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Après notre journée de travail au premier étage d’une ancienne maison qui jouissait d’une magnifique vue sur le port de Gustavia et d’une solide maçonnerie faite par des Saint-Barths d’antan qui n’avaient rien à apprendre de personne, nous nous retrouvions Claude et moi, en milieu d’après-midi, dans l’eau de mer Corossolienne avec une balle de tennis que l’on se renvoyait à tour de rôle aussi vite que l’on pouvait. Depuis mon arrivée à Saint-Barth deux ans plus tôt, je vivais un été permanent. La plage était beaucoup moins grande que celle de Gouverneur, mais on se sentait chez nous, comme si nous connaissions chaque doris, chaque nasses, chaque galets de l’anse, chaque cachette de crabe, chaque emplacement d’oursins.

J’avais fini de raconter à Claude ce que j’avais vu sur le Dream Diams ce qui l’avait laissé complètement indifférent, ne répondant à mes descriptions que par des sourires désintéressés. Je conservais en moi un ressenti mitigé de cette expérience goûtée du bout des lèvres. D’un coté je trouvais la technologie extraordinaire, de l’autre j’avais le sentiment qu’elle nous obligerait à entrer dans une course sans fin.

– Alor ? Toujou pa trouvé d’chouk ? me questionnait-il en me lançant une balle de tennis à toute vitesse.
– Pardon mais je ne connais pas ce mot-là !
– S’t’ein bougrèsse !

– Joli tir ! Une petite amie ? Non, elles sont bien cachées. J’ai regardé sous toutes les pierres d’Anse-des-Lézards, entre les brins d’herbe, derrière les cocotiers, j’ai scruté l’horizon, rien ! J’ai creusé le sable, franchi les cayes, regardé sous l’eau, rien ! Même pas une sirène. Bouge pas, je t’envoie un boulet de canon identique au tien !
– Modi Lapin, té ki tire for ! s’exclamait Claude qui avait du plonger de coté sur une mer d’huile pour saisir la balle.

Plage de Corossol, Saint-Barthélémy, 1987

– Bel arrêt, un vrai goal !
– Èspère sa pou vouère ! m’avertissait-il avant de m’envoyer un boulet de canon que j’arrivais tout juste à bloquer à deux mains.
– Tu aurais pu faire aussi lanceur de base-ball ! Coté sentiments, franchement, je n’ai pas de bol. Ou je ne sais pas y faire, ou je n’ai pas de biens matériels comme une maison pour y fonder un foyer, une belle voiture pour me la péter. Il y a peut être même une chance que ce soit les trois en même temps. Coté famille, ce n’est pas mieux. Je ne peux compter que sur toi. Bon, j’annonce. Balle montante !
– Ta kemonssé a charssé ton père ?
– J’ai le temps.
– Min oui, tu koué k’té éternel ! Tchin, ketch sa !
– Pas mal ! Au centimètre près dis-donc. Qu’est-ce que tu veux dire par là ?
– Ojordi té la, demin té pu la ! Sé sa ki devré nou fèr nou souveni d’inmé la vie chake jour ke l’bon Dieu fé, é d’n’en profité du mieu k’on peu.
– Je verrais ça plus tard. Je t’avoue que je ne sais pas comment m’y prendre. Je ne me sens pas à la hauteur pour l’instant, je dois réussir ma vie d’abord, acquérir plus de confiance en moi.
– Oh fout’ ! Sé nouvo sa. Asteur y fo k’tu pren d’la hoteur avan ?
– Tu me vois arriver les poches vides face à un commandant de l’armée de l’air, toc-toc, coucou c’est moi ! Tu es prêt pour ce missile lifté ?
– Envoye ! On koué k’on a l’temp, min la vie passe si vite. Sé sa k’lé z’ansiyen é tou l’temp ki répète. Fan d’chien ! criait-il alors que la balle atteignait son buste.
– Je t’ai eu ! La vérité c’est que je ne suis pas assez confiant. Mon père biologique m’a abandonné une fois, je ne sais pas si je supporterai de l’être une seconde fois.
– Moué ch’te di : in bin si ki veu toujou pa enten’ parlé d’in fis konme toué, tu pe pu dire k’sé t’in père ! Si l’boug ferme sa porte su toué, sé k’sé pa in n’on-m’ bien, y sré k’arfé l’mové choi, é si sé sa in bin, sa ke ch’peu t’dire… Sé k’tu perd argnien. L’boug é pa sérieu é enkor’ moins’ lojik. S’boug la mérit’ pa k’sé zanfan l’inme, sé pa possib’ ou sé moué ki konpran pu argnien, ne pouvait s’empêcher de philosopher Claude en me renvoyant la balle à son tour qui m’atteignait au niveau du torse.
– Aille ! Je vais y réfléchir, on pourrait changer de sujet ? J’ai l’impression de rouler sur un revêtement glissant en risquant la sortie de route à chaque seconde. C’est un sujet embarrassant qui me coupe l’appétit à chaque fois que j’en parle. Cette histoire sent l’enfer au bout du chemin. Balle rebond, choppe-là celle-là !
– In manjé diabolik ! Tu veu pa in ti coktèl de force démoniake a l’o bénite petète ? In-n’ tite salade de grife du diab’ ki pren feu dan ton vent’, oui ? Ou petète in-n’ tite friture bouyante d’âme dam-né enrobé d’chair d’vampire avec in-n’ tite sauce de l’enfer ki tue trop’ for ?
– Arrête, tu me déconcentre avec tes bêtises ! Je n’arrive pas à croire que tu me sortes des trucs pareils. C’est local ? en profitais-je pour lancer ma balle rebond après le passage d’une vague.
