vrai félicien, ce qui lui a permis de faire voyager les siens dans notre monde en rencontrant des sommités où allaient se décider le sort des humains.
– Les Consuls Diplomates ont ces fonctions-là ? Je décroche un peu là !
– Tu crois que les Consuls Diplomates n’ont qu’un devoir d’assistance et de protection pour les Français expatriés ? Puisque tu crois tout savoir, ces personnalités sont choisies par le Président de la république en personne. Pour Félicien, à la sortie de la guerre, ça été le général De Gaulle en l’occurrence. Tu peux croire que sa mission a été élargie bien au-delà de l’immunité diplomatique qui bénéficie d’un régime de responsabilité dérogatoire. Pour ta gouverne, héritées de la coutume internationale, ces mêmes immunités diplomatiques et consulaires adoptées par la convention de Vienne en 1961 lui ont permis d’exercer ses missions indépendamment des autorités de l’État d’accueil ! Je ne sais pas si tu te rends compte du passe droit. Autrement dit, il pouvait transporter ce qu’il voulait, là où il voulait, quand il le voulait, plus précisément en Suisse où il se rendait régulièrement.
– Comment as-tu fait pour vivre normalement en sachant tout ça, tu n’as pas eu les foies ?
– Je n’ai pas eu peur en voyant la soucoupe dans le parc, j’ai trouvé ça plutôt fascinant. Je serais bien monté dedans pour aller visiter les étoiles, mais celui qui se faisait appeler Fél-X alors que Félicien n’aimait pas qu’on l’affuble de ce diminutif, m’effrayait. Que faisait-il chez nous ? Qu’était-il advenu du vrai Félicien ? A vingt ans, je me suis réfugiée vers celui que je pensais être à même de me protéger. C’était un ami de la famille, Capitaine de l’armée de l’air, passionné de mirage F1, l’orgueil des avions de chasse Français. Il les faisait évoluer dans le ciel comme personne, à en rendre jaloux l’U.S Air Force.
– Le second Gérard ?
– Non, le troisième. Maintenant que tu sais tout, j’étais enceinte de toi avec le second.
– Tu les collectionnais ma parole ! Le second, c’est le disparu ?
– C’est ça. Je me retrouvais exactement comme l’avait été ma mère. Enceinte et sans mari.
– J’ai… Je…
– Tais-toi, ne dit rien, ça t’évitera de dire des bêtises. Le Fél-X en question a très mal pris la nouvelle et m’a expulsée de chez lui en m’envoyant chez ma cousine à Paris où tu es né. J’ai fait un aller-retour en train de mille six-cent kilomètres pour toi. On t’a baptisé en secret à l’église de Mar-Vivo pendant que Fél-X faisait faire des aménagements au Pigeonnier, une ancienne auberge à Rians qu’il venait de racheter. Durant ces années d’exil, j’ai lu. J’ai beaucoup lu à l’Hôtel Le Peletier de Saint-Fargeau.
– Un hôtel maintenant !
– La bibliothèque historique idiot ! Un fleuron de la ville de Paris.
– Qu’est-ce que tu as lu ?
– J’ai lu sur place tout ce qu’on pouvait lire sur le sujet en accès libre et tu peux me croire, il y avait des récits qui en disait long en particulier sur l’expédition de l’Amiral Richard Bird de 1947 pour l’opération Highjump en antarctique. Un an plus tôt, il recevait l’ordre de détruire la base Allemande du Neuschwabenland. Une centaine d’U-Boats Allemands dont bon nombre avaient été signalés en Argentine étaient manquants au recensement fait par les forces Américaines. Où étaient-ils passés ? Ces livres qu’on ne pouvait emporter n’auraient jamais dû être sur ces étagères. Pour qui avaient-ils été placé là, pour combien de temps ? C’est un mystère, me disait-elle songeuse, toujours en quête de réponse.
– Alors il s’est passé quoi durant cette expédition glaciale ?
– Tu sais, j’entends toutes tes âneries. Tu pourrais faire un effort quand même.
– Je suis au max m’an, laisse-moi décompresser un petit peu. Je suis attentif maintenant.
– L’U.S Navy a envoyé cinq unités avec brise-glace, porte avions et hélicoptères, porte hydravions, destroyer, transporteur de troupe, sous-marin et pétrolier, le tout pratiquement en double. Tu connais les Américains, il ne font pas les choses à moitié. L’opération scientifique « Highjump » qu’ils disaient ! Quel grand saut ? Une mission de cinq-mille hommes qui en réalité devait retrouver la trace de la base secrète Allemande installée au Pôle Sud. Cette mission qui devait durer six mois fut écourtée à deux. Les dégâts causés par les soucoupes sur la flotte Américaine qui avait perdu un destroyer, la moitié du porte avion, des douzaines de marins et d’officiers a fait dire à l’Amiral Bird devant les membres de la commission d’enquête du congrès que l’ennemi possédait des aéronefs si rapides qu’il était probable qu’ils puissent faire le trajet d’un pôle à l’autre en quelques minutes et que toute nouvelle guerre contre cet ennemi serait perdue d’avance.
– Les Allemands en étaient à peine au moteur à réaction à la fin de la guerre en 45, alors de là à voler avec des soucoupes deux ans plus tard, ça parait un peu prématuré non ?
– Qu’est-ce que tu peux être naïf mon pauvre ! Quand tu fais de la rétro-ingéniérie, en particulier sur un OVNI qui s’est écrasé en forêt noire en 36, tu mets en place un projet d’élaboration d’un moteur à réaction financé par les deniers publics. En parallèle, dans le secret le plus absolu, tu fabriques des copies d’engins venus de l’espace pour t’assurer la suprématie du ciel. Les politiciens de l’époque n’y ont vu que du feu, parce qu’ils étaient, et c’est leur rôle, incapables de savoir combien coûterai le développement d’un tel projet. La seule chose qui les intéressait, était de gagner la guerre en cours pour prendre leur revanche sur l’humiliation qu’ils avaient subi par les Français avec le traité de Versailles à la fin de la première guerre mondiale.
– C’est pour ça qu’il n’y a que des nuls dans les ministères ! Je comprends mieux à présent.
– Sous le troisième Reich… qui signifie ?… C’est une question ! Alors ?
– Ah ! Aucune idée, désolé.
– « Le territoire » sur lequel s’exerce la souveraineté d’un empereur ou d’un État. Adolphe Hitler a fait rassembler de gré ou de force plusieurs milliers d’ingénieurs mathématiciens, de physiciens, de chimistes, de métallurgistes, d’experts en magnétohydrodynamique pour travailler de front sur les énergies libres, le rajeunissement des tissus humains, le réplicateur, le déplacement dans l’espace-temps et de manière plus terre-à-terre pour faire face à l’ennemi avec les missiles longue portée dont le V2, le rayon de la mort inventé par Nicolas Tesla substitué par les Américains, l’anti-gravité avec l’exemplaire d’OVNI qu’ils avaient récupéré, désossé et analysé avec la rigueur Allemande que tu connais. Pour finir, la bombe H. Je ne te parle même pas des structures en sous-sol sur plusieurs niveaux où travaillaient sept jours sur sept des infectiologues nazis à l’élaboration de germes destructeurs en manipulant de l’ADN humain sensés épargner la race Aryenne. Tu n’as pas idée de leur plans élaborés dans ces laboratoires hyper sécurisés en vue d’une attaque bactériologique future ou des atrocités cliniques perpétrées sur des humains piochés dans les camps de concentration. Les dignitaires Français collabos à coté des nazis étaient de simples libertins qui s’amusaient tout juste à touche pipi avec les danseuses du Crasy Horse et du Moulin Rouge. De vrais enfants de cœur !
– Encore un point pour toi.
– Tu m’écoutes ou tu fais semblant ?
– Je n’en rate pas une miette, seulement je n’étais pas préparé à entendre ça de ta part. Tu as bien caché ton jeu, je suis impressionné. As-tu des pouvoirs surnaturels ? Hein ! Tu peux voler comme Superman sans prendre l’avion ? Te déplacer comme Jésus en marchant sur l’eau ? Non ? Marcher au plafond comme l’homme araignée alors ? Non plus ? Pffffff ! C’est plutôt restreint comme super-pouvoirs ! On dirait une autre toi complètement différente. Es-tu un agent sucré 1 filtré ? jouais-je avec les mots. On dit un ou une ?
– Franchement, j’en la tête d’un ?
