LMM26 – Nuit Blanche à SBH

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Il était minuit passé quand la Pony de Claude s’immobilisait devant mon studio de location à Anse-des-Lézards. Les phares de la voiture ne manquaient pas d’éclairer toute ma chambre alors que je dormais à poings fermés. J’ouvrais un œil, puis l’autre, soulevais la moustiquaire, posais les pieds sur le carrelage, sortais du lit, tirais le rideau de la fenêtre de ma chambre. Les phares s’éteignaient.

– C’est quoi ce bazar ? ne pouvais-je m’empêcher de commenter à haute voix, n’appréciant pas spécialement les visites nocturnes impromptues.

La Pony immobile faisait toujours face à la fenêtre de ma chambre sans que personne n’en sorte. La pleine lune éclairait tout le jardin mais ne me permettait pas de voir son visage. Je m’habillais en deux temps trois mouvements, sautais à pied joint dans mes pompes bleues et faisais coulisser la baie vitrée qui n’était pas fermée à clef.

– Claude ? appelais-je doucement de la galerie. Sa ki t’pik, man ? Patoissais-je à ma façon.

Pas de réponse. Je devais rêver, ce n’était pas possible autrement ! Avais-je donné rendez-vous au Capitaine pour des photos de nuit ? Aurais-je oublié un rendez-vous pour aller à la pêche au gros ? Aille, qu’est-ce que j’avais encore foiré ? Je descendais les six marches de mon studio surélevé bâti sur un terrain légèrement en pente, me rapprochais du véhicule et arrivais devant la portière conducteur. Le Capitaine s’y trouvait, silencieux.

– Mes respects mon Capitaine ! On commence le chantier de nuit à présent ? Non ? Tu m’emmènes à la pêche au thon ? A la baleine bleue ? A la sirène un soir de pleine lune ? Non plus ? Tu t’es perdu ? Allo ! Allooooooo ! Y’a quelqu’un ?
– Jé souèf’ !
– Mais bien entendu ! Le Capitaine désire t-il un verre d’eau de citerne avec deux gouttes de citron pays ? Sinon je peux te faire un jus de carotte avec reflets lunaires mais tu ne vas pas aimer. Tu peux me dire quel bon vent t’amène bien qu’il n’y en ait pas un pète en ce moment ? Allez, sort de ton navire sans rames.
– Sé kompliké.
 J’ariv’ pu a mèt’ mé z’idé en n’ord’. 
– J’imagine. Sinon tu ne serais pas devant chez moi à une heure si tardive.
– J’arivé pa a domi. Ch’kon-nésé pa oti k’été moué alé. Ju mouté dan la Pony, j’mé arété a La Licorne in ti mouman ékouté la bon-n muzike a Jojo Gumbs, é ju t’arivé écite.

– Tu ne t’es pas trompé, bienvenue à destination ! Désolé de ne pas pouvoir t’accueillir avec des chants rythmés en ukulélé et des colliers de fleurs. J’ai des grappes de bougainvilliers magenta fluo et du zouk cinq étoiles si ça peut te faire plaisir. Entre nous, c’est beaucoup mieux. Tu veux bien sortir de ton embarcation roulante maintenant ou tu comptes passer la nuit sur place ? Je te donne un coup de main si tu veux. Non ? Tu marches tout seul ? Ok, je vais t’aider. On va sur la terrasse, assis-toi à table. Ne parle pas trop fort pour ne pas déranger la voisine. C’est Mutti Ascoet, une dame âgée qui m’a rendu bien des services, elle a une boutique à Gustavia rue du Roi Oscar II, à un jet de flèche du Captain Montbars. Tu vois qui c’est, non ? Ce n’est pas grave, encore une marche, un pied après l’autre mon Capitaine ! Tu bois un coup ?
– Jé pu souèf’.
 Jé pu envi d’argnin, me disait-il le regard vide.
– Mais si tu as soif ! Tu veux qu’on se fasse une projection de diapositives ? Tu pourrais voir tes prises de vues, il y en a de réussies. Tu deviens bon en photographie de paysages.
– Ju konplètman perdu a s’souèr.
– Mais non tu n’es pas perdu ! Un gars comme toi qui facture trois pastèques de l’heure ne peut pas perdre le Nord. Voila, encore une marche et on y est.
– La zéguiye d’ma boussole tourne a l’enver kant’ le solèye é ki dor’.

– Tiens, enjambe le banc, assis-toi là, c’est bon tu vas y arriver ? C’est ça, voilà, une jambe après l’autre. Mets tes bras sur la table, comme ça, c’est bien ! Tu ne vas pas tomber par terre ? Un instant, je vais préparer des jus de citron. Tu peux lire le Saint-Barth Magazine en attendant, j’ai même un France Soir qui date de moins d’un mois, un journal à grand tirage disait Coluche, excellent pour allumer le barbecue !
– Ta pa d’la mente ?

– Un citron-menthe ? C’est une bonne idée ! Bon alors, qu’est-ce qui t’arrive ?
– Argnien, ju bien.
 Nan… Ju pa sur d’ète bien.
– Je te laisse le temps de la réflexion pour que tu puisses déterminer où ça te pique. Je peux aller chercher deux citrons sur le citronnier ou tu tantes ta chance tout de suite ? Qu’en dis-tu ?
– Moué ch’te di, j’veu pa t’embèté avec mé pin-n pace k’hélas’ avec moué, d’écite a nouel t’ora pocore vu l’boua d’ta kaze.
 Ch’kon-né min-me pa par tcheu bout’ kemonsé.
– Bien, c’est un bon début ! Je vais chercher les citrons moi-même parce que si j’attends que le ciel m’aide, on risque de patienter un bon moment avant qu’on comprenne qu’il vaut mieux ne compter que sur soi-même.

Une poignée de secondes plus tard, je posais un plateau sur la table sur lequel se trouvaient deux verres propres, une carafe d’eau fraîche, une bouteille de sirop de menthe d’origine Guadeloupe, un couteau à dents et une petite assiette sur laquelle se promenaient en tournant en rond durant le transport de la cuisine à la terrasse, six citons ramassés par terre, de taille identique, issus du même arbre que je ne manquais pas de remercier pour sa générosité. Je m’asseyais face à mon ami maussade en lui demandant :

– Tu crois que tu pourras couper un citron pendant que je verse la menthe ? Non, c’est une mauvaise idée. Je vais le faire moi-même. Tiens, tu ne connais pas la dernière ? La frégate américaine Stark s’est prise deux missiles Irakien qui ont tué trente-sept marins à bord. Tu vas me dire et alors ? Le problème c’est que c’était des missiles EXO7, et que ces missiles sont fabriqués en France. On va avoir des soucis, c’est moi qui te le dis. D’ici à ce que les américains entrent en guerre avec les irakiens quand on sait les enjeux pétroliers qui en sont la cause, il n’y a qu’un pas. Comme les français sont indirectement responsables du résultat, avec l’OTAN nous serons sommés en tant qu’alliés d’entrer en guerre aux cotés des américains. Ça nous pend au nez. Bon j’avoue, ce n’est pas drôle.
– Sem-Bath é pa konserné par s’bordel la bouaye !

– Tu as lu le Saint-Barth Magazine de cette semaine ? Tiens, tu la connais celle-la ? Si une scie scie un citron, six scient six citrons ! lui disais-je à toute vitesse en collant les syllabes de tous les mots les unes aux autres. Ça ne te fait pas sourire ? J’en ai une autre, sais-tu pourquoi les requins ont les rengées de dents qui se remplacent en permanence ? Non ? Tu imagines le coût du détratrage chez François Chlous ? Ha ha ha ! Non plus ? Sinon la semaine dernière à Gustavia, un zano a attaqué une métropolitaine à la sortie de Loulou’s Marine. Il lui a mordu un sein. Arrêté sans résistance sur le lieu du crime alors qu’il se cachait derrière un volet anti-cyclone, la police municipale l’a tout de suite menotté et emmené au commissariat. C’est fou comme histoire, non ?
– Sé Clemenceau ka arété l’zan-noli ?

– Je ne sais pas, l’article ne le précise pas, je reprend : le zanoli aurait avoué lors de l’interrogatoire musclé qu’il avait pris la touriste pour un papayer ! Il faut dire que c’était une rouquine en maillot de bain orange avec un tour de poitrine de 122 centimètres bonnet D, changeais-je ma tactique de diversion. Tu te rends compte, la vie de ces adorables petites bêtes en quête de nourriture, obligées de manger des touristes pas bio aux mollets constellés de piqures de moustiques ? Beurk ! mimais-je la scène en secouant ma tête grimaçante. Ah, un sourire, enfin ! Trinquons à ta santé, au moins ça c’est du sûr.
– Tout’ mou corp m’fé mal !

– Oh ! Trinquons à ton éternel sourire alors, c’est plus prudent ! Alors, qu’est-ce que tu attends de moi ?
– Jé pa trouvé ma fonme en rentran a la kaze.

– C’est la loi des séries ma parole ! Moi ma montre fait maison a disparue !
– J’lé perdu.

– Non ! Toi aussi tu l’as perdue ? Ne t’en fais pas, elle va revenir, elle connait le chemin.
– Ta pa kompri… Al’ é partie pou d’bon.
 A l’arviendra pa.
– C’est dramatique ! Ma montre analogique aussi s’est volatilisée, mais j’ai un début de piste. Je l’avais placée sur la rambarde de la terrasse pour contrôler le marquage des heures de milieu de journée en inclinant correctement le style par rapport au cadran solaire. Je me suis absenté moins d’une heure pour aller prendre un bain à Anse-Des-Cayes et quand je suis revenu, il n’y avait plus de montre. Par contre j’ai pu observer des traces de pneus qui ont aplatis l’herbe à coté de ma voiture. Je les ai suivi jusque dans le chemin de terre battue ou la voiture à fait marche arrière, faisais-je tout mon possible pour lui changer les idées.
– Té inspekteur d’police a prézan ?

– Pneus usés à l’avant avec deux dessins différents et quasiment lisses à l’arrière. J’ai demandé à ma voisine Mutti Ascoèt, si elle avait vu quelque chose, elle regardait la télé, elle à cru que c’était moi qui venait chercher du matériel photo comme j’en avais l’habitude. Or, j’ai un toujours un quatre cylindre à plat qui a un son caractéristique, ces moteurs ne sont présents que sur les Coccinelles et sur les Gurgels, ça ne te dit rien ?
– S’arsen-m a eine voiture ke ch’kon-né.

– Ma mère raconte des bobards sur mon compte. Je le sais parce que plusieurs de mes connaissances m’en ont parlé à demi-mot, ne comprenant pas ce qu’il se passe entre nous. Patrick m’a même fait la morale et s’est arrêté net quand je lui ait expliqué ma situation familiale. Après avoir donné un coup de main en resserrant la fiche électrique du pétrisseur de Madame Duzant à Lorient, elle m’a dit avec la bienveillance qui la caractérise, tu la connais, d’être gentil avec France-Hélène !
– Lèsse-moué fèr’, m’en vé li dire deu mot.
 Moué a va m’ékouté.
– Non merci Claude, je ne veux pas te mêler à ça. C’est une alpiniste chevronnée. Elle a toujours trois prises parfaites et passe son temps à chercher une quatrième prise pour avancer. Quand elle l’a trouvé, elle abandonne une de ses trois prises. Elle l’a fait avec moi, je sais de quoi je parle. Ce n’est pas toi qui m’a dit que « le malheur du borgo fait le bonheur du soudard ? ». Sois prudent, tu as un profil de borgo, comme moi.
– Ch’konpran pa. On diré pa l’minm moun kant’ tu n’en parle. France é super avec moué.

– J’en suis ravis, répondais-je irrité, la formule de politesse d’usage. Mais nous sommes dans une une situation verglacée. Tu ne verras rien venir. Tu t’en apercevras une fois que tu seras dessus et tu peux me croire, tu perdras le contrôle. Te voilà averti. Mais comme tu ne sais pas ce qu’est le verglas vu la température locale, tu ne peux me croire qu’à moitié ! La dernière fois qu’on s’est parlé c’était le jour où tu as été élu à l’unanimité Président du Saint-Barth Volley-Ball Club, je me souviens avoir terminé notre seconde conversation éclair par « toute marque d’agressivité verbale est un signe de faiblesse intellectuelle ! ». J’ai fait le tour de l’île par Grand-Fond pour m’assurer qu’elle ne me suivait pas.
– Enfan d’pèt’ !