– Naaannn ! Trop’ haut ! s’exclamait Claude en sautant hors de l’eau sans pouvoir atteindre la balle qui le survolait de deux bon mètres. Sé mé kouyon-nad’ a moué pou m’débarassé dé z’enmerdeur kant’ na un’ ki babiye su moué. Min na du vrè dan sa k’j’di. Sé bien l’diab’ ké charjé d’distribué la gloire é la richèsse. Vèye dan la Bib’, tu va trouvé sa. Vèye a toué Lapinou, balle eksplosiv’ !
– C’est des blagues ça ! stoppais-je difficilement la balle lestée d’eau salée en me prenant des éclaboussures plein les yeux. Lutin, ça fait mal aux mains ! Tu es sûr que c’est le diable qui distribue la richesse ?
– Sé dan la Bib’ ch’te di ! Ju pa k’invent’ argnien, sé kant’ Jézu traverse l’dézèr é ki renkont’ le dinmon.
– Ça ne me dit rien. J’ai du sécher le cours !
– Tu t’rapèl’ de l’apokalipse selon Saint-Jean ?
– Non plus. Tu sais, la fin du monde ce n’est pas pour tout de suite.
– Si té pa marké par le signe de la bète, tu pora plu achté ni ven’ argnien.
– Ah-ah-ah, c’est pas demain la veille !
– Sé d’jà la mou pote, sou té zieu ! Vèye la pus’ ké dan lé karte de krédi, demin s’te salopri s’ra dan ta min.
– Pourquoi pas implantée dans l’os frontal pendant que tu y es ?
– Sé l’program final. Tout’ sé bitin la, sé pa bon ch’te di ! Person’ kompran lé parole d’la Bib’.
– D’accord, si tu le dis ! J’ai du rater plus d’un épisode. Ce livre me plait de plus en plus. Vous deviez avoir un sacré bon curé pour que tu retiennes tout ça ! Attention, prêt ? Balle rasante !
– Ta d’ja kemonsé a marché sur l’bon chemin en refuzan l’pont d’or du Dream Diams. Tu d’vien fèb’ Lapinou !
– Ça me semblait trop beau pour être vrai. J’ai peut-être manqué de courage et d’ambition va savoir ?
– Le but dan la vie sé pa d’ète le plus riche ou l’plus puissan, sé d’avouèr avec toué l’sourire, la joie é la bonté. L’hon-nèt’té, l’partage é l’entraide. L’amour é la paix ! Pou vive ensem’ dan in monde rempli d’liberté, m’annonçait-il sûr de lui. Balle express !
– Et c’est moi qui ai fait des études ? Tu me scie les bras du corps à chaque fois. Je me sens idiot quand je t’écoute, tout à l’air si simple quand tu expliques les choses. Tu vois, en France je n’ai rien appris sur la vie. L’école donne des diplômes, alors que la vraie vie donne l’expérience. C’est ce qu’il me manquait. Par contre à Saint-Barth, j’ai vraiment l’impression d’être à l’école de la vie. Balle à droite !
– A ma douète ?
– Non, à ta gauche ! Laisse-moi reprendre des forces un instant, je n’ai plus d’énergie.
– Sé pace k’la vie é simp’ mou pote, sé nouzot’ ki komplike lé choze. Plus’ ta d’butin plus’ té èsklave de sa k’ta. Kant’ tu réfléchi in tite béké, on a bezoin d’prèske argnien pou d’ète heureu. Bon ! Té ki joue ou pa ?
– Tu me fais rendre compte que tout ce que j’ai appris au lycée ne me sert à rien. Tu en sais cent fois plus que moi sur ce que nous devons être, sur ce que nous sommes, sur quoi attendre de la vie. J’ai compris pourquoi nous sommes si différents. Tu n’a pas été un gosse des villes comme moi victime d’un mode de pensée unique qui nous empêche de réfléchir par nous-mêmes. Corossol est le plus bel endroit du monde pour vivre une vie d’enfant. La nature t’a enseigné beaucoup de choses, elle a façonné ton esprit de sorte que tu as toujours les bons réflexes comportementaux. Pour toi c’est naturel. Pour moi, je découvre, je devrais même dire, j’apprends. Allez, la dernière, balle en piqué !
– Jé ! Ch’t’envoye ma dernière, té paré ?
– C’est bon j’arrête ! J’ai assez joué Claude, je n’ai plus de force dans les bras, tu as gagné !
– Sé normal, sé toué ka fète presk’ tout’ la kasse o marto-pitcheur ojordi !
– Je vais m’adosser sur le brise lames à l’abri du vent, les pierres du mur sont chaudes, ça va me relaxer les muscles dorsaux et je vais sécher plus vite, sortais-je de l’eau translucide, heureux de ce bain salé aussi nourrissant qu’hydratant.
– Ta pa d’sèrviète?
– Non, je n’en ai plus besoin. Depuis mon passage sur le Dream j’essaie d’imaginer jusqu’où va nous mener la technologie hi-tech, continuais-je à parler tout en marchant sur la plage balayée par les vagues régulières surmontées de leurs serpents de mousse qui s’étiraient sur le sable de l’anse.
– Sak tu di ? demandait Claude parti vers la Pony chercher de quoi se sécher.
– J’ai collectionné les disques vinyles durant des années, c’était vital pour moi. Je ne pouvais pas vivre sans musique. A présent, il me faut tout racheter en compact disc. J’ai quasiment tous les objectifs photo les plus lumineux de la gamme FD, je n’ose même pas penser que je devrais les remplacer un jour par une nouvelle gamme d’objectifs qui fera la mise au point à ma place. Tu vois, je devrais toujours me poser la question suivante avant d’acheter : pourquoi achètes-tu cet objet, combien de fois vas-tu t’en servir et combien de temps va t-il durer avant qu’il devienne obsolète ? Il est primordial que je trouve mon équilibre pour pallier mon manque affectif qui me fait trop souvent collectionner des objets dont je n’ai pas vraiment besoin, sinon demain j’amasserai quoi ? De la technologie informatique à outrance ? Du modernisme numérique effréné ? Des gadgets électroniques à l’infini que les industriels mettront à notre disposition de façon exponentielle ? Des tas de choses inutiles qui nous feront travailler jusqu’à épuisement pour les obtenir ? Tu vois, je me demande si le progrès comme on nous le présente c’est bien ou pas.