– A première vue, non. Tu as plutôt un profil féminin. Une agent secrète une-filtrée ! Eh bien ça alors ! J’étais à des années lumière de savoir qui tu étais en réalité. Accepte que j’ai pu répondre à coté, histoire de me détendre un peu. On est plus dans la configuration de la montagne qui accouche d’une souris là, mais bien du contraire ! Je t’écoute, bien que les mots qui parviennent à mes oreilles me soient familiers. C’est comme si dans un recoin de ma mémoire il y avait déjà tout ce que tu me racontais.
– Tout est là. Si tu arrives à comprendre le pourquoi de cette « mission scientifique » entièrement financée par la Navy et ce qui en résulte, tu mets en doute tout le reste. Le château de carte tel qu’on te l’a présenté et auquel tu as cru s’écroule net ! Les livres d’histoire sont tous bons à mettre à la poubelle, m’apprenait-elle avec patience.
– Tout ça pour un bout de glace et trois pingouins ?
– Ce sont les manchots qui vivent en Antarctique, les pingouins vivent en Arctique ! Dis-toi bien que derrière chaque fait de guerre, il y en a un autre caché encore plus gros. L’amiral Allemand Karl Doenitz déclara début des années 40 : « mes sous-mariniers ont découvert un véritable paradis sur Terre » en parlant de son expédition en Antarctique.
– Oula ! Les pingouins, les manchots, les arcs, les tiques, il faut suivre. Je m’accroche, mais je t’avoue que j’ai un peu de mal. C’est un poil plus complexe que la technique photo.
– Il y a tant à savoir… La question est jusqu’où es-tu prêt à aller pour avoir les réponses ?
– Ne te fais pas prier, ma curiosité a franchi le point de non retour.
– Je n’en connais qu’une partie, mais soit ! Lors de la libération, les Américains mettent la main sur pas moins de mille cinq cents ingénieurs et scientifiques hautement qualifiés qu’ils recrutent sans leur laisser vraiment le choix. Problème, il en manque des milliers qui ne figurent pas sur la liste des morts, où sont-ils ?
– Enfuis aux Antilles ?
– Non, ils ont été transférés dans la base du Pôle Sud l’année de ma naissance en 42.
– Ils n’ont pas eu de bol. Pourquoi si loin en Antarctique ?
– Parce qu’il y fait très froid, que c’est inaccessible et que c’est la porte des deux mondes.
– La Terre n’est pas creuse, elle a un noyau en fusion ! C’est ce qu’on nous a appris, répétais-je comme un perroquet, peu sûr de moi.
– Prouve-le.
– Les volcans pardi ! Elle sort d’où la lave ?
– Tu n’as rien prouvé du tout. Elle peut provenir d’un système climatique interne qui renvoie le surplus de roche en fusion produit vers l’extérieur de la planète, comme le ferait une soupape de sécurité.
– C’est une théorie !
– Pas plus que son hypothétique noyau ferrique solide et son manteau en fusion qui devrait chauffer le sol à des températures telles qu’il ne pourrait y avoir de vie en surface. Quand on voit l’immensité de cette soi-disant masse portée à des températures extrêmes, on se demande pourquoi la chaleur n’arrive pas à traverser l’écorce terrestre alors qu’elle varie de cinq à quatre-vingt kilomètres d’épaisseur. Dans les profondeurs abyssales, l’eau devrait bouillir. Or, ce n’est pas le cas, elle est glaciale.
– Bien qu’il y ait des volcans sous-marins, ton raisonnement est entièrement juste. C’est dingue, j’ai l’impression de me retrouver en cours de géologie avec le même malaise. Même avec cette matière j’avais du mal à croire ce qu’on nous enseignait. On nous a affirmé par des hypothèses grotesques soutenues par des théories bidons que nous étions en mesure de savoir avec exactitude la nature interne de notre planète sans jamais avoir pu l’explorer, alors qu’en fait, le commun des mortels n’en savait fichtrement rien ! Ce doute ne m’a plus quitté jusqu’à ce que je sorte de l’école.
– Noyau de fer magnétique solide, noyau extérieur froid, manteau inférieur en fusion, manteau supérieur tempéré, de cette équation multiplie les illogismes, il n’y a que la croûte terrestre qui est juste parce que nous avons pu en explorer une petite partie. Ce globe fait de roches, d’amas de poussières galactique datant de milliards d’années, est en travaux permanent par plusieurs civilisations dont la nôtre, à une échelle qui dépasse notre entendement. Nous vivons juste du mauvais coté. Jules Verne l’a prouvé avec son roman d’aventures Voyage au Centre de la Terre. C’était sa façon à lui de nous révéler la vérité. Que ce soit Vingt Mille Lieues Sous les Mers ou De la Terre à la Lune, tout s’est avéré être vrai, ou le sera bientôt, le temps que les humains le découvrent officiellement ou qu’on ne puisse plus nous le cacher. Tu connais la base de mon père où il vivait avec sa maitresse cinq jour par semaine ?
– Je connais le Pigeonnier, tu m’y as emmené souvent l’été.
– Ce que tu ne sais pas, c’est qu’entouré de trois cent hectares de terres boisées pour être à l’abri des regards, il pourrait surveiller de près la future installation ITER, son voisin le plus proche, dont le programme établi en 85 a été de développer la fusion pour ne plus dépendre des ressources pétrolières. Ce programme international a pour but de créer un soleil artificiel miniature en vue d’obtenir de l’énergie à volonté.
– Comment savait-il dans les années soixante ce qui allait se passer vingt-cinq ans plus tard à cinq kilomètres de chez lui ?
– Je te l’ai déjà dit. Leur technologie est très avancée. Les civilisations en retard comme la nôtre cherchent à acquérir la maitrise de la fusion pour habiter à l’intérieur des planètes, dans des poches géantes creusées par la fusion froide où ils pourraient installer un soleil artificiel, créer de la terre à l’aide de bactéries mangeuses de minéraux, refaire un monde à partir de rien tel que nous l’avons connu sur notre planète il y a plusieurs siècles, avant qu’on ne commence à la détruire à coup de bombes radioactives.
– Alors à chaque fois qu’il y a une éruption volcanique, ce sont les extraterrestres qui se fabriquent un nouveau monde sous notre Terre ?
– Il faut bien éjecter le surplus de matière en fusion quelque part ! Mais ce n’est pas toujours ce cas de figure. La création de poches géantes déséquilibre la masse des plaques tectoniques qui provoquent à leur tour des failles dans l’écorce terrestre induisant des tremblements de terre. Les secousses laissent fuir certaines réserves de magma en fusion qui ne sont ni plus ni moins que d’immenses réservoirs d’énergie pour ceux qui vivent sous nos pieds. Quant à notre planète, si nous sommes le produit de nos créateurs qui vivent confortablement dans un paradis au centre de la Terre, nous serions plutôt des mutants de leur génome à leur service, exposé aux radiations cosmiques, à l’influence de la lune, aux intempéries, au météorites, à la bêtise organisée, à la méchanceté généralisée et en ce qui nous concerne, à la troisième guerre mondiale.
– Les bras m’en tombent. Comment n’y ai-je pas pensé avant ?
– Tu veux savoir pourquoi la technologie va si vite ? Parce que l’élite humaine en parallèle de son programme officiel, fait la course pour rattraper un millier d’années technologique sur son créateur. C’est pour cette raison que l’on envoie des sondes dans l’espace. Nous sommes en quête d’une exoplanète vierge pour y creuser notre trou avant d’y créer une atmosphère, comme l’on fait d’autres civilisations avant nous.
– Les grands blonds aux yeux bleus, c’est ça !
– Blond aux yeux bleus, comme mon père.
– Tu n’en as jamais parlé avec ta mère ?
– Une fois j’ai essayé. Elle m’a demandé de me taire et de ne plus jamais aborder le sujet. Marie était ta marraine secrète. Tant que Fél-X vivait, le secret devait être gardé. Elle m’envoyait de l’argent, de la layette et des vêtements pour toi. Crois-moi que j’ai eu le temps de réfléchir. Il m’arrivait de lire plus de trois livres par semaine. Tu étais tellement gentil à cette époque que je pouvais lire pendant des heures sans avoir besoin de m’occuper de toi. Cette situation a duré deux ans et demi. Quand je suis rentré en Provence à La Largado, je me suis trouvé un gentil gars sur la plage des Sablettes qui voulait bien de toi pour m’aider à fuir la maison familiale. La suite tu la connais. J’avais une volonté de fer, je me suis juré de ne pas lâcher le morceau. Ce Fél-X devait rendre à notre famille ce qu’il nous avait pris.