– Quand un parent te tyrannise, ce n’est plus un parent. Point final ! Revenons-en à ton problème, tu as perdu qui déjà ?
– Ma fonme ! Ch’kon-né pa kemon ke je m’sen konme ju la ! Sa ma koupé lé boudin d’mou corp kant’ jé trouvé la kaze vide.
– Non ? Je croyais que tu me faisais une blague ! Elle a mis les voiles pour de vrai ?
– Sé konme ch’te di, na pa d’èspouèr’.
– Aïe, c’est triste. « On croit que l’amour peut s’attraper facilement avec un moulinet comme on va à la pêche, mais on ne sait jamais ce qui nous attends au bout de la ligne ». Tu te sens mal comment ?
– Ch’sen pu mou tcheur, yé t’arété o pano stop d’Gustavia. N’a pu d’boyo en’dan d’mou vent’, ma tèt’ é chèss konme dan l’karinme é mé z’idé é ki brule dan ma servèle. J’ariv’ pu a réfléchi a argnien. Sé konme si j’été in bolbe san couran élektric. Konme eine voiture avec kat’ flat’ ki pe pu mouté l’morne de Camaruche ! Ju ki m’nèye é ju ki pren l’fond ossi vite k’eine roche k’tu tire dan l’o.
– Tu coules aussi vite que l’ancre du Wood ?
– Plu mové enkor’. N’a pu d’vie en’dan la.
– Mais non, ne pense pas ça ! Tu veux un rafraichissement citron-menthe à la mode SBH ?
– Envoye du vert dan l’vère en ver’.

– Tu te trompes en pensant que tu es une chambre à air percée de toute part. Être en état d’aimer, être amoureux, c’est un sentiment qui est en toi, personne n’en a le contrôle. Les émotions que tu ressens, la joie, le partage, le bonheur, comme tu me l’as si bien dit il n’y a pas si longtemps ne viennent pas de l’extérieur. Ce sont des émotions que tu crées toi-même. C’est toi qui en a le contrôle. Personne n’est capable de t’injecter les émotions douces-heureuses qui sont en toi. C’est impossible ! Tu es le seul maître à bord de ton ressenti, le seul qui tient la barre et c’est parfait comme ça. « Bonheur et malheur sont deux outils que tiennent nos mains ». Tu comprends ce que je te dis ?
– Tcheul ka di sa ?
– C’est moi à l’instant, en te voyant désemparé. Tu me fais de la peine.
– J’konpran argnien o fonme. J’oré janmé imajiné k’sété ossi kompliké. Ch’kompran pa sa keu veu ! m’avouait-il, gêné de devoir me parler de sa vie privée, lui qui ne se confiait à personne.
– Oula ! Plus j’y pense, plus je trouve que c’est compliqué d’être une fille. Tu ne veux pas que je te dise plutôt quelle est la différence comportementale entre les filles et les garçons ? Parce que j’ai la réponse : les garçons mangent goulûment tous les chocolats d’une boite avant de se faire un avis le plus souvent approximatif. Les filles prennent le temps de lire ou demandent quels sont les parfums des chocolats présentés avant d’en gouter un. Tu y vois plus clair ? Non ! Mutty ma voisine qui est à l’âge de la retraite, a abordé plusieurs fois ce sujet avec une facilité déconcertante. Elle ne comprenait pas pourquoi en tant que jeune homme, responsable et travailleur, je n’étais pas en couple, finissais-je ma phrase alors que le Capitaine me regardait bizarrement. J’ai réparé deux trois trucs sur son Gurgel, c’est pour ça qu’elle m’apprécie ! rajoutais-je pour qu’il n’y ait pas de confusion possible. Et bien, tiens-toi bien mon pote, devenir une femme question responsabilités est, de son point de vue, bien plus complexe que de vivre une vie d’homme.
Pour commencer, elles n’ont pas les mêmes contraintes que nous, s’amuser avec leur corps c’est prendre le risque de tomber enceinte. Autant que ce soit avec le bon ! Sauf si c’est pour leur mettre le grappin dessus, là c’est calculé, mais c’est un autre sujet, je m’égare. Vivre une grossesse est une chose que nous ne pouvons imaginer. C’est ce qu’elle m’a dit ! L’accouchement, la supervision par l’hôpital tel qu’on le pratique de façon quasi obligatoire en occident est plus qu’une épreuve. Les devoirs qu’ont les femmes envers leur progéniture quant elles deviennent mère, leur éducation, leur apprentissage dans les domaines relationnels, affectifs et sexuel n’est pas une sinécure si elles veulent en faire de vrais garçons et de vraies filles !
– Sa ké t’eine sinékure ?
– C’est quand tu es au cinéma assis confortablement et que tu te cures le nez. Regarde dans le dico, c’est mieux expliqué ! le menais-je en bateau pour jauger sa flottaison.
Je te résume pour faire court. En fait, faire jouer les filles à la poupée et à la dinette n’est pas innocent. Si les garçons jouent aux petites voitures et aux soldats de plomb depuis des générations, ce n’est pas pour rien non plus. Ça participe à éviter la confusion de genre. Nous avons besoin d’être guidés dès le plus jeune âge lors de notre développement mental pour que l’on puisse s’insérer avec plus de facilité dans la société en assumant pleinement nos genres respectifs. Si on laisse jouer les petits garçons avec les poupées de leurs sœurs et les chaussures de leur mère, ça finit par déraper complètement ! Depuis le début des année 70, le genre n’est plus déterminé par le biologique mais par la psychologie et le social. Ça été décrété par qui ? On se le demande. Je te dis ça parce que dans plus hautes sphères de l’État nous avons des hauts fonctionnaires homosexuels et bisexuels adeptes de la théorie du genre, voir des pédophiles médiatisés qui crient haut et fort qu’ils sont fiers de l’être et qui ont participé activement à réformer par vagues successives notre programme scolaire en un système absurde qui ne fonctionne plus. La France qui s’est munie d’une défense nucléaire contre l’ennemi croyant qu’elle était à l’abri, est à présent attaquée sournoisement de l’intérieur au cœur même de l’enseignement. Avec des millions d’enfants à qui l’on mettra le doute concernant leur identité de genre, avec des réformes en cascade qui ont fait que les enfants entrant en sixième ne savent pas lire correctement, ou pire, ne comprenne pas ce qu’ils lisent, notre futur va devenir très, très, très compliqué ! Tu verras, à la vitesse où toute cette idéologie se met en place en occupant les esprits, un jour nous aurons un président transsexuel sado-maso à la tête de l’État. Un « couple de pantins » qu’il sera aisé de manipuler à volonté tant il auront des casseroles aux fesses.
– Té malad’ dan ta tète bouaye ! Tu li pa lé bon liv’.
– Je te cite ce que j’ai pu lire dans les revues que m’a prêté Mutti. Simone De Beauvoir communiste et athée à dit : « On ne nait pas femme, on le devient ». Je viens de le lire. Qu’est-ce que j’en pense ? Biologiquement nous sommes différents, ça ne m’a pas échappé. Si l’on considère que l’on devient homme ou femme selon le rôle de genre associé à notre sexe physique, à responsabilités équivalentes, la société moderne continue à entretenir nombre d’inégalités entre hommes et femmes. Pourquoi ?
– Té ki mélanje’ tout’ bouaye ! Ta déja vu in-n fonme o matro-pitcheur ? Tu koué k’sé sa k’lé fonme veu ? Té ki kasse ta tète pou argnien ! Tout’ sé butin la sa sé pou fout’ enkor’ plus’ d’bordel dan lé fanmigne.
– Tu n’as pas tort. Je gamberge trop. Non seulement je n’ai pas avancé d’un cheveu mais je commençais à sentir tanguer mes fondations que je croyais bien ancrées dans la caye. Si les filles visualisaient juste une minute l’avenir de leur progéniture en réalisant l’immense responsabilité et les tâches continuelles qu’elles auront à accomplir pour contribuer à un monde meilleur, elles y réfléchiraient à deux fois avant de se retrouver enceinte, finissais-je mon raisonnement en pensant à ma mère.
– Jé dis’ frère é seur ! Sink frère é sink seur, me faisait-il voir ses dix doigts. A s’t’époke la, lé fonme avé pa l’choi, falé pren-n sa ki vené kon-m sa véné !
– C’est parce que ta maman est courageuse, qu’elle est très résistante et qu’elle a un mental très fort ! défendais-je au quart de tour Cécilia pour qui j’avais de l’admiration. En plus elle a bien fait les choses, c’est facile à compter.
– Sé pa petète ! N’a in patchète de fonm a Sem-Bath dans son ka, é eu s’plin pa. La monman, sé le poto mitan d’la fonmigne.
– Je sais, Saint-Barth diffère des mentalités modernes sur bien des points. Je n’ai pas réponse à tout mon pote. Je te dis ce que je crois comprendre avec la base de données dont je dispose actuellement. Il n’y a pas de mode d’emploi en vente libre à la librairie Barnes. Il faudra que tu apprennes par toi-même, comme tout le monde. Une des choses que j’ai pu observer, c’est que chez les filles, l’amour génère le désir, alors que chez les garçons, c’est le désir qui génère l’amour. Visiblement nous sommes inversés. Tu vois, ce n’est pas gagné.
– Sé toujou èl’ ka fèt’ l’premié pa. On a pa arpri sé butin la sa ! Falé pa parlé d’sa, pace k’on sré passé pou dé malèlevé ! Ju timid’ moué. Konman k’tu fré toué ? 
– Il n’y a pas de questions indiscrètes, seules les réponses le sont, n’est-ce pas ! Comment te dire ça ? Je vais me prendre en exemple. Au début, je manquais d’expérience. J’ai eu plusieurs relations qui n’ont pas duré. Pour que ça dure il faut de l’amour. Il m’a fallu du temps pour comprendre. Aimer c’est merveilleux, mais si tu t’y prends comme un gland en amour c’est pas le pied ! Le sexe sans amour, ça ne fonctionne pas. L’inverse n’est pas impossible, il peut y avoir de l’amour sans sexe mais c’est pour les rêveurs, les poètes ou les personnes plus âgées je pense.
– Kombien d’an-né ? Sinkante ? Soisante ? Katre-vin zan ?
– En zan ? Bien plus plus que ça ! Au moins cent-dix zans ! blaguais-je.
– Té ki t’moke de moué enkore ?
– Je te taquine, tu le sais bien ! Tu me fais perdre le fil. Quand tu as quinze-seize ans tu ne penses qu’au sexe. Tu n’as envie que d’une chose, te satelliser, te mettre en orbite. Tout tourne autour du sexe ! Chez les filles c’est la même chose encore plus tôt, mais elle ne le font pas voir aux garçons. J’étais dans une classe de rattrapage de troisième parce que l’école publique n’avait pas voulu valider mes notes du privé. La guerre des écoles ça s’appelle, la droite parlementaire contre la gauche politicienne, un truc comme ça. Entre le divorce de mes parents, les déménagements et les pensionnats, je suis allé dans sept écoles différentes. Là j’en étais à mon cinquième établissement scolaire. Nous avions tous un an de plus et j’étais fermement décidé à entrer en seconde technique avec une moyenne générale qui flirtait avec les treize sur vingt. C’était loin d’être un exploit parce que nous faisions le programme pour la seconde fois. Tu as eu un cours d’éducation sexuelle au collège Mireille Choisy ?
– Nan, té malad’ bouaye ! S’été pa a la mode a Sem-Bath. Parlé d’sèks’ s’été malèlevé ch’te di ! S’été pa possib’ d’ajté dé magazine su sa ! Di moin, t’imajine ma tête devan madam’ Barnes ? É sé san parlé d’la modite télé ! You lé paran, kant’ on été petit, lé z’enfan pové véyé la télé, min sé lé paran ki désidé sa k’eu pové véyé o pa ! Si on avé l’maleur d’vouère deu moun k’été ki s’bozé avec la lang’ dan Dallas, le koup d’zieu a papa é monmon nous fézé béssé lé not’ direk ! É si janmé eu s’fofilé sou lé drap’, la falé karéman tourné not’ tète !
– Ah, je vois. Nous c’est notre prof de troisième qui nous a fait ce cours tant attendu. Il a été traité en deux minutes juste avant la fin du cours parce qu’elle savait qu’elle allait s’y prendre comme un pied avec nous et qu’elle n’aurait pas l’autorité suffisante pour qu’on reste tranquille cent-vingt secondes. On a vu, après une explication plus que sommaire, projeté sur un écran, une image en noir et blanc d’un pénis au repos dans le genre statue grecque très triste. Un gars musclé de partout sauf là où il le fallait, la honte ! Ce que nous les garçons connaissions déjà mais qui a laissé entendre gloussé par la gente féminine, de timides exclamations du genre :