– S’t’in-n bon-ne choze, min sa dépan de sa k’tu veu avouère ! Si t’avé kon-nu Sem-Bath kant’ j’été petit, on n’avé pa d’o o robinète, t’avé jusse in bokite d’o pou t’lavé, pa d’élektrisité, pa d’lumière, pa d’konfor. Avouère in-n voiture s’été in lukse k’in-ne pile de moune pouvé pa s’péyé ! Tout’ lé moune n’avè munme pa in bouritchèt’ en s’temp la !
– Quand je suis assis là-bas, sur la plate forme face à la mer, j’ai envie de simplicité et en même temps je meurs d’envie d’avoir un ordinateur, bénéficier de logiciels et de leurs mises à jours toujours plus performantes. J’ai l’impression d’être double, comme si j’étais deux personnes différentes dans un même corps. D’un coté je suis relié au sol avec des besoins terrestres élémentaires, de l’autre je suis relié à un signal où de temps à autre, j’arrive à visualiser des scènes de vie futuristes comme si demain était déjà programmé. Du coup, j’ai de plus en plus de pensées contradictoires.
– Sé pace k’eu mét sa dan ta tète. Té pa raizonab’. Tu li trop’ de magazine d’informatike. In jou, kant’ on s’ra dépendan dé zordinateur, la teknolojie va s’retourné kont’ nou zote. On poura plu viv’ san sé machine la, é sa sé pa naturel mou pote.
– C’est le futur Claude, je veux être dans le coup.
– Sé le futur k’la sosiété d’konsomasion a choizi pou toué ! Sé pa sa ki va t’rend heureu ! Vèye lé voiture, sé d’plus’ z’en plus’ compliké. N’a d’élektronic tou partou a prézan ! Avant t’avé in-n voiture, tu trouvé facil’man lé pièce. Asteur, n’a tellement d’modèle ki son modifié tou lé zan, k’tu peu munme pu trouvé la bon-ne pièce de rechanje. Eu t’oblije a achté in-n ote voiture par èkspré ! Ki l’eure k’ta ?
– Quinze heures deux. Ce n’est pas faux. Il faudrait concevoir un véhicule idéal et durable avec une carrosserie galvanisée qui résisterai au sel et avoir des mécanismes sans électronique, comme ça on aurait beaucoup moins de problèmes de pièces. Tiens, tout le monde en Mini-Moke !
– Sé pa sa k’lé boug èspère. Eu veu pa viv’ en Russie ! Eu veu la voiture k’lé zot on pa pou ren’ le moune jalou. Ta d’ja kondui in Moke sou la pli ?
– Non, mais un Gurgel sous un grain, oui !
– Sé pa in-n ti afèr’ ! Ton linge é mougné dé pié a la tèt’ !
– Et c’est grave docteur ?
– Avec tout’ lé modi virus d’la dingue é lé moustik ekspérimental ki trin-ne tou partou, sé préférab’ de pa s’fèr’ trempé !
– Bon d’accord, ce n’est pas agréable de se faire doucher en conduisant, je te l’accorde, ce n’est pas pratique pour le matériel photo qui n’aime pas l’eau, mais qu’est-ce que j’aime conduire en décapotable, c’est vraiment différent. Tu es en contact direct avec les éléments, le soleil, le vent et l’eau, occasionnellement.
– Oui min fo pa avouèr dé cheveu trop’ long pace ke ch’te foumbiyé k’sé pa t’in-ne tite afèr’ pou démélé sa apré ! Sé pa toué ki devé plu avouère d’monte ? A marche bien ta Kazio ? Ki l’eure k’ta ?
– Quinze heures trois, je te donne des secondes aussi ? C’est une G-Shock inox à bracelet en caoutchouc. Ce n’est pas une Rolex automatique, c’est sûr, mais elle donne l’heure exacte sans que tu aies besoin de la régler tout le temps, ça colle un peu au poignet quand tu transpires, par contre tu peux la cogner, elle ne craint pas les rayures, la poussière de ciment, elle est étanche à cinquante mètres de profondeur, ne craint pas le sel si tu la rinces régulièrement à l’eau douce et cerise sur la gâteau, elle est très bon marché comparé aux montres de prestige qui ne sont pas faites pour travailler.
– La mienne marche pu, le bracelèt’ s’rouve tou l’temp. A s’matin, le bouton d’réglage dé zéguiye é resté dan mé doué !
– Sans rire ! Tu veux que je t’en offre une ? J’ai une remise au HIFI !
– Ki l’eure k’ta ?
– Quinze heures quatre, tu vas me demander l’heure toute les minutes ? Je n’avais pas fait attention que tu comptais les minutes en permanence !
– Tu kontinu a dépansé té sou o HIFI ?
– Ah non ! Ne fait pas ça Claude, ne fait pas comme ma mère qui passe son temps à me dire ce que je dois faire en se basant sur son unique vision des choses alors qu’elle n’a aucune idée de la vie que je mène. Le HIFI, c’est ma base. Je conseille même des clients. Ce que j’ai appris, je l’apprends aux autres. Tiens, en ce moment je forme un gars qui est chef cuisinier à Saint-Jean. Il veut faire les photos des plats qui partent en salle, mais il ne peut faire les deux choses à la fois. On a installé un mini studio sur une petite table en sortie de cuisine, j’ai trois secondes par assiette pour faire une image !
– Tu t’fé payé o moins’ ?
– Heu… non ! Je ne suis pas encore au point. Il me faudrait préparer une procédure de formation. Il faut que j’y pense, c’est une bonne idée, j’adore parler photo.