– Tout s’éclaire. Je comprends mieux ta haine envers ton père maintenant, enfin ce…
– Je t’ai fait mettre en pension pour qu’il n’ait aucune influence sur toi. J’avais peur qu’il te fasse du mal ou se serve de toi pour me faire taire. Je vous ai protégé du mieux que j’ai pu. Jamais je n’aurais imaginé retrouver ces êtres à Saint-Barth. Je sais qu’ils sont là, bien installés. Ils ont mis en fonction un tunnel qui relie l’île à la plus grande base souterraine de Puerto-Rico elle-même reliée à Washington. C’est de cette façon qu’ils peuvent venir et repartir sans être vu.
– Ça fait des décennies qu’on parle d’un double tunnel sous la Manche qui ne fait que cinquante kilomètres, et c’est toujours en pourparlers. Tu ne crois pas que ça fait un peu long comme tunnel ?
– Leur réseau souterrain est mondial ! Il y a une raison à ça. Je ne t’ai pas encore parlé des disparus, tu vas devoir faire un effort de mémorisation. Ils ont des machines à plasma froid qui fond la roche souterraine en quelques secondes sur des centaines de mètre et lisse les parois de composé vitrifié sur plusieurs mètres d’épaisseur. Les parois sont dures comme de l’acier, lisses comme du marbre et assez souples pour résister à la tectonique des plaques. Des capsules pouvant transporter des milliers de personnes s’y déplacent à des vitesses inimaginables.
– Voilà ! Expliqué de cette façon, je visualise beaucoup mieux. Je vois que tu es intarissable sur le sujet. Mais qu’est-ce que je fais moi avec ces informations maintenant ?
– Tu les gardes pour toi.
– Je ne peux le dire à personne ?
– C’est préférable si tu ne veux pas qu’ils retrouvent ta trace.
– Quelle trace, je n’ai rien fait à personne moi, je n’ai pas vu de soucoupe et je n’ai pas eu un père extra-terrestre ! Qu’est-ce que je risque ici ?
– J’en ai vu à Saint-Barth. C’était lors d’une soirée privée où j’avais été invitée par ami Notaire qui vient une fois par mois sur l’île. Nous sommes allés très tard dans la nuit dans une villa à la pointe de Colombier. J’ai vu des appareils faire apparaitre de la nourriture, des boissons, là devant moi, à partir de rien. J’ai vu des êtres extasiés par cette nouvelle technologie qui ressemblaient à des humains par leur plastique, mais qui n’en étaient pas, je peux te le certifier pour en avoir vus plusieurs de très près.
– Près comment ?
– Ça ne te regarde pas. Ces choses-là ne peuvent pas se raconter. Tu dois juste me croire sans me juger. Relis la mythologie Grecque concernant le relationnel des Dieux avec les humains, me reprenait-elle, lasse de ma naïveté.
– Je ne sais pas comment c’est possible, mais c’est plus facile pour moi de te croire que de rejeter en bloc cette idée.
– Tu t’es toujours méfié de moi à tort. Maintenant tu sais, et tu vas devoir vivre avec sans le révéler oralement à quiconque sous peine de mettre ta vie en danger.
– Tu ne viens pas de te mettre en danger maintenant ?
– Je t’ai mis au monde, je sais qui tu es. Je suis fatiguée de fuir. J’ai compris que ça ne servait plus a rien, ils sont partout où il y a du pouvoir, de l’argent, dans les paradis fiscaux où ils échangent services contre marchandises avec les Terriens informés. J’ai l’impression d’avoir vécu plus que mon âge. J’ai tout connu sur Terre, la cinquantaine s’approche de moi à grand pas. La vieillesse n’est pas l’accès à la sagesse comme le disent les écrits, c’est juste la garantie d’avoir un corps qui te trahit un peu plus chaque jour.
– Et les régénérateurs ? Ils doivent avoir ça sous la main non ? Si tu veux vivre en bonne santé, par l’intermédiaire de ton Notaire, contacte-en un que tu connais ! Va savoir, il te fera peut-être une fleur ?
– J’ai fait le choix de me battre aux cotés des humains avec la politique il y a bien longtemps déjà. Tu devras faire ce choix-là aussi. C’est la seule arme dont nous disposons. Il faut sortir le peuple de sa léthargie. On nous cache la technologie qui pourrait nous rendre tous libres et permettre à la nature de reconquérir tout ce que nous avons détruit ces derniers siècles.
– Comment ça ?
– Avec les réplicateurs.
– Tu ne m’as pas dit ce que c’était !
– Ce sont des appareils capable de reproduire à partir d’une banque de données pratiquement tous les objets usuels que tu veux, même une certaine nourriture dotée de saveurs merveilleuses et de nutriments indispensable à notre bonne santé.
– De la salade ? Des carottes ?
– Non, très peu de végétaux en fait.
– De l’or alors ?
– Non plus, les métaux à l’état pur ne sont pas reproductibles.
– Capable de reproduire des billets de banque ? Mais si tout le monde reproduit des bi…
– Il n’y a plus besoin d’argent, réfléchis ! J’ai dit : pour être en bonne santé !
– Donc ces appareils sont bridés. J’imagine qu’on ne peut pas reproduire d’armes ?
– C’est exactement ça. Un monde fait de relations fraternelles, de partage d’idées, de savoir-faire, d’art sous toutes ses formes. Un monde idyllique où chacun vit en harmonie avec son environnement naturel qu’il n’a plus besoin de piller. Un monde où la pulsion d’envier l’autre n’a plus lieu d’être puisque tu as accès à tout ce dont tu as besoin.
– Personne ne tombe dans l’excès ?
– Sa servirait à qui de répliquer plus de choses qu’il ne peut utiliser ou manger ? L’homme à acquis avec cette technologie le désir de peu d’objets. Comme il peut avoir sur l’instant exactement ce qu’il lui faut, il n’éprouve plus le besoin de stocker de peur de manquer de quelque chose. C’est ça la vraie liberté. Les objets quand tu les collectionnes sont des chaines. N’oublie pas ce que je viens de te dire.
– Je m’en souviendrai.
– C’est pour cette raison que je n’ai eu aucun scrupule à récupérer le plus de liquidités possible à cet être qui se faisait passer pour mon père. Je savais qu’il y avait un autre esprit qui avait pris place sous son crâne. Il savait que j’étais au courant du subterfuge. J’étais sûre qu’il savait que je savais qui il était vraiment quand je m’adressais à lui. Il n’a fait qu’acheter mon silence.
– Ils sont aussi capables d’habiter des corps ? Pardon, des cerveaux ?
– C’est ce qu’il y a de plus simple à exécuter pour eux quand ils doivent faire prendre des décisions importantes à l’humanité. Jeanne d’Arc entendait des voix, Gandhi aussi, il l’a souvent dit. C’était aussi le cas d’Adolphe Hitler. N’oublie pas que nous nous servons d’à peine dix pour cent de notre encéphale. Pour quelle raison d’après toi ? Pourquoi avons-nous un organe sur-développé alors nous ne pouvons en utiliser qu’une infime partie ?
– Parce que, c’est… un tableau de bord… un… terminal de contrôle, non. C’est un…
– Une !
– Une cabine de pilotage !
– Je vois que nous faisons toujours de la transmission de pensée. Il n’y a qu’avec toi que je suis arrivé à faire ça quand tu étais petit. Tu me sortais exactement la phrase à laquelle je pensais. Tu sauras qu’on a pris possession de ton cerveau en mettant ton esprit en veille, le jour où tu ne seras plus capable de te souvenir de ce que tu as fait les dernières quarante-huit heures.
– Le fameux trou de mémoire !
– D’où l’importance de consigner chaque jour ses activités sur son journal personnel.
– Ça se voit quand la personne habitée change d’avis, quand elle dit le contraire de ce qui a été précédemment annoncé ! Personne ne s’aperçoit que ça n’a pas de sens ? Que c’est illogique ? Que c’est un revirement de situation sur quelque chose qui semblait acquis ?
– C’est ce qui se passe tous les jours au plus haut niveau de l’État, ouvre un peu les yeux !