– Ooooh ! Suivis de Aaaaa déçus, accompagnés de chuchotements tout justes audibles jusqu’à ce qu’on entende du fond de la classe la fille de la charcutière s’exprimer :
– C’est une saucisse cocktail de la boucherie Sanzot ?
– Qu’il se poudre les joues, il aura meilleure mine ! se poilait la fille de l’esthéticienne,
– On dirait qu’il a le nez qui coule, il est grippé ? se gondolait la fille de la pharmacienne,
– J’en ai vu en meilleure forme, affirmait la fille de la prof d’athlétisme médaillée d’or,
– C’est un bébé ! Mais où est son papa ? s’étonnait la fille d’une conseillère matrimoniale,
– Totalement dissymétrique, il a une couille plus haute que l’autre, c’est inconcevable ! s’étonnait la fille de l’architecte,
– Où est la tête chercheuse sur cette fusée ? s’interrogeait la fille d’une ingénieure,
– Vois-je un prépuce ? Il n’est pas juif ! affirmait la fille légitime de l’épouse du rabbin,
– Je comprends pourquoi ma mère a divorcée, se désolait la fille d’une végétarienne,
– Il devrait faire un procès à ses parents, proposait la fille d’une avocate parisienne,
– Ah non, là c’est carrément l’Amazonie ! Il aurait pu se faire le maillot, ironisait en s’esclaffant les deux mains devant la bouche la fille d’une anthropologue Grecque.
– Veuillez m’excuser Madame, vous en n’auriez pas une vraie en couleur présentement ? questionnait poliment la fille d’une diplomate Africaine, en roulant les r.
– Ce n’est pas avec ce missile qu’on va monter au 7ème ciel, riait la fille d’une astronaute,
– Ils le font en modèle XXL ou il faut souffler dedans ? lançait, avec la vélocité d’une boule de bowling en spirale, une demoiselle en avance sur son âge et en retard sur ses études.

Pour ne pas que ça dégénère du côté féminin qui était à la limite de demander un remboursement pour ce programme scolaire aussi minimaliste, continuais-je mon histoire, la prof projetait l’image suivante représentant un vagin en couleur d’un mètre cinquante de coté qui provoqua instantanément un indescriptible chahut entremêlé de Ouaaa ! Ouaais !  Magnifique ! Merveilleux ! Splendide ! Grandiose ! Sublime ! Jackpot ! A l’attaque !
– Monmons’ ! Sé pa éssite keu nou zoré mourtré sé kalité d’foto la a l’école !
– Indisciplinés au possible, reprenais-je sans démériter, les garçons tenaient là de quoi prendre leur revanche. Aussi, assuré de ses connaissances précoces, le fils du restaurateur d’œuvres d’art du musée départemental commençait par :

– De l’art indien, incontestablement. A l’huile ou à l’eau ? Le fils du fleuriste enchainait :
– Quelle belle rose rose ! Les pétales s’ouvrent à quelle heure ? puis le fils du boulanger :
– On dirait un chausson aux pommes. Ça ouvre l’appétit ! le fils ainé du banquier :
– Mon père m’en offrira une pour mon bac à lauréat ! le fils du receveur postal :
– Je vois bien la boite aux lettres mais où est la serrure ? le fils du spécialiste moteur :
– Ce ne serait pas le carburateur ? Ça se règle comment ? le fils du pilote de ligne :
– Jolies ailes papillon ! Elle a combien d’heures de vol ? le fils unique d’un Général :
– C’est une automatique ? On peut tirer au coup par coup ? le fils du crémier :
– Piou-piou-piou ! Minou-minou, viens boire du lait ! le fils du sonneur de cloches :
– Merci tout puissant ! J’en suis dig-dingue-dong ! le dix-huitième fils illégitime du curé :
– Au secours ! Maman viens me chercher ! la bonne du curé qui passait par là :
– Ça me grattouille, ça me chatouille, ça me donne des idées ! le fils de l’archéologue :
– Monumentale divinité, c’est le Saint-Graal ! le fils adoptif du pêcheur de moules :
– Splendide mollusque, ça s’accompagne de frittes-mayonnaise ? le fils de ma mère :
– On peut l’embrasser sur les lèvres ? le fils d’un artiste connu se mettant à chanter :
– An-nie ai-me les su-cet-tes, les su-cettes à l’a-nis ! le fils basané du teinturier :
– Ma sœur à la même en blonde ! le fils adoptif de ses deux papas mannequins :
– Je n’aime pas du tout. Je préfère les pénis ! le fils de l’éleveur de poissons chat :
– Si on l’immerge ça peut servir d’appât ? suivi instantanément d’un :
– Et toi neuneu, si tu te l’accroches à un hameçon, tu peux aller à la pêche à la morue ? rétorquait grassement la fille du psychiatre.
– Madame, il sert à quoi le joli bouton du milieu ? demandait le fils du Maître Nacrier à en faire rougir la prof qui avait entièrement perdu le contrôle du cours sur les organes génitaux, alors qu’étaient subitement nées dans les esprits, des tornades d’exaltation.

Dans la classe de troisième occupée par des élèves de seconde en puissance dont les hormones avaient été oranginées*, les interjections fusaient de toute part entre filles et garçons à en rendre inaudible chaque phrase prononcée entrecoupées d’autres phrases transverses. Un vrai carambolage de mots tous sortis de leurs lignes si tu préfères. La prof sur son estrade grinçante nous annonçait à haute voix en gesticulant du fessier qu’elle n’avait jamais vu une classe aussi turbulente que la nôtre, quand la cloche de la cour retentissait. Elle était libérée par le gong, alors que plusieurs chaises attachées bureaux étaient en flammes. Une histoire de fou je te dis !
Élégamment costumé, mais avec une pochette rosée en mal de fer à repasser qui semblait tirer la langue, l’assistant néophyte du Principal qui avait pris précipitamment ses vacances aux Antilles, recevait ce jour-là dans cet établissement de renom, le gratin officiel Français de l’enseignement d’élite piloté à distance par le ministère parisien. Il y avait en début de file et par ordre de décadence, le bras droit du Directeur Académique des Sévices de l’Éducation Minimale accompagné de l’attachée de presse de la Préfète, habillée d’un splendide costume d’apparat cérémonial en vue d’une introspection générale. Suivait le remplaçant du Directeur de Cabinet du Rectorat et son Conseiller Technique Supérieur main dans la main, le suppléant du Directeur Régional de la Régression Maximale accompagné par son adjointe partie aux toilettes depuis vingt minutes et toujours occupée, et le bras gauche chef-stagiaire du Sous-Directeur de cabinet du Sinistre de la Contre-Culture. Tu trouves ça normal toi ?
Parée de la maille au musc, portant un tailleur Coco Chanel glamour qui laissait voir à la fois sa poitrine surélevée par un wonderbra et ses jambes de sauterelle musculeuses parfaitement rasées sur talons aiguille du même créateur, la suppléante de la Présidente Nationale de la Bonne Tenue & des Mœurs Irréprochables en Haute Société répandait autour d’elle son fascinant parfum, tout en charmant des paupières l’attachée de presse de la Préfète, qui à l’abri du soleil sous sa casquette brodée d’ornements dorés se délectait malicieusement de chaque œillade olfactive en faisant la moue avec ses lèvres pulpeuses. Il y avait là tous les profs encore en état de marche, dont celui de sport en pleine forme avec ses abdominaux en tablette de chocolat et son short moulant révélant sa verge arc-boutée en relief, difficile à éviter du regard tant elle était proéminente. Quant au Surveillant Vénérable en bout de queue, arrivé en retard et à peine rhabillé, la chemise boutonnée avec un bouton sur deux, les chaussures délacées sans chaussettes et la braguette toujours ouverte, faisait tout son possible pour garder un semblant de naturel, alors que la bonne du curé hilare à ses cotés, n’arrivait pas à garder son sérieux confortablement chaussée de ses charentaises en tissus écossais. En se grattant négligemment les testicules qu’on devinait poilues, fringué d’une salopette bleue délavée, mégot éteint au coin du bec, rasé de loin et embaumant l’eau de javel, le gars bedonnant du service d’entretien qui gardait ses distances avec cette file prétendument bon chic bon genre en lâchant une caisse de temps à autre pour équilibrer l’atmosphère, mourrait d’envie de donner de bons coups de balais histoire de faire un rien de ménage moralisateur à ce beau monde de petite vertu. Un intérim juridico-politique de deux mètres zéro deux, auxiliaire-jumelé au Maire de notre accueillante ville, affublé d’un majestueux boubou ouvragé de formes géométriques colorées arrivé là on ne sait comment et qu’on avait pas su caser, finissait ce tableau rocambolesque alors qu’il secouait nerveusement sa montre toutes les quinze secondes en la regardant fixement. Va savoir pourquoi ! Ils étaient tous là, tous plus ou moins fonctionnaires d’État, tous affreusement dépareillés, mais costumés pour l’occasion en rapport avec leurs titres. Tu n’as pas eu de mal à visualiser j’espère ? Je continue. Tu m’arrêtes quand tu veux.
Alignés sur l’allée principale devant le portail, comme à une cérémonie de distribution de médailles, ces messieurs-dames se congratulaient viralement les uns les autres de leur savoir-faire de fonctionnaires accomplis en se serrant des paluches microbiennes et en se faisant des bises bactériennes humides alors qu’une des classes était entrain de cramer à l’autre bout de l’école. Tu imagines la place que ça prend mille cinq cent élèves à évacuer hors du collège quand ça arrive en courant devant le portail ? Si nous avions fait plusieurs fois des exercices de sécurité incendie, certains adultes éberlués en avaient oublié le pourquoi en restant plantés là, immobiles, se faisant bousculer par la horde d’élèves qui quittaient pour leur plus grand bonheur l’enceinte de l’établissement craignant une éventuelle explosion de la salle des sciences. Franchement, il n’y a rien qui t’interpelle ?
– L’gaz été pa koupé ?
– Trois camions de pompiers venaient en urgence, se frayant difficilement un chemin à travers la masse d’adolescents à la fois curieux et réjouis de ce moment de liberté entre garçons et filles. Le temps que les soldats du feu déroulent les tuyaux tout plats de leurs lances à eau, le bâtiment en préfabriqué hautement inflammable avec sa toiture goudronnée était largement consumé, ça ne pouvait être autrement ! Les douze mille litres de flotte envoyés dans les airs finissaient par ramollir les fondations provisoires sous les yeux effarés des ir-responsables du ministère consterné qui restaient les bras ballants et la bouche ouverte, devenants de parfaits refuges pour les mouches en fuite. La salle toute entière s’effondrait sur la classe voisine et ainsi de suite par effet domino jusqu’à ce qu’il n’y ait plus d’école, dégageant la vue jusqu’à la mer, affirmais-je à bout de souffle.
– Sé pa possib’ ! Té ki m’fou eine blague kon-m té la !
– Enfin ! Merci de réagir, je commençais à être à cours d’allégations ! Heureusement que ce n’est pas possible, parce que si à chaque fois qu’on voyait un organe reproducteur tout prenait feu, il n’y aurait plus une seule maison debout sur cette planète mon pote ! Ça va ? Tu te sens mieux ? Je boirais bien un coup moi, j’ai besoin de saccharose à pH2,4. Barman ? Un 97.1 ! Tu as entendu ? On peut le dire dans les deux sens, je viens d’inventer la première boisson palindromique. Que tu la boives avec une paille en commençant par le fond ou par dessus en inclinant ton verre porté à tes lèvres, tu la bois quand même !
– Keman k’tu kon-né kant’…

– Je sais quoi, quand quoi ? versais-je la menthe dans cinq millimètres de jus de citron.
– Tu kon-né bien… Kant’ al’ a du plézi ? me demandait-il en baissant les yeux.
– Tu ne perds pas le Nord toi ! Comment on sait quand une fille est montée au rideau ?
– Jé pa d’rido dan ma chan-m’.