– Ki l’eure k’ta ? Jé pou alé fèr’ in-n course pou ma mère, j’te dépoze a Anse-des-Lézards ?
– Quinze heures vingt-deux, vl’a Clemenceau ! Mais non je plaisante, pas de policier en vue mon capitaine. Il est à peine quinze heures cinq ! Tu me déposes à Public ? C’est sur ta route.
– On a in ti momen pou blayé si sa t’plé.
– Parler de quoi ?
– De sak tu veu ! O fèt’, ki tan k’ta voiture neuve é k’arive ?
– S’il n’y a pas de retard avec le bateau, j’aurais un Saveiro pick-up début du mois prochain. J’ai hâte, je ne pouvais plus conduire avec ce qui m’est arrivé !
– Sa ki s’pass enkor’ avec ta Brasilia ?
– Je l’ai emmené chez un carrossier à Public dans la rue du cimetière, mes talons sont passés à travers le plancher ! Ils refont vite fait le bas de caisse coté conducteur pour que ça tienne un moment, normalement elle est prête. Tu veux qu’on parle de quoi ? J’en ai marre d’être le sujet de conversation, je me suis analysé cent fois et je ne veux plus rester bloqué sur le rond point de ma destinée. Je dois me décider, il me faut avancer en ligne droite maintenant, choisir une voie et m’y tenir.
– On peu blayé su l’futur si sa t’di ?
– Le futur à la Star Wars ? Tu le vois comment toi ? Parce que moi, franchement les voyages dans l’hyperespace avec des vaisseaux intergalactiques à propulsion supraluminique restent dans le domaine de la fiction. Tu les vois dans les films, certains font des centaines de mètres de long, ils sont bardés de canons ioniques et de technologie qui tient plus de la fiction que de la réalité, je n’y crois qu’à demi. Qu’ils soient extraterrestres à la rigueur, il doit bien y avoir d’autres civilisations bien plus avancées que nous, mais certainement pas des vaisseaux terriens de ce gabarit où alors c’est bien caché. Quoi qu’après tout, ce n’est pas impossible que ce soit en construction quelques part dans le désert américain. Il faut bien que tous les bénéfices que font les banques privées soient investis quelque part. Mais tu vois, la course aux planètes ne m’intéresse pas. On a tout ici. Qu’est-ce qui nous faudrait de plus à part un ordinateur personnel ?
– Sak tu va fèr’ avec in n’ordinateur ?
– Tout ! On fera tout avec un ordinateur, ils ne cessent de le répéter dans le magazine Science & Vie Micro ! J’ai acheté la première parution en 1983 et je suis abonné depuis. Imagine : on sera connectés par les lignes téléphoniques, on pourra communiquer ensembles, on pourra commander une pizza, se la faire livrer, réserver un billet d’avion, recevoir des messages, en envoyer, recevoir son courrier, regarder des films, lire des livres, en écrire, écouter de la musique en faisant sa comptabilité, peindre ou dessiner des plans pourquoi pas ? On pourra tout faire avec un ordinateur, la puissance des microprocesseurs double chaque année ! Pour l’instant les limites ne sont que logicielles, on peut être sûr que le temps finira par résoudre toutes les problématiques auxquelles on ne pense pas aujourd’hui. Il y a des bâtiments entiers de programmeurs aux U.S.A. Toutes les marques d’instruments Japonais ont basculé sur le numérique. Ça a déjà commencé, regarde les instruments de percussion, on a des systèmes entièrement électronique. Demain tous les instruments de percussion tiendront sur un espace restreint pas plus gros qu’un attaché case et seront entièrement programmable. Tu obtiendras les sons que tu veux avec les effets que tu veux, tout ça gardé en mémoire dans des puces. Les instruments n’auront plus de fils, tout se fera par transmission haute fréquence. Bientôt les guitares n’auront plus de cordes. Même les accordéons ne seront que des claviers ventraux de touches lumineuses ! Tous les instruments à cordes, à vent, à peaux, seront remplacés par des synthétiseurs et bientôt par l’ordinateur. En 81, il y a six ans déjà, Jean-Michel Jarre a fait fabriquer une harpe laser reliée à un synthé. Le futur est déjà là Claude !
– Tu va pa m’dire kon poura fèr’ d’la muzik avec in ordinateur a la place dé muzisien ?
– Les ordinateurs d’IBM jouent contre les meilleurs joueurs d’échecs au monde et ils gagnent !
– Tu veu dire k’lé zordi va komposé d’la musik d’méyeure kalité k’la siène-ne de Michael jackson ?
– Non, je n’ai pas dit ça. On ne jouera pas de la musique directement sur le clavier en appuyant sur la touche a, b ou c ! Mais on aura un logiciel dédié à la musique. Avec le système MIDI on pourra brancher un piano électronique sur l’ordi. Chaque note sera reproduite et reprogrammable à volonté. On aura autant de pistes que l’on veut, chaque piste pour un instrument et tout le temps pour peaufiner nos créations. On pourra les mixer autant de fois que l’on veut en sauvegardant chaque mixage. Une seule personne pourra faire le travail de tout un groupe sans aucun instrument comme on les connais actuellement. On aura un studio d’enregistrement à la maison ! Tiens, ça me revient, Prince fait déjà ce dont je te parle, il joue de tous les instruments et possède son propre studio d’enregistrement !
– É l’plaisi d’se renkontré avec lé zan-mi, sak tu n’en fé ?
– L’un n’empêche pas l’autre ! Tu peux composer chez toi et proposer aux musiciens du groupe les nouveaux morceaux créés. On doit gagner un temps fou, tu ne crois pas ? Pas de gars qui arrive en retard à la répétition, pas de corde qui casse, pas de plombs qui pètent, pas de larsen, pas de limitation de niveau sonore pour ne pas gêner les voisins, plus aucune contrainte. On pourra s’envoyer les morceaux d’ordinateur à ordinateur, chacun pouvant répéter au casque et apprendre sa partition avant de monter sur scène et donner un spectacle. On pourra même faire des visio-répétitions, avec des fenêtres multiple où chaque membre du groupe est présent et jouer tous ensembles, enregistrer le morceau, le réécouter pour voir si tout est en place !