– Je résume. Nous ne sommes pas seuls dans l’univers. Ça c’est facile à comprendre, il suffit de lever les yeux au ciel pour s’apercevoir qu’il est impossible qu’il y ait pas de vie partout dans le cosmos. Avec des centaines de milliards de planètes et des millions de soleils rien que dans notre voie lactée, il serait prétentieux de croire que nous sommes les seuls humanoïdes dans cette galaxie. Au pire, il nous reste une centaine de milliard de galaxies si jamais nous avions un doute sur l’existence d’autres êtres vivant dotés d’intelligence supérieure ou égale à la nôtre. Je ne dis pas inférieure, parce que nous sommes justement cette race inférieure et que nous ne sommes pas prêt de conquérir les étoiles vu les milliers d’années lumière qui nous séparent.
– Fait court, ce que tu dis je le sais déjà, ce que j’ai à t’apprendre est bien plus important !
– D’accord. Depuis que la planète Terre existe, elle a été colonisée par une civilisation venues de l’espace. Ils ont crée l’homme pour en exploiter les ressources. Les Atlantes ont été un échec, ils ont été engloutis. Treize mille ans plus tard, avec l’alcool, les V8 et le Rock & Roll, leur plan à encore foiré d’où la mise en application d’un grand reset !
– C’est dans l’ordre du possible. Je suis navrée de te l’apprendre, mais ils ont une technologie beaucoup plus avancée que la nôtre. Ils ont une force créatrice et destructrice que nous n’avons pas. Leur but est de s’emparer le l’or de la Terre et d’autres minerais rares comme le platine, l’uranium, le palladium, le lithium, le niobium, le cobalt, le tantale… Je ne vais pas tous te les citer, ils en ont besoin pour la conquête des exoplanètes habitées par d’autres civilisations qui les gênent dans leur progression. Ils nous utilisent comme esclaves en nous tenant par l’argent pour parvenir à leurs fins.
– J’ai trouvé ! C’est pour ça que Nicolas Tesla n’a pas pu continuer ses recherches sur les énergies libres ! Il était un danger pour l’élite qui a pris le contrôle des humains ?
– Tu comprends vite. Je suis heureuse que tu aies un minimum d’instruction et de connaissances, mais les humains sont aussi en possession de cette technologie qui est en passe de rivaliser avec ceux qui nous manipulent. Il va falloir que je te fasse un cours accéléré. Leur existence n’est pas encore révélé aux Terriens mais ce n’est qu’une question d’agenda. Après l’échec lunaire de 1969 et sa fameuse plaque où il est inscrit « Nous sommes venus dans un esprit pacifique au nom de toute l’humanité » qui s’adressait aux extra-terrestres, la NASA a programmé pour la fin de la décennie une mise en orbite d’un télescope spatial qui prouvera d’ici peu qu’une activité extra-terrestre existe. Nous ferons ce qu’il faudra pour nous signaler en tant qu’humains comme nous l’avons fait en laissant des informations nous concernant sur la plaque lunaire. A moins que les Américains nous aient fait croire avec l’aide du scénariste-réalisateur Stanley Kubrik, qu’ils avaient été en mesure d’alunir juste pour arriver les premiers devant les Russes. Tu te rends compte de l’importance stratégique d’être la nation qui entre officiellement en contact la première avec les extra-terrestres ?
– Oui ! Fabuleux, je me régale ! Continue.
– Nos gouvernements, principalement les Américains qui sont les seuls à débloquer autant de fonds dans le programme spatial en faisant tourner la planche à billets, feront semblant d’avoir eu la chance d’entrer en connexion avec une vie extra-terrestre pacifiste. Les heureux gagnants les présenteront aux peuples de la Terre comme des êtres plus évolués, coopérants et bienveillants, ayant une génétique identique à la nôtre. Ce sera le premier bond en avant civilisationnel sur la possibilité d’allonger considérablement la vie des Terriens en améliorant leur génome. Terminé les maladies ! Qui sera contre ? Puis viendront progressivement d’autres extra-terrestres issus de civilisations différentes qui ne nous ressemblent que très lointainement, ce qui est le cas des Petits ou des Grands Gris. Le but est d’apprendre aux humains à vivre graduellement avec d’autres civilisations avec lesquelles nous sommes entrés en contact pour échanger des technologies moléculaires contre des ressources minières. Un échange gagnant-gagnant en façade. Le programme cinématographique diffusé par les grandes majors sera bientôt sous contrôle. Des scénarios sont déjà écrits pour aller dans ce sens en nous habituant à voir des êtres différents de ce que nous sommes. Dans un futur proche, la réalité rejoindra le virtuel.
– Les humains ne seront jamais d’accord ! Il ne vont pas se laisser faire.
– Les pénuries, la troisième guerre mondiale, l’hyperinflation et la famine élimineront définitivement le barrage humain qui aurait encore la volonté de s’y opposer.
– La troisième Guerre mondiale, contre qui ? Les Russes ?
– C’est le programme envisagé.
– On ne peut pas l’éviter ?
– Si, en mettant les femmes au pouvoir partout dans le monde. Même téléguidées, elles ont un instinct de survie très prononcé. Ce ne sont pas des hommes qui passent leur temps à faire la guerre. La grande différence avec les hommes, c’est que les femmes donnent la vie. Vous ne pouvez pas comprendre.
– Hola ! Moi je comprends.
– Normal, tu es un enfant indigo. Je m’en suis aperçue très tôt.
– Pourquoi m’avoir contré tout ce temps alors ?
– J’avais besoin de connaitre ton degré de résistance. Le commun des mortels n’est pas prêt à accepter la vérité crue telle qu’elle existe, qu’est-ce que tu crois ! N’arrivant pas à se faire entendre où n’ayant tout simplement pas le courage d’en parler, beaucoup perdent la tête, tombent dans l’alcool, les stupéfiants, ou n’ayant trouvé d’échappatoire se pendent haut et court. D’autres s’adonnent à la violence sous toutes ses formes, le crime organisé ou le contraire, ils deviennent des serviteurs de la Chrétienté.
– Et les politiciens sensés défendre le peuple ?
– La majorité ferment les yeux. La pilule est trop grosse à avaler. Les problématiques politico-économiques terrestres sont bien plus intéressantes à régler contres avantages et privilèges en nature. Les politiciens sont avant tout des opportunistes, ils travaillent principalement pour leur compte. Ils s’imaginent être indispensables au système qu’ils ont créé à coup de lois scélérates, persuadés qu’ils seront épargnés parce qu’ils sont la voix pour le peuple, ce qui est une inversion de rôle qui finira par se retourner contre eux.
– Quelle est la solution ? demandais-je les paumes des mains tournées vers le ciel.
– Actuellement aucune. Nous verrons toi et moi ce grand reset de l’humanité pour repartir sur de nouvelles bases. C’est cyclique, les Atlantes en ont fait les frais pour avoir voulu devenir libres en contrant le programme imposé par leurs créateurs.
– Finalement l’homme ne descend pas du singe. Nous sommes la création d’une race supérieure. C’est dingue !
– C’est ce qu’on a voulu nous faire croire pour donner le change, mais dans la théorie de Charles Darwin, il y a plusieurs chainons manquants pour passer du singe à l’homme. Notre génome diffère de celui des singes depuis plusieurs millions d’années. Tout n’est que supposition. Nous ne sommes pas fichus de savoir comment les pyramides ont été construites il y a quatre mille cinq cent ans, alors l’évolution de l’homme qui commence il y a 600 millions d’années avec des invertébrés marins de deux centimètres de longueur, tout ça n’est que de la foutaise théorique, du brouillage de piste pour qu’on ne sache pas réellement d’où l’on vient. L’idée d’avoir été créé par un Dieu tout puissant et invisible qui nous pardonne tous nos péchés est bien plus rassurante pour l’humanité.
– Je m’en doutais. Je l’aurais parié. C’est bien un être supérieur qui a créé l’humain, la bible est exacte. Sauf qu’on se trompe de Dieu. C’est juste une civilisation plus avancée que nous que nous avons pris pour Dieu il y a des millénaires. Nous sommes leur chose, nous leur appartenons. Si nous nous rebellons, nous disparaissons, remplacé par un autre humanoïde moins désobéissant j’imagine ?