– Tu parles de quel plaisir ? le cherchais-je du regard.
– Ola kon aksion-ne leu bolb’ pou k’leu lumièr’ s’alume ?
– Le plaisir électrique qui les fait sauter au plafond ? Tu n’aurais pas fait une formation d’électricien toi ? Voilà, ça vient, je cherche l’inspiration. Je te donne mon secret, écoute bien. Tu choisis le pied du cœur, c’est plus facile à repérer quelque soit ta position. Surtout si tu passes en revue ceux du Kamasutra où complètement emmêlé, les membres coincé avec ceux de ta partenaire, tu perds l’équilibre et tu finis par embrasser involontairement la douille sans ampoule de la lampe de chevet. Tu vois ce que je veux dire ? C’est pourtant brillant comme explication, non ? D’accord, on va faire plus simple. Tu visualises son gros orteil ? Tu comptes un, deux, trois orteils plus loin et entre les deux tu pinces très fort. Normalement elle chante la mélodie du bonheur en faisant un bond proportionnel à la pression exercée à en rendre jaloux tout le voisinage.
– Sa s’t’in arfoutan !
– Hi hi hi hi ! Qu’est-ce que tu veux que je te dise ? Ce n’est pas la lampe de chevet qu’il faut allumer, c’est ta partenaire ! me retenais-je de rire à gorge déployée.
– Té ki l’fé ekspré !
– Tu veux savoir si elle a pris son pied en faisant l’amour ? C’est facile, quand elle se transforme en camion rouge pompier en mode sirène hurlante et devient aussi tendue qu’une corde de guitare, tu as trouvé l’accord parfait !
– Ju pa muzisien bouaye !
– Oh ! Tu ne sais pas lire leur partition ? Je peux te donner un truc pour savoir si elles trichent ou pas. Écoute leur cœur, s’il bat à toute vitesse tu auras le droit de rejouer ! Dans le cas contraire, tu as intérêt à te rattraper avant que ça refroidisse !
– Ola ké l’poin G ?
– Le point qui rend gaga les filles ? Tu vas droit au but toi ! Là tu entres dans les choses délicates mon pote. Le mieux que je puisses te conseiller si tu veux rendre heureuse ta partenaire, c’est de parler avec elle dans les moments intimes et de lui demander ce qu’elle aime, ce qu’elle désire, où est-ce que ça la chatouille, ce qu’elle attend de toi. Quand j’ai un problème de plomberie, je n’appelle pas le facteur, quand j’ai un problème de voiture, je n’appelle pas le jardinier, quand j’ai un problème de cœur je ne demande surtout pas conseil à ma mère ! Ça y est, encore une sortie de route ! Pas une fille n’a le même ressenti, les mêmes fantasmes. Pour les unes le point sensible c’est le lobe des oreilles, d’autres le petit doigt de pied, certaines le nombril. Non, je plaisante. Chacun de ces êtres est unique, il faut juste savoir les écouter. Il n’y a rien d’autre à savoir.
– Si a parle pa !

– Une fille qui ne parle pas ? Ce n’est pas une fille ! C’est une poupée, une extra-terrestre !
– Alor’ moué ju Marsien. Dan sé mouman la, ch’parle pa. Ch’kon-né pa ki butin dire !
– C’est sûr, ce n’est pas le moment de lui faire un roman ! Demandes-lui ce qu’elle aime, c’est simple, non ?
– Sé pa d’not’ fote, on na pa été éduké konme vouzot’. Sa k’tu kon-né d’ote ?


– On a toute la nuit devant nous ? Et si on se faisait des pâtes au beurre, j’ai une petite faim moi ! Je veux bien partager mon peu d’expérience, mais ça ne te suffira pas parce que tu fais mille choses dans une journée. Ce n’est pas un reproche que je te fais hein, tu comprends ? Ne va pas le prendre mal, mais tu es partout à la fois ! Je vais zapper les zones de chasse gardée des filles comme la salle de bains, les toilettes, l’armoire à linge ou la cuisine sans oublier le rangement du frigo qui sont des lieux où l’on a juste le droit de passer en laissant tout impeccable derrière nous. Les temps ont changés mon pote, les années cinquante sont terminées depuis belle lurette. Les femmes ne sont plus des ménagères assidues, des lessiveuses-repasseuses-plieuses, des machines à laver la vaisselle, des cuisinières quatre feux gaz à four intégré et accessoirement des épouses modèle en tablier qui se doivent de te servir pile à l’heure, trois fois par jour, de délicieuses recettes chaudes savamment élaborées et de sublimes desserts glacés pour ton bon plaisir !
– Oh boye, sé konme si j’entendé ma fonme. Té bon minme toué pou deviné sé butin la sa !

– Pragmatiques avant tout, les filles veulent de la présence, de l’attention, elles veulent qu’on soient réellement avec elles. C’est normal et elles ont raison. Si je t’assure, ne me regarde pas comme ça ! Tu veux un exemple ? Combien de fois vas-tu faire les courses avec elle ? Ne me donne pas la réponse je la connais, tu vas courir derrière un ballon dès que tu as un moment de libre. Le mariage c’est vivre à deux, donc partager les tâches ménagères à deux ! Qu’est-ce que tu veux que je rajoute ? Depuis petites, elles cherchent la douceur d’un conte de fée à la Blanche Neige avec une fin d’histoire qui dit : « Ils vécurent heureux et eurent beaucoup d’enfants ». Elles se sont imaginé un monde merveilleux où tout serait parfait. Elles s’attendent à la venue d’un homme surnaturel, beau et musclé de préférence. Elles espèrent la venue d’un prince charmant, richissime et naturellement botté de cuir, qui par la force d’un seul bras en fera décoller une du sol où elle était retenue prisonnière par d’horribles cactus dans le morne pentu de Lurin coté mer ! Va savoir ce qu’il se passe dans leur imaginaire ? L’histoire ne dit pas ce qui arrive aux autres filles qui ne seront jamais des princesses, qui n’auront pas de lustres en cristal, de mobilier luxueux, de porcelaine de Limoge, de couverts en argent et de  voiture de prestige, mais qu’importe, plus le mensonge est gros, plus ça passe, c’est comme ça. Dès leur plus tendre enfance, elles se sont toutes plus ou moins façonnées des évènement miraculeux à enchanter leur existence, alors que nous autres, nous aimons aller au contact comme des joueurs de rugby, parce qu’à chaque instant nous avons cet instinct animal qui nous supervise. Comment veux-tu que ça fonctionne ? Les filles sont des cérébrales, elles tournent à l’émotion, nous fonctionnons en mode visuel. Elles cherchent à faire vibrer notre cœur dès le premier instant, nous sommes programmés pour leur sauter dessus ! Elles veulent qu’on leur parle d’amour comme dans les chansons qui passent à la radio, alors que chez nous ça passe au second plan. Elles veulent des baisers de velours, doucement leur dire les mots qu’elles adorent, notre peau contre leur peau, des baisers partout sur le corps à les rendre folles… un truc comme ça, je ne me souviens plus exactement des paroles.
– Naaannn ! Sé dan ki flim ?
 me demandait mon inverseur de lettres volontaire.
– C’est du Niagara.
– Jé petète fèt’ dé zéreur, ch’te di pa nan. In patchète de couyonade ossit’, min ju resté moué-minme. Ch’peu pa chanjé pou deveni in n’ote moune. Jé pa envi de deveni tchekun’ ke ju pa, de joué la conmédie, d’menti é d’me fèr’ passé pou plu intélijan ou plu sérieu k’ju.

– Tu veux la version de l’adorable Lio ? Accrochez-vous au bastingage mon Capitaine ! C’est moins soft, ça souffle un peu plus fort.
– Ju paré !

– Tu connais les paroles de la chanson « Amoureux Solitaires » avec lequel elle a fait un tube en 80 ? Non ? Je les savais par cœur. De mémoire ça dit quelque chose comme ça : « il faut lui dire que tu l’aimes, même si c’est un mensonge et que vous n’aurez pas une chance. La vie est si triste, dit-elle, dis-lui que tu l’aimes, tous les jours sont les mêmes, elle a besoin de romance ! ».
– Fo k’j’li di sa tou lé jour ?

– Oui ! Jusque-là ça peut aller, attend la suite. « Un peu de beauté plastique pour effacer ses cernes, de plaisir chimique pour son cerveau trop terne, que leurs vies aient l’air d’un film parfait ». Tu as bien entendu !
Naaannn ! me répondait-il saoulé par mes incessantes paroles.
– Si. Je continue ! Quant tu arrives au bout de tes fantasmes débridés et que perdant le contrôle de tes actes tu passes à l’action, ça donne quoi ? Devient-on un Serge Gainsbourg qui a écrit cet album abominablement génial « l’Homme à Tête de Chou » ? Ce trente-trois tours tient du génie du début à la fin si on est fanatique de romans noirs, c’est pour beaucoup le meilleur album de Serge. Mais que nous offre t-il comme repères sexuels ? Un shampouineuse qu’il rencontre chez le coiffeur qui l’envoûte sexuellement et pour laquelle il va aller jusqu’à dépenser tout son argent en faisant des chèques en bois alors que sans retenue, la nana qui a le feu au derrière, a des relations multiples avec d’autres hommes. Ruiné et cocu, jaloux à en crever, pris de folie, un soir il défonce la tête de sa dulcinée avec un extincteur avant de finir à l’asile. « De son crâne fendu s’échappe un sang vermeil, identique au rouge sanglant de l’appareil » disent les paroles de cet album-concept, « j’appuie sur la manette, le corps de Marilou disparait sous la mousse… ». Que faut-il en penser ? C’est formidablement tragique ou dramatiquement poétique ? Est-ce réellement ce qu’on doit mettre dans la tête de la jeune génération pour l’équilibrer émotionnellement ? Est-ce la référence Française pour notre éducation sentimentale ? Tu crois que ça s’arrête-là ? J’ai encore mieux avec le fameux « Love On The Beat » de Serge qui finira sa vie en tant qu’obsédé sexuel allant jusqu’à encenser l’inceste tant le désir brûlant qui s’est installé dans son cerveau a fini par prendre le contrôle du personnage. C’est vraiment dommage pour ce gars qui a eu une incroyable carrière musicale et finit par se scratcher lamentablement dans le caniveau de la morale des détraqués du slip.
– Wouaye papa ! J’la kon-né-sé pa stèl la.

– Est-ce vraiment ce que nous devons retenir alors que nous sommes entrain de façonner nos réflexes amoureux ? Des exemple à ne pas suivre comme ceux-là, j’en ai plein mes vinyles. Tu vois, c’est la culture musicale qui fait cette énorme différence entre métros et antillais. Se nourrir de scènes de violence reliées à l’amour en conjuguant jalousie et folie, ne fait pas partie du registre musical local et c’est tant mieux. Moi ça me correspond mieux. Force est de constater que tout un pan de la pensée musicale française est pourrie de l’intérieur si tu analyses les paroles, c’est pour ça que j’aime tellement la musique Antillaise en particulier Kassav’. Je ne trouve pas de tels vices dans leurs chansons. Mais là où ça ne s’arrange pas, c’est qu’aujourd’hui le sexe à pris place partout dans les médias. La pub, le cinéma et maintenant la nudité à Saint-Barth paradis des photographes d’érotisme multi-genres. Je te dis ça parce qu’on m’a proposé d’aller faire des photos X dans une villa à Pointe Milou, proposition que j’ai refusé net sans un sourire, sans un au revoir. J’ai considéré ça comme un affront qu’on ait pu penser que je sois un jouet à disposition. Un jeune écervelé corvéable à souhait qui vendrait son savoir-faire pour des liasses de billets verts ou des filles faciles. Tu vois, j’ai ma dignité. Je ne sais pas si c’est inné chez moi ou si je la tient magnétiquement parlant d’un de mes soi-disant ancêtre Chevalier dont je descend, mais j’ai un coté incorruptible dont je suis assez fier. Et oui, j’ai des traces de sang bleu dans les veines. Ça ne fait pas de moi un courageux guerrier montant au galop son fougueux destrier en brandissant sans peur son épée, mais c’est peut-être pour cette raison que je n’ai pas d’affinités avec les TETDUF. On me l’a reproché assez souvent en me disant de laisser couler. De ne pas faire attention à tout, de profiter de la musique sans analyser les paroles, d’accepter de sortir avec n’importe quelle fille sans me poser de questions. De tirer profit des bonnes occasions en fermant les yeux quand elles se présentent. Quand j’étais en France, je bossais à l’installation des jeux de lumière et des sonos dans les boites de nuit dont on faisait les ouvertures, j’adorais ce travail. Mais faire la fête dans ce milieu était synonyme de se saouler, renifler de la poudre et forniquer sans retenue. Excuse ma vulgarité, mais il n’y a pas d’autres façon de le dire. Une fois, à Marseille, j’ai assuré aux platines une soirée jusqu’à quatre heures du matin dans une boite gay. Le personnel m’a trouvé bien sympathique toute la soirée alors que je leur passais la musique à thème qu’ils voulaient jusqu’à ce que je refuse l’offre de la patronne qui me proposait de passer la nuit avec elle alors que par méfiance, je n’avais pas même accepté un verre d’eau. La vérité c’est que cette très belle blonde à la poitrine généreuse était un gars. Ça m’a valu des qualificatifs composés comme vieux-jeu, rabat-joie, trouble-fête, pisse-froid, gaulliste-rétrograde, réactionnaire-démodé, fasciste-obsolète, traditionaliste-désuet alors que ça copulait librement ça et la sur les canapés en fond de salle quand je décidais de prendre le départ. J’ai échappé aux noms d’oiseau de justesse ! Je me suis fait payer et je me suis barré dare-dare en me jurant de ne plus jamais y remettre les pieds.
– Té ki di dé bèl fraze, min ch’konpran pa l’kar d’la moitchié d’sa k’tu di.