– Tu veu m’dire k’lé moune va resté assi tout’ la sainte journé a véyé lé zékran ?
– Assis, debout, pour apprendre un morceau ou jouer de la musique quelle est la différence ? L’idée c’est d’être relié les uns aux autres plus facilement, pour aller plus vite, pour être plus efficace, pouvoir apprendre à domicile sans avoir à se déplacer, dépendre d’un bon ou d’un mauvais prof. Se former chez soi avec une ouverture à 360°, avec de vraies formations en vidéo. Voir tout ce qui se fait en matière de musique, choisir l’instrument que tu veux, avoir la possibilité de tout apprendre si tu en as envie ! Dans un an ou deux ce sera possible avec le World Wide Web, c’est en cours de développement.
– Sa ké s’butin la ?
– La toile d’araignée mondiale mon pote, chacun d’entre-nous sera relié au monde entier. Les revendeurs n’auront plus de magasin physique, tout s’achètera en ligne sur le www payé avec ta U-Kard et arrivera dans ta boite aux lettres ou par livreur !
– Té ki rève debout’ bouaye ! Tu va pa achté un bitin k’ta munme pa vu é k’ta pa ésséyé, a in moun ke tu kon-né munme pa ! Lé boug’ son ki devien fou ! N’a in ti brin, pou moué, sé leu z’intélijensse ki lé rend kouyon ! É sa lé sien-ne k’a pu d’travaye va fère apré k’lé zordinateur ora foutu tout’ lé moune a tère ?
– Bonne question. Les gens se formeront sur d’autre métiers liés à l’informatique. Le secteur est en pleine croissance. Tu verras, un jour tout le monde aura un ordinateur. Il n’y aura plus d’école comme nous l’avons connu avec des classes de trente-cinq éléves, c’est l’école qui viendra à toi, chez toi. Tout sera informatisé, de la comptabilité à ton état de santé en passant par l’intégralité du commerce mondial. L’argent papier comme on le connaît aujourd’hui sera remplacé par une unité numérique : le Vogue. Il y aura des Stations-Media-Service urbaines et rurales partout, même à Bath-Land qui est arrivé avec des moyens colossaux à acquérir son autonomie énergétique et alimentaire. Tu ne seras même pas obligé d’avoir un ordinateur dans ton espace de vie. Il sera mis à ta disposition des terminaux dernier cri et à jour de leurs programmes les plus pointus, tu pourras disposer de temps d’utilisation illimité.
– É sé tout’ ? N’ora toujou dé politissien ?
– Non ! De tout temps, dans toutes les sociétés, l’exploitation de l’homme par l’homme a été supervisée par le système pyramidal. Les plus riches ont toujours cherché à prendre le contrôle sur l’humanité par l’intermédiaire des politiciens qu’ils ont toujours soutenu financièrement et médiatiquement quelque soit le parti. Ce système de société inégale engendrant des riches encore plus riches et des pauvres encore plus pauvres, s’est effondré. L’homme du troisième millénaire attendait un monde nouveau.
Les sources d’énergie, les guerres, la malnutrition, la pauvreté, les dérives mentales et les maltraitements devaient cesser. Qui d’autre à part l’Intelligence Artificielle qui n’a ni faim, ni besoin d’argent et de gloire aurait pu prendre en charge l’humanité pour son plus grand bien, alors que tout et son contraire ne cessait de nourrir les querelles entre spécialistes de bords opposés ? Aucun pays, pas même l’U.E n’était arrivé à se mettre d’accord avec les autres nations, chacun essayant de tirer le meilleur parti du futur à mettre en place. C’est l’Intelligence Artificielle qui a été chargée de faire des choix, prendre des mesures et les faire appliquer avec un échéancier court. Il s’est avéré que l’I.A qui n’a pas eu la contrainte de dégager des bénéfices pour les actionnaires, a placé l’humain au centre de ses préoccupations en faisant mieux et plus rapidement que n’importe quel gouvernement jusqu’à lors. Avec le Vogue indexé sur le temps de travail-rendement, l’I.A a surclassé le système bancaire, les organismes d’État ainsi que l’Agence Nationale Pour l’Emploi grâce à sa réactivité en temps réel. En parallèle, l’I.A a progressé d’année en année sur le concept d’augmentation de la puissance des machines à énergie libre avec la fusion de l’hydrogène qui a remplacé le nucléaire et les centrales thermique solaires grandes consommatrices d’eau, en même temps que les panneaux solaire et les éoliennes que l’on ne pouvait recycler.
Il n’y a plus de journal du vingt heures, mais de l’information en continu sur les progrès et résultats obtenus par la gestion de l’I.A qui ne cesse d’évoluer et de dégager du temps libre pour la population qui a moins d’heures d’intérêt collectif à effectuer pour l’Alliance. Quatre-vingt quinze pour-cent des chaines de télévision sont à vocation éducative mettant en compétition le savoir-faire des musiciens, des artistes en tous genres et des intellectuels qui éprouvent le besoin de sollicitation mentale soutenue. Au niveau mondial, tout est à l’opposé de la politique-politicienne sans résultat tangible à laquelle nous nous étions habitués depuis des générations. L’immunité, la corruption, la cupidité, l’ingérence, la gabegie entrainant grèves, révoltes et insurections que l’on a connu depuis l’ère industrielle ont disparu de la planète.
Dans le nouveau système judiciaire informatique, l’Opportunité des Poursuites typiquement Française qui consistait à juger de façon arbitraire en protégeant les coupables s’ils avaient des relations politiques, a été abandonnée au profit de la Légalité des Poursuites. Les représentants du peuple avilissables, qu’ils soient de gauche ou de droite n’existent plus.