– Quand tu crées quelque chose avec une raison bien précise, tu es censé pouvoir dire que ça t’appartient et que tu es en droit de l’utiliser. Tu vas t’en servir pour que ça te rapporte quelque chose, ce n’est pas vrai ? Avec le peuple d’Aldébaran, c’est la même chose. Nous leur appartenons et devons leur donner en échange de nos vies ce dont ils ont besoin. C’est le même procédé dans tout l’univers. Les races supérieures contrôlent les races inférieures. C’est aussi valable dans le monde animal. L’antilope est là pour servir de repas aux félidés. Les gros poissons mangent les petits poissons, etc…
– Alors les Aldébarans sont eux-mêmes sont sous contrôle ?
– Oui, par les Dracos, mais ne m’en demande pas plus, c’est à toi de faire le chemin pour en savoir d’avantage. C’est un parcours à faire seul. Plus tu en sauras, moins tu devras te confier car personne ne te croira. Les asiles de fous sont plein de gens qui sont persuadés avoir vu des extra-terrestres. C’est ainsi depuis que le monde est monde. On a des preuves qui datent de la fin du moyen âge.
– Intéressant, je suis toute ouïe !
– Sous Pizarro, lorsque les Espagnols sont arrivés en Amérique du Sud en 1532, les indigènes les appelèrent instantanément les Seigneurs Blancs et se prosternèrent devant eux. Les légendes indigènes racontaient que des siècles auparavant, de Grands Blancs venus du ciel dans des disques volants avaient gouverné des villes prospères pendant des décennies en leur apportant une technologie qu’ils qualifiaient de magique. Avant leur départ, ayant épuisé les filons miniers les plus gros, ils avaient promis à leurs chefs de revenir. Il n’est pas étonnant que les premières offrandes données volontiers par les descendants de ces indigènes aient été de l’or quand on sait que c’est principalement ce métal qui les intéressaient. Tous ces écrits ont été consignés sur les cahiers de bord des navires, l’or ramené au roi d’Espagne et les récits précieusement récupérés par le Vatican. Des exemples comme celui-là, il y en a des dizaines.
– Bon alors, comment faisons-nous pour éviter la troisième guerre mondiale ?
– Techniquement, face à la surpopulation et aux ressources disponibles, nous n’avons pas de solution immédiate autre que le grand reset. Mais pour conquérir d’autres exoplanètes habitables, il faut des bras. Beaucoup de bras. La réserve de population mondiale serait une solution. Pourquoi l’éliminer alors qu’on peut s’en servir ailleurs ? Tu comprends pourquoi une partie de l’humanité a fait tant d’efforts pour officialiser le contact avec une intelligence extra-terrestre ? Vous manquez d’eau, de nourriture, vous mourrez de faim sur Terre ? Venez avec nous coloniser la planète Bigmar, on y mange le meilleur homard !
– Oui, c’est plus clair. Là où je m’y perds, c’est qui est avec qui, et qui travaille pour qui ?
– Dis-toi que nous avons tout et son contraire et ce à tous les niveaux. La dualité est permanente. La guerre profite aux industriels de l’armement mais pénalise d’autres industries qui ne fleurissent qu’en temps de paix. Dans nos gouvernements, il y a ceux qui œuvrent pour l’humanité et ceux qui travaillent contre, ce qui explique la discordance des décisions. Au début de notre millénaire, même les religions se sont confrontées les unes aux autres avec les croisades convoitant la Terre Sainte. Notre évolution est une suite incessante de prise de pouvoir des uns sur les autres. Il y a tellement de ramifications et d’intérêts divergents que les amis d’hier deviennent les ennemis d’aujourd’hui. Il arrive même que les loges maçonniques ne soient pas d’accord entre-elles. C’est toujours pour la même raison, une question de pouvoir. D’un point de vue global, les Reptiliens ont vaincu les Nordiques d’Aldébaran en les infectants avec des nanites qui ont pris le contrôle total de leur mental, succombant à l’autorité supérieure de « l’I.A ».
– Les Reptiliens ce sont les Dracos, les Nordiques ce sont les blonds aux yeux bleus, c’est ça ? Par contre, les nanites, je ne sais pas ce que c’est.
– Tu devrais le savoir toi qui aime les triple zéros après la virgule ! Ce sont des nanorobots dont les composants sont fabriqués grâce à la nanotechnologie. Qu’est-ce qu’on t’a appris à l’école ? Le processus consiste à effacer toutes les caractéristiques de leur groupe d’âmes pour en faire des êtres dénués de sentiments, corvéables à volonté par leurs nouveaux maîtres. En France, ils nous enlèvent par milliers chaque année pour nous mettre en esclavage dans leurs bases avancées ou continuer leurs expériences sur notre psyché pour le compte des Reptiliens. Tu n’es pas au courant de ces disparitions ?
– Je vois. Nos créateurs sont sous contrôle. En gros, on est dans la mouise. Il n’y a pas de peuple Extra-Terrestre assez puissant pour nous sauver ?
– Sauver qui ? Pourquoi ? Nous appartenons aux Aldébarans qui sont eux-mêmes soumis aux Dracos.
– Attends une seconde. Alors Jésus n’est pas venu sur terre pour nous sauver, mais pour nous avertir que nos créateurs n’étaient plus libres comme lui l’était encore en venant se réfugier sur Terre ! Est-il venu seulement nous annoncer la bonne parole en nous guidant vers la puissance de l’Amour ? En acceptant de mourir sur la croix sans bénéficier du secours de Dieu, je parle des Nordiques qui n’avaient plus de pouvoirs, Jésus nous a t-il laissé un message ? Tu me dis si je dis une bêtise ! Est-ce à nous à présent de résister aux Dracos ? Mais oui ! C’est à nous de sauver nos Dieux si nous voulons devenir libres ! Sommes-nous la dernière espèce instinctive de notre constellation ?  On ne va pas se laisser faire ! Puisque nous savons comment les Dracos sont parvenus à prendre le contrôle de façon virale, il n’y a qu’à utiliser les mêmes armes qu’eux en reprogrammant les nanites avec un condensé de ce que la Bible a de mieux ! Ce n’est pas la meilleure façon de reprogrammer une âme dans une conscience vidée de ses valeurs ?
– Pas mal ! Mais tu oublies les Grands-Gris qui sont souvent vus aux cotés des Fédérations Nordiques et qui utilisent des Extra-Terrestres d’apparence humaine pour tromper les Terriens par la foi. La doctrine consiste à leur faire croire qu’ils interagissent avec des êtres angéliques prônant « l’Amour et la Lumière » pour formater les peuples à une certaine forme d’obéissance par la croyance. C’est la fonction première du Pape vêtu de Noir élu par les Jésuites.
– Alors là, tu m’en bouche un coin ! Il y a un Pape noir ? Je n’ai jamais vu que le blanc !
– Renseigne-toi avant de mettre ma parole en doute.
– Je le ferai. Donc, si les Dracos sont arrivés à prendre le contrôle galactique sur toute une race d’êtres avancés sans en subir les conséquences, c’est qu’ils ont un bouclier génétique. Visiblement le programme d’effacement ou de reprogrammation ne s’adresse qu’à un ADN précis. Reste à trouver un moyen de diffusion-contamination éclair. Ils respirent ? L’air fera l’affaire. Une fois débarrassés de la menace des Gris et des Dracos, on les enverra à TF1 pour qu’ils puissent avoir une enfance heureuse en jouant dans l’Ile Aux Enfants avec Kasimir. Nous ferons de nos créateurs actuellement serviles, des égaux avec qui nous pourrons vivre en harmonie. Problème réglé ! Pas mal comme réflexion pour un bleu, non ?
– Qu’est-ce que tu fais des Insectoïdes du groupe d’Orion qui œuvrent pour « l’I.A » ?
– Même tarif pour les Mousticoïdes ! Non mais ? Tous punis ! Chacun doit s’amuser avec ses jouets sans piquer ceux des autres. On ne va pas se laisser diriger par le bout du nez par des insectes maintenant ? Reprogrammation identique pour tous les ennemis des humains, c’est clair ? Les plus vilains d’entre eux visualiseront mille fois l’intégralité des Récré A2, ou pire encore, du Club Dorothée pour qu’ils deviennent de gentilles bestioles amorphes ! Il n’y a pas mieux pour le lavage de cerveau, m’emportais-je quelque peu, alors qu’assis sur le sable, je regardais derrière-moi ayant cru entendre une baie vitrée s’ouvrir.
– Je savais bien que tu avais un mental de dirigeant.
– Il est grand temps que l’on fasse du nettoyage dans cette Galaxie, merde alors !
– Tu seras un « Grand Chef », entendais-je la voix de ma mère indistinctement.