– Ça n’a pas d’importance Claude. Je t’ai raconté ce qui m’est arrivé Autour du Rocher en janvier 85 ? Fraichement débarqué sur l’île, alors que j’assurais ma seconde soirée aux platines disque avec une piste de danse bondée, un jeune américain qui présentait bien vient me voir et me demande : Cocaïne ? Moi, naïf comme je l’étais, je lui réponds : one moment please ! fier de ma réponse en anglais. Je me retourne et cherche dans le casier le 45 tours d’Eric Clapton que j’avais repéré la veille. En moins de dix secondes, je lui sors la pochette que je lui tends sous le nez. Tu aurais vu sa trogne ! Le gars est parti pas content en secouant la tête. On ne me l’avait jamais faite celle-là ! Je t’avoue que sur le coup, j’ai cru à une farce. Avais-je été trop lent à trouver ce titre ? Il m’a fallu la nuit pour comprendre. Depuis ce jour-là je suis attentif à ce que j’écoute. Bref, j’en était où ?
– Sa k’lé fiye ou lé fonme veu.

– Nous y revoilà ! Vaste sujet. Je commence par où ? Que veulent les filles ? Tout. Elles veulent tout de nous. Que l’on soit charmants mais pas charmeurs. Bien éduqués, mais pas pédants. Entreprenants, mais pas impatients. Imposants, mais pas machistes. A la fois travailleurs et précieux. Débrouillards et hommes à tout bâtir tant qu’à faire. Généreux, voir dépensiers, mais principalement pour elles. Musclés, de préférence sveltes, mais pas abonnés aux salles de sports, ni au foot devant la télé une bière à la main. Bien évidemment forts pour les défendre avec virilité si besoin se faisait sentir. Gentils et serviables, sans l’être trop pour les autres, il ne faut pas exagérer non plus car ces dames sont encore plus jalouses que nous. Nous nous devons d’être excellents, mais pas parfaits, pour qu’elles puissent s’amuser de nos faiblesses entre copines. Enfin nous devons être lettrés, pour qu’elles puissent exposer leurs problèmes qu’on se doit de comprendre, sans qu’on étale les nôtres qui sont de moindre importance, mais surtout, surtout, tu peux le mettre au-dessus de la liste et l’écrire en gras : ne jamais leur donner tort.
– S’arsem’ a ma fonme konme deu goute d’o !

– Donner systématiquement raison au mécanisme d’ouverture du cœur des femmes est la clef dont je suis souvent l’antigène, avouais-je, n’ayant pas l’intention de clore le chapitre.
– Sa k’tu di la ?

– Mince ! C’est moi qui est dit ça ? Désolé, quelquefois j’ai l’impression que quelqu’un d’autre parle à ma place. Tu veux un autre citron-menthe énergico-tonique ou un 97.1 ?
– Tu veu m’fèr’ pété mou vente ?

– Tiens, bois cette merveille gustative qu’on ne trouve qu’à Anse-des-Lézards, je m’en prépare un et je vais te raconter une aventure que je n’ai osé dire tant c’est pitoyable. Mais avant j’aimerai que tu me dises en tant que Capitaine philosophe Corossolien ce qu’est l’amour pour toi ?
T’obliye Présidan ! L’anmou ? Toute moune s’poze la kestion. Person-n a la réponse, min l’bon Dieu a bien fèt’ lé choze. L’anmou sé pa rézervé o Prins’ seul’man, sé dan le tcheur de chake moune ke sa s’passe.

– Tu es sauvé ! Je te raconte mon histoire. Il y a quelques mois, nous sommes allé en groupe prospecter les îles du Sud avec Rémy De Haenen qui voulait développer les ligne touristiques aériennes sur les îles du Sud. Chacun de nous avait été choisi par rapport à ses compétences. J’accompagnais Patrick du HIFI Center qui assurait la partie Vidéo. Là, j’ai fait la connaissance d’une française, guide touristique agréée avec qui j’ai flirté une semaine entière en faisant tout mon possible pour la séduire jusqu’au soir où fatigué de ne pouvoir capter son attention, je me suis désintéressé d’elle en répondant à coté exprès et en me moquant légèrement de ses dires, quand je ne la contredisais pas exprès avec l’éloquence qui m’accompagne quand je suis irrité, tu me connais. Ça concernait les trois sexes, soi-disant physique, mental et d’attirance. Sexes qui pouvaient différer sur un même individu. Durant ce diner en tête à tête, je l’ai regardé boire une bouteille de Bordeaux seule, plus deux apéritifs bien tassé. Évidemment, devant la porte de sa chambre elle m’a fait le coup de la fille qui a un malaise pour que je rentre avec elle. Le temps de trouver comment allumer la lumière après avoir actionné plusieurs fois l’interrupteur sans qu’il ne se passe rien, c’est elle qui au bout de quelques secondes, sans que je la vois faire, allumait la lampe de chevet muni d’un énorme abat-jour rougeoyant. A coté de l’abat-jour, sur un lit à baldaquins de style colonial, un être en tenue d’Ève disposé en lettre lambda au point de lui voir les amygdales, me regardait dans les yeux le sourire ivre en disant :
– Je veux, mais je te préviens, j’ai un corps de femme, mon sexe mental est masculin, je suis homosexuelle, donc attirée par les hommes. Une fois le nez poudré, j’aime à la déraison me servir des mâles blancs hétéro cisgenre.
– Par lé korne du diab’ ! Sa k’ta fèt’ ?

– Je n’avais pas mon dico sur moi alors je lui ai dit que les colonnes de ce lit était admirablement bien travaillées et que si elle n’y voyait pas d’inconvénient, je reviendrais faire une photo de cet ouvrage luxueux une fois qu’elle-il aurait fini de se trouver. Je finissais par lui indiquer que vu l’espace qu’elle-il occupait, elle-il avait de la chance d’avoir un lit king size. D’autres en auraient profité, tu parles d’une occase ! Moi j’ai trouvé ça pathétique et surtout peu fiable dans une relation que j’aurais aimé durable.
– É sé toute ?

– Non, ce n’est pas tout. Qu’est-ce qu’elle-il croyait ? Que j’allais me faire hypnotiser comme Ulysse par le chant des sirènes ? C’est la décadence à tous les niveaux je te dis, je l’ai gentiment envoyé se faire cuire un 10. Platini c’est bien le numéro 10 ? Neuf, ce n’est pas équilibré. Il y en a toujours un qui reste sur la touche alors qu’avec dix, il y a cinq couples. Comme les opposés s’attirent, cinq pairs pour cinq impair, ça le fait bien. Tu vois où je veux en venir ?
Nan ! Sa kasse ma tète té z’istoire d’z’euf, me répondait-il toujours attentif.
– Ce n’est pas grave, j’ai toujours été nul en équation ! A peine arrivais-je dans le couloir d’un silence feutré vu l’épaisseur de la moquette de cet hôtel de luxe pour Américains, que j’entendais quelque chose se fracasser contre la porte dont ma main tenait toujours la poignée. Un-une cinglée à double genre inveré je te dis, c’est la mode ! Tu n’es pas dans le coup ? Tu m’étonnes ! Il faut ouvrir les yeux et avoir le courage de le dire. Je rajouterai donc à mes conseils, ne jamais rien leur refuser, toujours céder à leurs envies, quoi qu’il arrive. Sauf en cas de force majeure, cela va de soi ! Là, toute excuse est bonne pour t’échapper physiquement. Je ne sais pas moi, tu peux prétexter un coup de foudre sur ta voiture. Évoquer une tornade naissante. Prédire un tremblement de terre imminent. Objecter une crampe subite du gros orteil ! Invoquer une confession en urgence ou des prières en retard. Attester une panne d’électricité chez Shirley Doll à Pointe Milou. Avouer une envie soudaine de barbe à papa ! Te rappeler une course urgente pour ta maman. Tu dois passer d’abord à la pharmacie parce que tas le nez bouché ! Tiens, c’est une bonne raison, sinon tu ne vas pas pouvoir tondre la pelouse ! Ça va mieux ? Tu as le mode d’emploi maintenant ? Tu sais ce qui te reste à faire.
– J’kompran a prézan pouki k’té toué seul.

– Ah non-non-non ! Tu n’y es pas ! Je ne désire pas vivre seul. J’aimerais beaucoup vivre en couple. J’aime la gente féminine, je suis programmé pour ! J’aime faire l’amour avec une partenaire volontaire et équilibrée sexuellement. Tout m’attire chez les femmes, du physique au cérébral, leurs façons de se déplacer, leurs manières, leurs cotés féminin qui nous aimantent, leur coté bienveillant et instinctivement maternel, tout je te dis ! J’ai une profonde admiration pour ces êtres merveilleux qui donnent la vie. Mais dans le monde réel, vu le monticule d’emmerdes que ça peut générer si maladroitement tu te laisses séduire par une plastique du genre Marilou ou une fille-garçon dont tu n’es pas sûr que la boussole marque le Nord, je ne suis pas trop pressé d’en découdre, tu comprends ? Je ne te raconte pas la fille décontractée d’un soir rencontré au bar de l’Hibiscus qui te tombe dessus tu te demandes pourquoi. Tu as l’impression après un début de nuit torride dans la moiteur tropicale de n’avoir été qu’un taxi-boy à son service. Pour certaines qui ont déjà du vécu, c’est limite si tu ne trouves pas une enveloppe sur ta table de chevet quand tu ouvres un œil au petit matin alors que tu occupes toute la place dans ton lit double. Tu regrettes juste que d’autres, descendantes de malandrins, moins à cheval sur les principes d’intégrité, se soient par mégarde évaporées avec ton plus beau tee-shirt hawaïen ou ton pendentif en or représentant un tête ailée de Vercingétorix resté dans la salle de bains. Tu t’appuies alors sur le premier proverbe qui te vient à l’esprit comme « il vaut mieux être seul que mal accompagné » et tu orientes ta passion sur la photo par exemple. Là, tu n’es jamais déçu. Si le résultat n’est pas satisfaisant, tu ne peux t’en prendre qu’à toi-même. Comme je m’aime bien et que je n’ai pas envie de m’engueuler à chaque photo ratée, ce qui me ferait dix engueulades par jour minimum, je recommence en ayant appris de mes erreurs. Ça m’enseigne aussi la patience. Avec la photo, tu ne finis jamais d’enrichir tes connaissances, de découvrir de nouvelles techniques, de nouvelles approches, de nouveaux cadrages. Un jour, tu réalises qu’il y a des millions de sujets à traiter, que c’est une satisfaction sans fin. Le sexe à coté c’est…
– Sa k’sé ?