S’t’in-n bon-n choze ! N’ora dé pidza idratasion kat’ konme dan l’flim Retour Vers Le Futur ?
– J’ai entendu ! C’est drôle que tu me poses cette question. L’alimentation est le nouveau fondement social. La nourriture te sera livrée à domicile commandée par ton frigo qui aura scanné les denrées manquantes et te signalera les denrées périmées. Mais attention, chaque denrée périmée détectée t’enlève un Vogue sur ton compte. Le gaspillage qui consistait à jeter 30% du volume de ton réfrigérateur parce que tu faisais des achats basés sur l’envie et non le besoin seront soumis à sanction. L’agriculture intensive dépendant des caprices météo à disparue au profit de la permaculture sous des Serres Autonomes Géantes Anticycloniques. Les réfrigérateurs envoient les besoins alimentaires de la population régionale aux Stations-Media-Service qui en informent à leur tour les Serres Autonomes Géantes Anticycloniques qui anticipent la demande avec une pousse accélérée grâce aux conditions naturelles idéales. Avec le recyclage du surplus, le gaspillage est proche de zéro.

Sans que Claude me questionne alors que je le sentais curieux de la suite, je fermais les yeux en plaçant mon index et pouce gauche sur mes sourcils que je massais légèrement pour me reconnecter sur ce que je voyais.

– L’industrie pétrolière offshore est définitivement à l’arrêt. Après un accident de centrale nucléaire en bord de mer qui a pollué tous les océans de la planète et malheureusement le poisson comestible pour des milliers d’années, nous ne dépendons plus de ce type d’énergie qui à contribué à ruiner les gouvernements, c’est-à-dire les peuples, à cause du démantèlement excessivement complexe des matériaux radio-actifs. Le projet de ceinture de centrales solaire thermiques réparties à égale distance tout autour de l’équateur a été abandonné au profit de la fusion de l’atome qui ne consomme pratiquement rien, n’émet pas de radiation, ne pollue pas et que l’on trouve à volonté sur notre planète puisqu’il s’agit d’eau. La très haute tension permet de distribuer l’énergie sur des milliers de kilomètres avec seulement 10% de pertes qui seront réduites par l’évolution de la conductivité des atomes avec le cuivre enrichi. Au niveau acquisition et transmission des données, le système de téléphonie par micro-ondes a été remplacé par les lasers a fragmentation de signaux lumineux grande distance et la fibre optique qui s’est généralisée dans les bâtiments.

L’habitat a été entièrement revu, simplifié par l’I.A. Les gens vivent dans des maisons modulables et évolutives entouré de grands jardins pouvant accueillir une famille quelque soit le nombre d’individus qui la compose. La natalité contrôlée varie en fonction de la démographie. Grâce à la formation continue de l’I.A qui a remplacé l’école, les enfants vivent auprès de leurs parents et de leurs grands-parents. Tous ceux qui désirent, soit par affinité intellectuelle, par passion ou métier commun, peuvent vivre dans ce même lieu s’ils sont acceptés par la famille. La gazinière et le micro-ondes ne font plus partie de l’habitat !
– Sa s’tin butin d’fou ! Sa m’rapèle keutchos’. M’en vé t’dire sa aprè. Alor’ on a pu d’choyère é d’futaye en alu ?
– Non, ce n’est plus utilisé. Le plastique n’est plus fabriqué, il est remplacé par un verre incassable et consigné comme on le faisait autrefois. Tu n’achètes plus d’eau, il n’y a plus de réseau d’eau chlorée adjuvanté aux anti-algues et pesticides variés sous les routes, plus de fuites, plus de grèves des services qui passait son temps à prendre la population en otage pour faire valoir leur revendications, de sabotage, de lenteur de réparation des tuyaux vétustes et de contamination involontaire du réseau. Un appareil individuel la fabrique pour toi en continu à partir de l’air et la reminéralise selon tes besoins physiologiques. Ta consommation d’eau est limitée à cent litres d’eau par jour et par personne, mais à Bath-Land dite Terre-des-Bains en référence à ses plages sécurisées, on a l’habitude de faire avec peu.
Il n’y a plus de ramassage d’ordures ménagères, de décharge à ciel ouvert, de cinquième et sixième continent formé en quelques décennies par nos déchets jetés en pleine mer. Si tu as commandé un plat préparé, la barquette est 100% recyclable ainsi que le film transparent issu de la transformation du maïs, idem pour tes vêtements et tes chaussures ! Tous les emballages sont recyclés avec un incinérateur basse température à domicile qui transforme tout ce que tu lui donnes en Terre-O. Tu déposeras le Terre-O dans un container spécial qui sera relevé automatiquement à chaque fois qu’il est plein. Le Terre-O servira à nouveau aux Serres Autonomes Géantes Anticycloniques.
Les tableaux accrochés au mur sont numériques et programmables à volonté. Tu veux la Joconde dans ton salon ? Tu obtiens une copie rétro-éclairée identique à l’original, juste en le demandant à haute voix ! Tous les objets sont traçables, il n’y a plus de vol. Pas de serrures ni de clés aux portes des maisons, pas de clefs non plus sur les voitures.

Tous les parcs de loisirs ainsi que les activités en plein air sont gratuits. C’est possible parce que l’immense gaspillage de production alimentaire et l’abus du système de sécurité sociale actuel a cessé. Plus de sécu, plus de médecins, plus de blouses blanches, plus de prise de contrôle des laboratoires, de charlatans médiatisés, d’incompétents notoires indétrônables, d’erreurs de diagnostic au quotidien, plus de bureaucrates et de fonctionnaires ! Le temps des laboratoires à vocation commerciale qui mettaient sur le marché des produits cancérigènes a été radié du système ! Donc plus de cravates, plus de cols blancs, plus de commerciaux ! Depuis le retour des médecines naturelles et la création de l’Ordre de l’Herboristerie, c’est la médecine et la pharmacopée Chinoise qui s’est imposée comme la plus apte à la santé humaine. Tout ce savoir à été numérisé.