L’image de ma génitrice s’effaçait progressivement entrecoupée d’une autre voix familière qui venait de je ne sais où.

– Gran chèf ! Gran chèf ! Lapinou !

J’ouvrais les yeux. Durant un instant, je ne savais plus où j’étais. Je cherchais des repères dans les chambres de mon enfance sans les trouver. Où étais-je ? Que faisait cette moustiquaire au-dessus de ma tête ? Je ne reconnaissais rien de ce qui m’entourais dans la pénombre. Étais-je en France dans une chambre de l’appartement de l’immeuble Le Cardinal aux Sablettes en 1970 ? Dans une des chambres de la villa La Largado à Mar-Vivo en 72 ? Dans le dortoir de la colonie de vacances en Savoie à Samoins en 73 ? La chambre du rez-de-chaussée chez ma grand-mère paternelle villa Au Soleil à Montserrat en 75 ? Celui du pensionnat Saint-Joseph à Hyères en 76 ? Dans ma chambre de la villa Waru de Tamaris en 77 ? Le dortoir du lycée Jean Perrin à Marseille en 79 ? La chambre tapissée de posters de la Maison Carrée des Sablettes en 80 ? Dans le garage aménagé où je résidais après m’être enfui de la Maison carrée en 82 ? Mon vieil appartement à Six-Fours avec douche commune dans le couloir en 1983 ? Non, rien ne correspondait. J’étais dans une maisonnette paradisiaque.