– De la rigolade éphémère ! De l’illusion chronométrée ! Un mirage de volupté ! Une chimère de délices vaporeuse ! Mais si je t’assures ! Sais-tu pourquoi aujourd’hui, il y a de l’appel au sexe partout ? Non ? Parce qu’on s’accoutume progressivement au plaisir. J’aurais dû dire rapidement. On s’accoutume rapidement au plaisir. Dans les pubs de sous-vêtements féminins, il y a des codes de plaisir. Dans les pubs de parfums, il y a des signaux de désirs. Dans les pubs de voitures de luxe, il y a du féminin en extase, le temps de la photo évidemment ! Il y a de la tentation partout autour de nous, c’est fait pour ! Ça déteint même sur les couples Saint-Barths qui sont mariés depuis des décennies. Tout ça pour l’obtention de plaisir. Mais le plaisir ne dure pas, contrairement au bonheur qui est un état dans lequel tu te trouves ! Eh oui mon pote, c’est comme ça ! Le plaisir n’est que momentané, donc addictif. Ça commence par le sucre et ça se termine par le diabète. Ça démarre par la malbouffe et finit par l’obésité. Ça débute par le désir et ça s’achève dans la lubricité. Alors il en faut plus. Encore plus, toujours plus à en devenir accroc ! Tout t’y incite. Le sexe est omniprésent dans la publicité, à la télé, dans les journaux, dans ton vidéo club, dans les magasines de luxe, dans les revues gratuites que tu trouves à l’aéroport et je ne parle même pas des revues spécialisées pornographiques. Pour la publicité, le plaisir est devenu le point convergeant à atteindre par tous les moyens. Ce même plaisir qu’on retrouve dans l’ivresse, la goinfrerie, la drogue ou le sadisme. Le sexe est devenu une arme de destruction massive !
– Lé péché k’tu charsse, sé la luksure é la gourmandize, me rappelait-il deux des sept péchés capitaux.
– Merci pour votre promptitude Frère Claude, plaisantais-je. Décidément tu m’épates. C’est vrai que la gourmandise est un des sept péchés capitaux, je l’avais zappé celui-là. Il faut que je me procure une bible, ça me changera du dico.
 Tout le monde se goinfre de tout et de n’importe quoi, reprenais-je de plus belle. Consommons ! Buvons ! Mangeons ! Qu’importe la santé, il y a la sécu pour laquelle nous cotisons ! Une de perdue, dix de retrouvée dit le dicton ! C’est la même chose du coté auditif et visuel. On laisse entrer des sons et des images qui gomment le peu de morale patriarcale qui nous reste de notre apprentissage à la vie appris par cœur dans les années 60, quand nous n’étions que des gamins. Mais non ! L’éducation traditionnelle qui impose qu’il n’y ait qu’une seule manière d’être attiré par le sexe opposé est tellement ennuyeuse, faisons différemment, soyons modernes ! Comment veux-tu que les choses aillent dans le bon sens ? Approchez-vous, approchez donc bonnes gens, voici du pur plaisir en flacon ou en gélules ! Vous désirez un plaisir rare ? Intense ? Continu ? Intégral ? Nous avons le plaisir qu’il vous faut ! Du plaisir en couleurs en veux-tu en voilà ! Du véritable plaisir comme vous n’en avez jamais ressenti mes bonnes gens ! Venez acheter notre plaisir à prix modique ! On solde Mesdames ! Du plaisir massif pour vous Messieurs ! Que d’émotions agréables par le plaisir ! Que de jouissances pimentées vous allez connaitre ! Laissez-vous électriser de plaisir ! Quelles sensations délicieuses vous procurera notre plaisir en poudre de perlinpinpin ! Du plaisir psychédélique par paquets de douze ! Du plaisir garanti satisfait ou remboursé ! Laissez-vous aller au plaisir en duo ! Vous voulez tester notre plaisir tout de suite ? Un cachet de plaisir instantané pour vous Madame et un pour vous Monsieur ! Aujourd’hui, remise exceptionnelle, profitez de notre plaisir triple X pendant que vous le pouvez ! Gavez-vous de plaisirs variés ! Qui veut encore du plaisir à résonance charnelle ? Deux rames de sensation de plaisirs achetés, la troisième gratuite. Vive le plaisir orgasmique ! Quoi ? Je m’éloigne du sujet ?
– Sa fé in mouman k’té tombé a la mèr’ bouaye !

– Je reprends où ?
– Le sèks’.
– Comment tu écris ce mot-là en Patois ? Avec un « x » ?
– Oh la sinne vierge, la monman du bon Dieu ! Té ki l’fé par èksprè ? Ch’té d’ja di : « ka – èsse » ! Sé pa difisil, non ! Tu voué s’te palèt’ a fanghi la ? Tu veu la gouté ? me faisait-il voir sa main plane, les cinq doigts tendus.
– Ha ha ha ha, éclatais-je de rire, au point de réveiller Mutti avec mon organe vocal, je l’adore celle-là, comment fais-tu pour être aussi drôle dans un moment pareil ?
– Èsse – e aksan grave – ka – èsse apostrofe pou marké le èsse ! m’annonçait-il professoralement. Na trope de fason d’prononsé s’te lète la. Tu t’voué dire : ju ki va fère eine tite parti d’sè-gz-e ou d’sè-s-e avec eine sirène d’Sint-Marteen ? Té pa sérieu bouaye !
– D’accord, je crois que ce coup-ci j’ai compris. On arrive là où je voulais en venir. Le sexe normalement, ça sert à procréer. Les filles en sont bien plus conscientes que nous et leur vie toute entière est bâtie sur cette réalité. Les garçons ont plus de chance que les filles, ils peuvent pisser sur les roues des voitures alors que les filles doivent se retenir et trouver des toilettes propres, ce qui est rarement le cas dans une station service ou dans des toilettes publiques. Mis à part ça, s’il n’y avait pas de plaisir à pratiquer l’acte sexuel, les hommes s’en foutraient éperdument. La race humaine n’aurait pas fait long feu. Dieu s’en est douté et a contourné la problématique en y ajoutant le plaisir pour les deux sexes. Ça a tellement bien fonctionné qu’on est cinq milliards d’individus aujourd’hui et que la courbe monte à la verticale avec une croissance annuelle qui frôle les dix pour cent ! Comme il est interdit d’interdire depuis Mai 68, que certains de nos ministres sont des pédophiles cocaïnomanes pseudo-écrivains qui ont un pouvoir décisionnel, en particulier dans le secteur de la culture, voir de l’éducation, on va vers un gigantissime Sodome et Gomorrhe. L’histoire se répète invariablement. Mais chuuuutttttt ! Il ne faut pas le dire. Ça marque mal. Il ne faut pas cracher dans la soupe orgiaque planifiée ! Et bien moi, je n’apprécie pas cette soupe. Ça me fait gerber ! me perdais-je dans une démonstration dont je n’avais ni les tenants, ni les aboutissants.
– Sé pou sa k’la Bib’ èkzis’.

– Tu marques encore un point. Sers-moi une rincette citrique, j’ai la gorge sèche.
– Na pu d’o !

En un éclair, je mettais de l’eau à chauffer, et ramenais la carafe pleine d’eau de citerne accompagnée d’un bac de glaçons. Les mots se bousculaient dans ma tête. Le surpresseur s’arrêtait quand je m’asseyais en face du Capitaine.

– J’agis toujours selon ma conscience même si ça doit me coûter. Je suis seul maître de ma conscience. Personne ne peut décider à ma place parce que je suis conscient de ce que je fais ou ce que je dis. J’ai ma conscience pour moi. Faire un choix et s’y tenir est une déclaration de souveraineté pour moi. J’agis en mon âme et conscience, et je dis non quand je ne suis pas d’accord !
– Ch’pensé k’j’été plu for’ k’toué pace ke j’avé eine gran-n fonmigne. Eine fonme. In métié. Eine kaze. Eine voiture. Toué t’avé rien, t’été k’mou nemployé. É apré, té deveni mou pote, mou meuyeur ami. Jé vite kompri k’tété in aigle k’alé pren-n son envol. Tu travaye plu vite é plu dur k’moué, pa pace ke t’inme fèr’la course min pace ke sé dan ta nature. J’voué bien k’t’a envi de t’surpassé, k’tu travaye ni pou l’arjan, ni pou la gloire, jus’ pou t’mesurer a toué minme, é vouère jusk’oti k’té capab’ d’alé.

– Tu as raison, depuis que je te connais, tu as toujours eu raison. C’est le milieu dans lequel tu as vécu qui a fait de toi ce que tu es, ne regrette rien. Je ne suis pas fait pour rester électricien toute une vie secoué par un marteau-piqueur. Je serais lâche envers moi-même de me cacher derrière une activité certes difficile physiquement mais reposante cérébralement. J’ai besoin de faire fonctionner mon cerveau pour voir combien il y a de chevaux sous le capot comme tu dis. Tu l’avais deviné avant moi. Je ne dois plus me cacher derrière toi ou « marcher dans tes pas m’avait dit ton père ». Il est temps que je prennes mon envol pour te paraphraser. Personne dans ma famille ne m’a autant appris que vous en si peu de temps. Je ne vous remercierai jamais assez. Je crois que ma vie d’ado s’est terminée avec la conversation que j’ai eu avec Jacob sur le Dream. Tu vois, ce gars-là m’a envoyé une question-torpille qui a fait mouche. Elle m’a révélé qui j’étais, ou tout du moins ce que je ne voulais pas être. Depuis je réfléchis sur ce qu’est la liberté. Je viens de trouver sans regarder dans le dictionnaire. La liberté c’est quand tu es maître de toi même, quand tu es le seul à barrer ton navire sur la mer de ta destinée.
– Si sé sa la liberté, na pa in-n pile d’onm’ de lib’ su tère !

– Je suis persuadé que si je me concentre sur mes compétences comme je l’ai fait avec la photo, alors il se peut que ma réussite dépasse mes attentes si tant est que je n’ai pas placé la barre trop haut. On a tort de croire que nous héritons invariablement de la liberté, chaque génération se doit de la conquérir pour elle-même. Je ne pourrai pas rester un éternel enfant, même si c’est plus confortable. Une page que j’ai relu plusieurs fois vient de se tourner, je vais me prendre en main et arrêter mes enfantillages même si c’est plutôt plaisant et parfois payant. Je ne veux plus dépendre de qui que ce soit. J’ai trop d’exemples autour de moi de personnes qui sont dépendantes d’autres personnes pour vivre leur vie. Je ne veux pas qu’un membre de ma famille me dise ce que je dois faire alors qu’il n’a pas été une seule fois en mesure de donner le bon exemple. Je ne veux pas qu’un médecin me dise ce qu’il faut que je fasse pour me guérir d’un déséquilibre que j’ai créé moi-même par manque d’éducation nutritionnelle. Je ne veux pas qu’un psychiatre déréglé par un apprentissage délétère ordonné par le pape de la scientificité psycho-aléatoire, lui-même souffrant du complexe d’Œdipe me dicte ma façon de penser.
– Whoye manman ! Sa sé t’eine champlure ! On né pocore sorti d’afèr’.
– Ne t’occupes pas du vent !
– Oh chète, mi eine bon-n tite la pli k’arive su moué asteur !