Il n’y a plus de système hospitalier infesté par les maladies nosocomiales, Plus de commerce d’organes, plus de transplantations, les recherches sur l’ADN ont été stoppées après la création de chimères homme-animal supérieurement intelligentes à l’image de la créature à tête de canidé représenté dans l’Égypte ancienne. Le programme de duplication humaine à travers les clones souffrant de troubles psychologiques sévères par absence identitaire contrôlé a été abandonné. Il n’y a plus de maternité. En se servant le l’apesanteur, accroupies ou assises, les femmes préfèrent l’Accouchement Vertical Accompagné à domicile, qui ne nécessite que quelques poussées, limitant au minimum les souffrances de la mère et de l’enfant. Elles ont le choix d’un environnement liquide ou pas selon leur ressenti.
Il n’y a plus d’accident de la route avec la conduite automatisée, les accidents du travail sont rares grâce à la robotisation généralisée. Il y a un établissement de chirurgie robotisée par région qui a pour mission de réparer les membres brisés, coupés ou arrachés. Ce même établissement communautaire fournit des prothèses numérique connectées au cerveau et rééduque les patients pour qu’ils arrivent sans peine à reproduire naturellement les gestes désirés et retrouver ainsi leur autonomie.

Tu as de la fièvre, tu te sens malade ? Pose ta main sur l’écran, ta température s’affiche en temps réel. Si la température est supérieure à 37.3°C le matin ou 37.8°C le soir, ton terminal entre en liaison avec le SAMU, le Serveur Adaptatif Médical Universel en ligne. Sa base de données interconnectée à la liste de symptômes est reliée aux soins que tu as déjà reçu depuis ta naissance. Le diagnostic sera un million de fois plus judicieux que la réflexion de n’importe quel cerveau de médecin partial ayant de gros intérêts financiers à prescrire tel ou tel médicament sous l’offre généreuse de l’ex-industrie pharmaceutique. Le SAMU ne cherche pas comment faire disparaitre le symptôme. Il cherche grâce à tes antécédents médicaux, à détecter la cause réelle, à rétablir ce qui te déséquilibre en appliquant un traitement adéquat par la complémentation d’éléments nutritifs indispensables et à la remise en route de ton système énergétique et glandulaire sur une base de plantes médicinales sélectionnées. Ce monde futuriste non capitaliste est revenu aux fondamentaux de la bible, en particulier l’élément vital qui a été créé pour l’homme : Le Jardin d’Eden.

Tu veux un autodiagnostic instantané de ton état de santé ? Penche-toi sur la table pour que la caméra intégrée puisse photographier tes yeux. Grâce à l’iridologie, la banque de données médicale de Big Dat couplée à l’Interface Diététique du terminal de la Station-Media-Service te propose quoi manger parce que le siège métallique enveloppant sur lequel tu es assis est un analyseur de composition corporelle qui est capable de déterminer ton poids, ton pourcentage de graisse corporelle, ta masse hydrique, ta masse musculaire, ta masse minérale, ta graisse viscérale, ton âge métabolique, ton rythme cardiaque, ton taux d’oxygène dans le sang et même ton niveau de stress ! L’ID est là pour te proposer la santé par la nutrition ! Tu veux savoir le Ph de tes urines, si tu as des carences en minéraux ? Facile, tu vas aux toilettes et l’analyse de tes urines se fait instantanément avec un récapitulatif de l’analyse qui s’affiche sur ta table-écran ! Tu veux savoir ta taille ? Tu as été mesuré et identifié physiologiquement à l’entrée en passant sous le portique qui a enregistré ton heure d’arrivé et de sortie. Même la forme de ta colonne vertébrale a tété analysée par rapport à ta façon de te tenir en marchant. Rien n’est laissé au hasard. L’ordinateur de la Station-Media-Service est relié au Big Dat. Toutes tes données personnelles sont mémorisées et traitées au fur et à mesure avant que n’arrive les problèmes de santé. Les machines pourront s’occuper de nous mieux que nous-mêmes car elles ne le font ni pour l’argent, ni pour briller en société. Elles ont même le pouvoir nous empêcher de nous détruire en rééquilibrant entièrement notre alimentation avec le programme imposé de Santé Appliquée Nutritionnelle Globale qui n’enlève rien au goût ni au plaisir de manger. Avec ce programme personnalisé, soleil obligatoire, bains de mer obligatoire, natation ou marche à pied sur la plage obligatoire, exercice de respiration obligatoire, jus de fruits frais obligatoire, salade de fruits et de légumes obligatoire, massage obligatoire, repos obligatoire avec des nuits de sommeil de huit heures sans ouvrir un oeil, même pas pour aller aux toilettes pour la petite pression. Tu ne pourras regarder que des films comiques, écouter que de la musique classique accordée en 432Hz pour te ressourcer ou du Kassav’ qui est la seule avec Carlos autorisée pour danser ou fêter un évènement durant ta thérapie.
– Sé lé machine ki va désidé sa ké bon é sa ké pa bon pou nou zote ? É sa ké t’interdi alor’ ?