– N’a munme pa d’o frèt’ dan s’frigo la. Tu l’fé par eksprè ? Sé pa possib’ in boug parèye. Heureuz-man k’na dé glasson !

J’avais un mal fou à émerger, mais la chose dont j’étais sûr, c’est que j’entendais en provenance de la cuisine la voix Claude qui parlait en Patois. Où est-ce que j’avais rencontré Claude déjà ? Comment comprenais-je sans efforts cette langue ? Les interconnexions neurales ne se faisaient pas. Ce n’était pas la première fois que cela m’arrivait lors d’un réveil brusque. Pour l’instant, l’accès à mon cortex moteur ne m’était pas autorisé, pas plus que la parole d’ailleurs. Je n’étais pas capable de prononcer un mot. Comment faisait-on pour réactiver la zone de Broca pour accéder à la parole ? Combien de temps allais-je rester reclus dans un coin de mon cerveau sans pouvoir accéder aux fonctions de communication situées à l’arrière de mon lobe frontal, qui étaient censées agir sur les mouvements de la langue et de la mâchoire en me permettant d’articuler ?

– Ch’tavé averti, yé l’eure ! Té ki dor toujou ? Alé, debout’ bouaye, lé cok a d’ja fini d’chanté ! La maré é ki moute, lèv’ ton tchu d’su ta couche, on é ki va fouyé l’sab’ de Gran-Galèt’ pou mète lé tube du filèt’ d’volé-bol’. Aprè sa, na dotroi gain’ne en plus’ a passé dan lé kofrage pou in gran boug a cheveu jone é a zieu bleu. N’a pu d’marto pitcheur a s’teur, sé l’progré mou pote !