– Laisse tomber la pluie. Je suis à contre-sens ? C’est possible. Je ne vis ni ne pense comme 95% des gens ? Et alors ! La vraie question est : qui est à contre-sens par rapport à la logique existentielle qui s’impose à nous si l’on veut rester en bonne santé mentale et physique ? On peut manger tout et n’importe quoi et ce, sans limites, sans interdictions, jusqu’à en devenir malade à en crever et être aiguillé dans le rang de ceux qui sont à la charge de la société. Je ne te parle pas des cancers du poumon, de la cirrhose du foie ou de l’artériosclérose comme c’est le cas dans ma famille qui souffre en silence, rattaché à la vie par des drogues légales, mais c’est tellement évident que je me demande bien pourquoi les gens continuent sur la mauvaise voie jusqu’à en mourir. Comme si c’était une fatalité, profitant maladroitement le temps qu’il leur reste de tout les petits plaisirs qui creusent leur tombe à grand coup de pelle avant de passer l’arme à gauche. Tous aussi incapables les uns que les autres de se prendre en charge. Ils se regardent dépérir en ayant occulté de s’instruire sur le corps humain, alors qu’ils auraient du mettre l’accent sur la nutrition.
Tu es toujours là ? Je disais donc, nous tombons malade et la réaction inculquée par notre société occidentale est d’aller consulter son médecin qui nous prescrira d’entrée de jeu des médocs remboursé par un système en faillite, lui-même financée par les taxes sur nos salaires. A quoi on joue là ? Serions-nous devenus idiots à ce point ? Qui est dans le vrai ? Celui qui compte sur la médecine moderne pour masquer les effets de ses maux par la chimie moléculaire issu du pétrole en « éteignant provisoirement un voyant rouge de notre tableau de bord indiquant la douleur » ou celui qui se prend en charge ? Celui qui cherche à comprendre comment nous fonctionnons pour trouver la cause de cette douleur ? Celui qui cherche à se nourrir avec des aliments fait pour son système digestif ? Celui qui à cherché à connaitre la différence de fonctionnement entre un intestin de carnivore et un intestin de frugivore ? Celui qui a compris quel est l’apport énergétique et le temps de digestion de fruits pat rapport à de la chair cuisinée ? Celui qui a assimilé et mis en pratique l’équilibre acido-basique des aliments à ingérer ? Celui qui par sa volonté a le courage de s’éloigner définitivement des conflits pour se nourrir de pensées positives au lieu d’éternelles querelles ?
– Té k’arparle d’la Bib’ enkor’, dé karant’ jour de karinme.
– Sans rire ? Parce que la santé mentale est certainement la première à entretenir. J’ai compris que si tu n’as que des mauvaises pensées, de la haine, de la rancœur, de la vengeance en toi, ça ne peut pas être bénéfique à ton organisme, même si tu fais attention à ce que tu manges. Regarde-toi, dans ton cas les situations conflictuelles te rendent malade dans l’heure qui suit ! Je suis bien plus résistant que toi en apparence, mais qui sait ce qui se passe à l’intérieur de mon organisme où les neurones du cœur communiquent avec ceux des intestins, quand ce n’est pas ceux du cerveau qui envoient des informations contrariantes directement à ceux de notre système immunitaire ! Que fait-on de la mémoire du cœur ? Comment nettoie-t-on sa mémoire intestinale ? Nous avons des neurones partout qui communiquent tous ensembles ! As-ton appris ça à l’école ? Non ! Pas une ligne.
J’ai beaucoup réfléchi à ce que tu m’as dit concernant le pardon. Je crois que tu as eu raison de prendre du temps pour m’en parler. C’est une des clés. Une clé pour te libérer de tes chaines mentales. Une clé pour libérer un espace infini dans nos cerveaux. Une clé pour y mettre de nouvelles choses, de nouvelles idées, de nouveaux projets. J’ai l’impression d’avoir déménagé, je ne me reconnais plus tellement j’ai de place dans mon espace mental à présent ! J’ai tellement de possibilités qui s’offrent à moi que j’ai l’impression d’être comme cette grenouille qui va enfin habiter un lambi tout neuf ! Je vois clairement mon avenir, on dirait que j’ai ouvert une porte sur un univers créatif qui m’était jusque-là interdit. J’ai envie d’inventer plein de choses, j’ai envi de créer, j’ai envi d’innover, ça m’a fait plaisir fabriquer ma montre solaire, j’ai eu l’impression d’y arriver sans efforts. Comme si j’étais connecté à la banque de données universelle qui m’a révélé goutte après goutte le génie créatif auquel j’ai pu accéder.

Claude était de nouveau avec moi. Ses yeux pétillaient de curiosité, son sourire avait repris la place qu’il occupait habituellement sur son visage.

– Je ne me vois pas faire quelque chose que quelqu’un fait déjà, même si c’est lucratif. Je ne suis pas les autres. Je ne me vois pas me battre pour essayer d’arriver premier sur un métier fait par des centaines de personnes sans aucun pouvoir créatif, même si c’est la norme partout dans le monde. Devenir plus gros que l’autre, plus puissant, devenir plus riche que la société concurrente ? Détruire et racheter son voisin, c’est ça la finalité ? Ce sera sans moi, merci ! Je veux avoir une activité que je serai le seul à faire de par son originalité, sa complexité et sa difficulté. Je n’ai jamais pu répondre à ma mère quel métier j’aimerais faire tout simplement parce qu’il n’existe pas. Il n’est pas dans la norme établie, il n’est pas répertorié au registre des métiers. Tu sais, ce n’est pas facile d’avoir des pensées différentes de celles du commun des mortels. De ce placer volontairement en marge du système. Il faut s’accepter tel que l’on est et ne pas essayer de suivre le troupeau quand on ne s’y sent pas à sa place. Je crois que j’ai compris maintenant quelle allait être ma vie. Ça ne me fait plus peur, au contraire, ça me ravis. C’est bon d’avoir ce sentiment de liberté, cette confiance en soi.
– Ch’te sèr’ in vère ? Y fo fété sa !

– Un double acido-sucré, mon Capitaine !
– Té kouyon-nad’ m’don-ne souèf ossit’ !

– Merci du compliment. Mais comme tu le dis souvent, personne ne sait véritablement transposer les écrits de la bible aux moeurs décadentes et aux visions amorales de notre époque. Alors que faire ?

Je pressais les généreux demi-citrons Saint-Barth avec régal en extrayant leur jus avec facilité, sans forcer. Claude semblait s’intéresser au dénouement de mon raisonnement improvisé. Il était beaucoup plus attentif et refaisait lentement surface, comme s’il attendait le bon moment pour placer ce qu’il avait sur le cœur.

– J’ai les paroles d’une chanson qui me reviennent en tête. J’étais en pensionnat dans le midi de la France, c’était en 1979, Jacques Higelin avait sorti un double album qui s’appelle Champagne Pour Tout le Monde et Caviar Pour Les Autres. Le mercredi après-midi, on avait le droit d’aller se balader en ville, on allait à la FNAC au rayon musique écouter les sélections du disquaire qui prenait un vrai plaisir à enchainer les titres les plus fous des artistes français du moment. Une copine de classe, fille de baronne, qui connaissait les chansons par cœur nous les apprenait quand nous nous baladions en marchant tous ensembles. En quelques semaines, grâce à nos cahiers de chant ou nous consignions les paroles que nous révisions pendant la récrée, notre petit groupe finissait par connaitre plusieurs titres par cœur. On s’amusait bien, j’en ai un bon souvenir, mais ce n’était pas à proprement parler ce qu’il y avait de mieux à apprendre. Le refrain d’Attentat à la Pudeur qui faisait dans la déprave, racontait qu’un gars nu comme un ver planqué dans le placard de la chambre de sa soeur se faisait surprendre par son beau-frère, outré et choqué en découvrant le spectacle. C’était aussi drôle que lamentable quand j’y repense. Je te le fais en chanson, ça sonne mieux : « C’est un attentat à la pudeur, dont je me vante, vante, vante devant ma soeur… » j’arrête-là. Le texte de Champagne qui faisait dans le macabre disait exactement ça : « Que les damnés obscènes, cyniques et corrompus, fassent griefs de leurs peines à ceux qu’ils ont élus, car devant tant de problèmes et de malentendus, les dieux et les diables en sont venus à douter d’eux-mêmes ».
On en est au même point, si ça ne s’est pas empiré depuis. Tu me vois faire la morale dans une tribune derrière un pupitre, un micro devant la bouche en prononçant distinctement à la Charles De Gaulle : mes chers amis Saint-Barths, Mesdames, Mesdemoiselles et Messieurs de bonnes familles, vous qui avez été épargné par les vicissitudes de la métro-papolie, ne vous laissez pas tenter par les idéologies dépravantes autant que navrantes, en provenance des ministères Bas-Bath ! Même si c’est chouette, l’assiette, la fumette, la trinquette, la snifètte, la quéquette et la nympho-Schtroumphette ne sont pas une finalité inévitable pour notre île, me levais-je de mon banc les bras tendus vers le ciel. Rappelez-vous les paroles de la bible, ne devenez pas des brebis égarées hors du chemin que vous a tracé votre Seigneur. Vive les Saint-Barths libres !
Mais je suis qui moi pour dire ça ? me rasseyais-je à deux doigts de rater le banc. Pour freiner tout ce business organisé ? Je n’ai pas l’âme d’un curé ou d’un politicien et encore moins d’un Don Quichotte. Se battre contre des moulins à vent est perdu d’avance. C’est à chacun de prendre conscience de ce qu’il veut faire de sa vie. De comment il veut vivre cette vie terrestre qui lui est offerte. Personne ne l’a mieux décrit que toi quand on parlait du futur sur la plage de Corossol. Si les gens tombent dans le piège de l’argent, du pouvoir, du sexe ou de la drogue qui finiront par les obséder à force d’en vouloir toujours plus, les emmenant irrémédiablement à l’abus de pouvoir, à l’orgie ou à l’overdose qui se chiffre en dizaine de milliers de morts rien qu’au États-Unis, qu’en sera t-il dans dix ans ? Dans vingt ans ? Dans cinquante ans ? Je n’ai pas la réponse pour l’avenir collectif, mais j’ai une porte de sortie individuelle.
Tu vois, j’ai découvert le moyen de l’obtenir ce plaisir intérieur que tout le monde devrait naturellement rechercher. Il est beaucoup plus doux, plus durable et te colle au cœur des heures durant. C’est toi qui m’a donné ce secret. Les Rayons Rouges font partie intégrante de ma vie maintenant. Je vois souvent le soleil se coucher et quand sa couronne de feu finit par entrer complètement dans l’eau, le soleil me demande : quelle a été ta journée Marc-Éric ? De quoi t’es-tu repu ? Qu’as-tu vu de ce que j’ai créé grâce à ma lumière ? Qu’as-tu appris ? Qu’est-ce qui t’a émerveillé ? Qu’as-tu retenu de ce que tu as fait aujourd’hui ? Tout se joue-là, dans ce court espace temps où je me nourris d’inspiration divine, dans le silence de la baie Corossolienne.
– Ju tèlman kontan pou toué, ch’pensé k’navé k’moué ki pové vouère sa. Jé enkor’ souèf !

– On se mange une bonne assiette de pâtes al dente et on va se faire des photos en pose longue en ville ? Chiche ! Je te fais une formation express.
– Ma Pony é las’. N’a in patchète d’butin a réparé su su s’modite voiture la ka d’ja fèt’ sink mil’ foi l’tour du péyi.

– Je ne comprends pas, qu’est-ce que tu fais avec tout l’argent que tu gagnes ?
– Kant’ jé kemonsé ma kaze, j’avé pa d’arjan. Jé fèt’ in krédi. Jé rouvèr’ dé kont’ dan sa k’navé d’kinkayerie, jé rouvèr’ dé kont’ tou partou ! Sé boug’ la sa été bien jentiye avec moué. Ju resté dé mois san payé sa k’ch’prené su mé kont. A prézan, chake moi, je don-ne tout’ sa ke ch’gangne pou remboursé mé dète.

– La maison ! Mais c’est bien sûr ! Je ne m’étais jamais posé la question de savoir comment tu avais fait pour financer cette grande maison. Je n’ai vu que le temps que tu y passais. Je comprends mieux maintenant pourquoi tu ne t’es pas porté garant pour l’éventuel crédit de ma voiture. Ça recommence ! Où est-ce que je voulais en venir ?
– La Pony ki marche pu !

– C’est pile ça ! Ta voiture à besoin d’une bonne révision ? Ok, tu t’es adressé à la bonne personne mon pote. On va prendre notre revanche sur la pluie de maringouin qui nous est tombé sur la tête. Moi j’ai besoin de rentrer des sous pour compenser la franchise que j’ai perdu lors du remboursement par l’assurance de mon Saveiro âgé de quatre jours que j’ai foutu dans les bois en descendant Anse-Des-Cayes.
– Tu ma pa rakonté keman k’ta fèt’ ton konte !

– Je descendais quand une voiture qui montait en face de moi m’a obligé à sortir de la route bétonné. Avec ma voiture flambant neuve pas question de faire la moindre rayure, tu penses bien ! Je me suis écarté le plus possible de la voiture qui venait en face et manque de bol, à cet endroit il y avait un dénivelé fait par l’écoulement de l’eau de pluie. En croisant le véhicule qui empiétait sur ma voie, la roue avant droite est sorti du béton, s’est mise brusquement en travers et le volant en tournant sur lui-même m’a échappé des mains. J’ai fait le plongeon et je me suis retrouvé sur le toit. C’est Henri Aubin, le frère de Vianney qui habite juste un peu plus haut qui est venu à mon secours. Ça fait bizarre de ramper sur le plafond de sa voiture et d’essayer de sortir par la fenêtre ouverte qui se trouve au raz du sol. Il faut un certain temps pour s’extraire de là avec les bois lolo qui t’empêchent de sortir. Tu peux me croire, j’en menais pas large, me mettais-je à me gratter la tête en me rappelant avec gène ce moment d’infortune matérielle.
– Mézami ! In-ne voiture neuve oui !