Assis sur mon lit en me frottant machinalement les yeux, j’attendais le miracle. Saint-Barth ! Ça y est ! J’y étais à présent. J’étais revenu à Anse-des-Lézards ! Le moins que je puisse dire dans mon état cotonneux, c’est que je ne possédais pas le don d’ubiquité, étant incapable d’être à plusieurs endroits à la fois.
Les images se bousculaient dans ma tête, je visualisais mon studio de location, ma Brasilia, la vue de la plage d’Anse-des-Cayes du virage de bord de mer, la montée interminable et dangereuse quand on la gravissait à pied et encore plus quand on la descendait en voiture, Auto Saint-Barth à Saint-Jean, l’Aérogare, la plage, mon F1, les véliplanchistes !

Départ de véliplanchiste, Saint-Jean, Saint-Barth 1987

Je savais enfin où j’étais. C’était la première fois où j’avais eu autant de mal à me situer géographiquement. Si mon corps était bien aux Antilles, durant mon sommeil mon esprit s’était aventuré ailleurs à s’y égarer. Avais-je rêvé cette scène ou l’avais-je réellement vécu dans un futur imminent ? Y aurait-il une suite à ce rêve insensé où Jésus avait-il eu besoin de notre aide ? Et si tout ce que j’avais visualisé malgré moi était véridique ?

– Alé ti male, té pa sérieu, rouve té zieu ! Habiye toué vit’man. Sa k’tu veu k’on fé en prenmié ? On é ki va finalizé l’passaje dé gain-ne a Tère-Neuve, sé juss avan l’zig-zag, tu kon-né ? Té ki préfèr’ Gran Galèt’ ? Vèye sa ! Ta jirouète é tombé a tère tchu en l’air avec le modi koup’ d’ven k’ya yu s’te nuite !

Le mixeur SEB de la cuisine ronflait de plus en plus fort en prenant de la vitesse. Toute la structure de l’appareil bon marché vibrait à s’en desserrer les boulons. Bizarrement, malgré les années de service, cet appareil de fabrication Française ne déméritait pas. Plus efficace qu’un réveil matin, les fréquences peu mélodieuses qui parvenaient à mes oreilles confirmaient ma position géographique. J’étais bien à Anse-des-Lézards et autres dragons préhistoriques, le quartier des vampires volants et des scolopendres géants.

– Ta entendu sa ? L’vonvon-man du vonvon ! Si s’t’in-n bon-n nouvèl’, arvien, min si s’t’in-n movèze nouvèl’ ke l’diab’ l’emporte ! m’apprenait-il en arrêtant le moteur électrique du mixeur. Na du jus d’papaye bouaye !
– Du jus ? Ju paré ! répliquais-je spontanément dans sa langue natale.

En lui répondant, j’avais fait toucher simultanément mes deux membres inférieurs sur le sol carrelé dont je sentais la fraîcheur sur la plante des pieds. J’avais eu peur un instant plus tôt de ne plus pouvoir retrouver ce corps qui me servait d’enveloppe charnelle. Mon esprit était enfin sorti de son rêve pour réintégrer le corps qu’il lui était attribué. J’esquissais un sourire de soulagement, heureux d’avoir pu reprendre les commandes de mes membres. J’étais opérationnel pour une nouvelle journée sur les chantiers de Saint-Barthélémy. Dans quelques heures, après ma journée de travail, pensais-je avec de l’avance, j’irais saluer la mer et dire bonsoir au soleil. Une journée de plus au paradis. Enfin, c’est ce que je croyais.

 

A suivre…

rédigé le 18 avril 2022
Texte & dialogues : Marc-Éric
Traduction patois : Marc-Éric
Correction Patois : Caroline

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2 commentaire

  1. Super, les petites expressions en patois et toutes ses anecdotes, c’est beaucoup de recherches dans toutes ses mémoires à Saint Barth. c’est beaucoup de travail  » Bravo  »
    Aller je poursuis.

    1. Merci Alain ! Bonne lecture ! 😉

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