– Les gendarmes ont retrouvé le conducteur grâce à ma description et à une trace fraîche de ma peinture sur son aile gauche située sous son pare-choc. J’ai eu du bol. Zéro point de malus grâce à ça ! C’était un saisonnier de passage, qui conduisait sans assurance, soi-disant sur le départ pour l’Amérique du Sud d’après ce qu’on m’a dit, il m’a bien croisé mais n’a rien vu, ni entendu de choc. Il risquait des poursuites pour délit de fuite et non assistance à personne en danger. J’avais le choix de porter plainte ou pas. Le gars n’était pas solvable. J’étais assuré tout risques, j’ai laissé tomber. Je suis reparti voir Martin à Auto-Saint-Barth pour lui demander s’il voulait bien me prêter mon Brasilia que je lui avis donné en lui expliquant la situation. J’étais le seul à ne pas rire. Il n’a pas hésité une seconde à me la rendre sans limite de temps. Quand je dis que les Saint-Barths sont de braves gens, j’ai les preuves de ce que j’avance ! Voilà, tu sais tout. Je vais choisir une autre couleur, la prochaine ne sera pas rouge !
– Alor’ sé ki kalité d’foto ki fo fèr’ ?

– C’est un job photo que j’étais à la limite de décliner. C’est Gérald le gars qui a un labo photo à Saint-Jean qui m’as mis sur ce coup. Je dois lui donner la réponse demain matin. Quelle heure as-tu ?
Ta pa d’mont’ ? On é dja l’matin !
 On a passé not’ nuite a blayé !
– La montre diurne que j’ai fabriquée avec le Gitan, on me l’a piquée je te rappelle.
– J’peu pa t’dire, j’lé janmé vu ! A marche la nuite ?
– Non, pas sans soleil. Je n’aurais jamais pensé devoir m’en servir à une heure si matinale. Au fait, pendant qu’on y est, c’est toi qui a dit à ma mère combien j’ai gagné sur le Dream ?
Tu va janmé m’enten’ parlé d’ton arjan avec in moune. Sé pa leu zafèr’ !

– Merci Claude, nous n’étions que trois à le savoir, j’imagine que Patrick à voulu me mettre en valeur aux yeux de ma mère, je ne vois rien d’autre. Passons.
– Sa k’sé konme djob ?

– Dix mille francs une matinée, trois-cent-soixante prises de vue pour suivre un couple de comédiens Canadiens qui font leur emplettes de produits de luxe dans les boutiques duty free. L’un des deux assure la mise en scène si j’ai bien compris.
– Tu m’don-ne la motchié ?
– Comme d’habitude. Gérald devait faire cette série d’images publicitaires. Comme j’ai plus de temps et de matériel que lui qui développe mes diapositives et sais mieux que quiconque comment je travaille, il ne prendra que sa commission de vingt pour cent. Ça nous laisse huit mille pour quatre heures de boulot. Avec quatre mille balles tu vas pouvoir remettre ton Pony à neuf ! Tu viens avec moi, tu seras chargé de remplacer les pellicules sur les boitiers que je te donne, après m’avoir donné un autre appareil chargé. Facile ! Il faudra aussi que tu me passes le flash qui correspond au boitier avec lequel je travaille, avec des batteries chargées et ce tout les vingt-cinq éclairs, tu devras les compter, ça va sans dire. Super facile ! Normalement on peut en faire trente sans problème mais ces batteries ont déjà bien travaillé, inutile de trop les solliciter. Tu suis ? Nous allons donc faire des photos avec trois boitiers équipés de grand angles, un zoom 24-70mm, un 24mm et un 28mm. On prendra aussi le 300mm, on ne sait jamais, ça peur servir. Ne te trompe pas de flash, il y a deux systèmes différents, ceux pour le T90 sont plus petit. Tu en auras quatre à gérer. Si tu me fais perdre cinq secondes, je peux louper la spontanéité d’une expression. On va essayer de faire du naturel, ça implique que je vais beaucoup me déplacer, toujours en amont sur le sujet. Tu ne devras jamais être dans le champ, mais toujours à mes cotés. Il va falloir que tu anticipes mes trajectoires. C’est comme au foot, ce coup-ci,  tu fais l’arbitre central. Je ne connais pas le programme exact sauf qu’il s’agit d’aller au Village Saint-Jean, à l’aéroport et à Gustavia faire les boutiques de luxe. Archi facile ! Ils vont nous dire dans quelles boutiques se rendre, on va les suivre ce sera plus simple pour nous. Ça ne devrait pas être trop compliqué à photographier, ils savent jouer la comédie, c’est déjà ça de gagné ! Toujours partant ?
– Lé frin d’ma voiture marche pu. J’ariv’ pa a trouvé ola k’sa fui, n’a pa d’luile ki coule.

– Bon, en attendant, ma Brasilia n’est plus présentable, hier après-midi une Suzuki de location m’a plié le pare-choc et embouti mon aile gauche dans le virage de bord de mer juste en sortant de chez moi. La loi des séries, tu connais ?
– S’t’eine malédiksion !
– Un touriste Américain accompagné de sa jeune fiancée regardait la mer en conduisant ! La Suzuki n’a rien, tout juste une rayure sur le chrome. Le gars m’a donné deux cent dollars, nous n’avons pas fait de constat. Je n’ai pas eu le temps de détordre la tôle. On va louer une voiture pour la journée. Ton beau-père en a de disponibles ?
– Nan, j’préfère loué you Henri Gréaux.

– Tans qu’à faire, allons chez Mathieu Aubin, c’est un client, ce serait normal que je loue chez lui. Tu as purgé le circuit ?
– Nan. Pouki k’tu m’di sa ?
– Parce que s’il n’y a pas de fuites et que tes freins n’ont plus de force, c’est qu’il y a de l’air dans le circuit.
– Keman tu kon-né s’butin la ?

– J’ai travaillé chez Christian Giraud à Lorient mon pote, tu as oublié ? C’est lui qui m’a appris, j’en ai fait des purges de circuit de freinage en six mois, tu peux me croire, ça sert à ça un check-up ! Une bouteille d’huile de frein, cinq litres d’huile, une purge, une vidange, un coup de soufflette dans le filtre à air et tu t’en tires pour cinquante ou soixante balles.
– É l’silensieu du pot d’échapman ké persé ? É lé amortisseur ké mol’ ?

– A moins de le faire ressouder si c’est possible, je te conseille de le remplacer par un neuf qu’il faut que tu commandes d’abord, mais il va nous falloir un pont pour y accéder. Je demanderai à Christian s’il veut bien nous le prêter une fin d’après-midi. A quatre mains, on se le remet en état vite fait bien fait ton navire roulant, amortisseurs y compris.
– Tu veu ke ch’te prépare le dernié sitron-mente avec eine rondèle d’plein-ne lune ?

– Volontiers. Tu es prêt pour un test de rapidité ? Je veux être sûr qu’on est bien synchronisés.
– Ju paré, tu m’kon-né ! Avec un boug konme toué, ju in vré spésialisse a prézan. No sousaye !

– Pellicules neuves dans la poche ventrale du gilet ?
– Ju t’opérasion-nèl !
– Six jeux de batteries chargées dans la seconde poche ?
– Ju t’opérasion-nèl !
– Boitiers chargés en 36 poses ?
– Jé toujou deu zaparèye opérasion-nèl su moué !
– Un coup d’éclair test du flash pour vérifier le bon positionnement des batteries ?
– Jé kat flach testé é fonksion-nèl dan l’sac, ju t’opération-nèl !
– Éteint ou allumé ?
– Ju ki t’le don-ne en pozission ON !
– Flash pour F1 ou T90 ?
– Sé marké d’su, ch’kon-né la dirérens’ pa t’inkiété !
– Combien d’éclairs tu dois compter à cinq près avant remplacement du flash ?
– Vin-n sink, tu poré munme en fèr trent’ san problin-me. On a d’ja fèt’ plus’.
– Le plafond n’est pas blanc ?
– Jé l’réflecteur avec moué, ju ki espère té konsèye pou l’mète konme y fo.
– Où mets-tu les batteries déchargées pour ne pas les confondre avec les chargées ?
– Dans mou sac, ju t’opérasion-nèl !
– Où mets-tu les pellicules rembobinées ?
– Munme choze, a koté dé vieuye batri, ju t’opérasion-nèl !
– Vingt sur vingt. On est prêt mon pote !
– Mèrsi. Mèrsi pou tout’ sa k’tu fé pou moué.
– C’est bon Claude, tu en aurais fait autant pour moi. Tu as faim ? Un autre 97.1 peut-être ?

Nous avons fait des photo de nuit pour passer le temps après s’être rechargés d’un plat de pâtes. Nous avons immortalisé les lumières de la ville de Gustavia en attendant que les viennoiseries soient prêtes à la boulangerie Choizy. Je lui avais momentanément remonté le moral en divertissant à chaque instant son esprit.
Nous n’avons pas trouvé de voiture de location ce matin-là. Vers midi-trente, après la séance photo, nous avons été félicités par ce couple surprise d’hommes Canadien qui ont insisté pour nous inviter à déjeuner à une table réservée au restaurant chez Francine sur la plage de Saint-Jean. Des personnes discrètes, agréables et cultivées, sans la moindre vulgarité, à l’opposé de Peau Dorée & Joli Velu qui devaient modérer ma façon de stigmatiser l’homosexualité. Je trouvais ce genre de situation toujours aussi surprenante, mais je n’avais pas envie de juger ce couple masculin qui avait l’air de s’entendre à merveille et avaient su travailler en symbiose en nous expliquant à chaque prise de vue, avec cet adorable accent Quebecois agrémenté d’un rien d’humour, sans jamais un mot déplacé, ce qu’ils attendaient de nous en incluant le cadrage, la lumière et l’instant à capturer.

Quelquefois, juste un instant, l’argent fait le bonheur !

Nous avons été payés rubis sur l’ongle dans l’après-midi une fois les pellicules développées et nous nous sommes quittés contents sur une poignée de mains. Le Capitaine Corossolien fera réparer sa Pony chez Mike Gréaux à Lorient, comme il en avait l’habitude. Gérald me confiera d’autres contrats photo qui paieront l’intégralité de mon nouveau Saveiro Volkswagen en un rien de temps. Tout était pour le mieux dans le meilleur des mondes. Sans nous en rendre compte, nous vivions les meilleures années de notre existence à Saint-Barth dans l’île de l’excellence.

A suivre…

* fin les années 70, le slogan d’Orangina est : secouez-moi, secouez-moi ! Se faire oranginer, c’est se faire secouer !

Rédigé le 25 janvier 2022
Texte & dialogues : Marc-Éric
Traduction patois : Marc-Éric
Correction Patois : Caroline
Relecture et rajouts  : J

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4 commentaire

  1. Super, je me suis régalé, en l’espace de quelques heures tu l’as fait rire et oublier ses malheurs, tu es un ami en or !
    J’adhère complètement à ta vision des choses concernant ce que veulent les filles, tu as bien cerné la gente féminine.
    Je suis entièrement d’accord sur le fait qu’elle doivent savoir ce qui les attend avant de se lancer dans une vie de couple et l’important est d’éprouver de l’amour pour son partenaire et que ce soit réciproque rendrait la chose parfaite.
    Et oui tes blagues m’ont bien fait rire, comme toujours :sweat_smile:
    Notamment, les remarques des filles et fils de…..face aux photographies d’organes génitaux :rofl:

    1. Merci Caroline ❤️ J’ai eu des moments de rigolade à écrire certains passages, d’autres étaient plus durs quand tu fais l’effort de te souvenir, le sujet n’était pas simple à traiter, Claude n’a pas été le seul à avoir été marqué cette nuit-la 🤪
      Je voulais avec ce récit laisser quelques conseils à la jeune génération qui, je l’espère lui éviteront les pièges dans lesquels certains d’entre-nous, la génération précédente, sommes tombés.:rabbit::wink::rabbit:

  2. C’est top ! Très belle histoire entre de bons amis, qui est si bien raconté ! Bon souvenirs ! Bravo à vous zote :thumbsup::kissing_heart::wink:

    1. Merci Jojo, heureux que tu apprécies 😉

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