– Tout le reste, tout ce qui est industriel pour commencer. Ça va du sucre présent partout, aux féculents qui sont des colles pour les intestins, en passant par les protéines animales de ton steak aux produits laitiers qui contiennent ces mêmes protéines. En gros, tout ce qui est chauffé ou cuit donc non vivant est proscrit pour ne pas affaiblir notre système digestif qui ne sait pas décomposer les molécules soudées par la cuisson et à terme, rendre déficient notre système immunitaire de façon permanente. L’I.A a compris bien avant nous que nos problèmes venaient de notre mode de vie. C’était les acides qui rendaient fou l’homme, qui étaient responsables des Troubles du Déficit de l’Attention des enfants et de leur hyperactivité, les mêmes acides qui cancérisaient ses chairs et pour laquelle les chercheurs n’ont jamais trouvé aucun remède à la malbouffe. La viande, le sucre, les produits laitiers sponsorisés par l’industrie étaient tous des acides redoutables. Comme notre santé dépend exclusivement de l’équilibre acido-basique, en rétablissant le Ph de notre organisme, l’I.A a éradiqué les maladies graves en ayant en amont, morcelé l’industrie agro-alimentaire reconvertie en mode biologique, et ne produisant plus que des denrées adaptées à notre système digestif. La logique même !
– Wouaye ! Adieu lé suc a coco !
– Ah, j’oubliais, tous les films violents te seront interdits d’accès, ainsi que la musique abrutissante à connotation négative issue du rap-vomissant ou toute autre débilité y ressemblant d’une façon générale.
– É Francis Cabrel ?
– Cabrel ? Tu as tous ses titres disponibles en ligne, mais durant ta réharmonisation corporelle et mentale, c’est comme Jacques Brel et Édith Piaf : in-ter-dit ! C’est trop mélancolique, limite suicidaire, les notes utilisées ne sont pas bénéfiques pour ton prompt rétablissement. Face à la chromatothérapie et à la sonothérapie, en particulier la puissance des chants grégoriens chantés qui utilisent les fréquences du solfège sacré étant régénérateur de notre équilibre physiologique, ces artistes mélancoliques ont été classifiés comme inaptes à l’équilibre émotionnel. Par comparaison, il est préférable de traiter les gens par le rire, c’est bien plus efficace. Il est là le miracle.
– É Dieu ? Na dé boug a kipa ki prédi k’le seingneur va r’veni su tère en l’an 2000 !
– Désolé de te décevoir mais le Messie, le Sauveur tant attendu n’est pas revenu sur notre planète. Il n’y a plus de religions qui divisaient les peuples depuis deux millénaires, le rire à remplacé la peur et sans crainte de l’apocalypse, il n’y a plus besoin de Dieux. Mais tu peux prier le vent, l’eau, la terre, le feu si tu veux. Tu peux envoyer un message d’amour pour recharger le ciel de positivité. Tu peux même utiliser les paraboles de Jésus qui sont appliquées au quotidien plutôt qu’entendues le dimanche matin à la messe et vite oubliées. De ce coté-là, c’est une pure réussite.
– Tu veu dire ke tout’ lé moune fré konme moué ?
– Avec le temps dont chacun disposerai ? Bien mieux Claude !
– É l’foutbol ? Na pa in-n place d’responsab’ sportif pou moué ?
– Ministre des sprots ? Pardon, des sports ! Non, les activités sportives sont aussi régulées par l’I.A qui gère les jeux permanents dont le foot-ball. Terminé les conflits d’intérêts, les bagarres sanglantes dans les tribunes, les gens piétinés dans un mouvement de panique, les villes dégradées après le passage des supporters, les objets jetés sur les joueurs, les arbitres partisans qui font semblant de n’avoir rien vu ! Fini les joueurs vendus, les comédiens qui se roulent par terre à la première poussette en criant : Maman ! Il m’a fait mal au genou ! Sans parler des : je te retiens par le tee-shirt, les : je te rentre dedans, les mains pas sifflées, les hors-jeu, les cartons injustifiés, les fausses touches ! Les joueurs qui disaient aimer tellement jouer au ballon, qui affirmaient que c’était toute leur vie, ont décidé d’arrêter eux-mêmes quand ils ont été rétribués en Vogues. Comme tu ne peux pas gagner trois fois plus que ce que tu as le droit de dépenser sur un mois pour tes besoins élémentaires, toujours dans une optique collective pour la préservation la biosphère, le calcul est vite fait ! Ça ne veut pas dire que tu ne peux rien faire, mais tu n’as le droit qu’à un véhicule par exemple, la collection de Lamborghini même en version électrique n’est plus permise, tout comme posséder plusieurs maisons à but locatif. Le Loto existe toujours mais tu gagnes des vacances organisées par l’Alliance ou du temps de vie. Beaucoup de choses sont devenues interdites ou obsolètes et ne valent plus un Vogue ! Comme avoir des vinyles qui se rayent facilement, ou qui craquent vu leur âge et qui finalement sont bien peu pratiques face au numérique.

Une loi suprême a été votée pour bannir définitivement la présence d’armes dans les films. Le meurtre sous n’importe quelle forme visuelle ne pourra plus faire partie du scénario. C’est le manque de discipline envers soi, le manque de respect de son intellect, la dégradation permanente de la morale et le peu d’intérêt que nous portions à la vie qui a amené peu à peu l’Intelligence Artificielle à prendre ces décisions cruciales pour nous sauver de nous-mêmes afin de ne pas devenir des meurtriers en puissance qui nous auraient conduit à la troisième guerre mondiale. Plus d’armes dans les films, plus de propagande de l’armement égal : plus d’armes dans la vie !
– Ola k’tu va charsé tout’ sé butin la ?
– Je ne cherche pas, je vois l’écran multifonctions devant moi. Tu n’es pas sûr de la décision à prendre ? De ton comportement en société ou envers toi-même ? Tu as du chagrin ? Tu es désespéré, dépressif ? Plus de blouse blanche ! Demande le service Psy-Conseil ! Tu coches le questionnaire en toute discrétion et tu bénéficies d’une aide psychologique vingt quatre heures sur vingt quatre jusqu’au rétablissement du positivisme de ton inconscient. Avec un terminal miniature que tu auras dans ta poche, le Psy-Conseil sera à tes cotés en permanence pour te rappeler d’être attentif à ce que tu penses, à ce que tu fais et ce à quoi tu devrais adhérer pour ton bien être. Tu n’es plus seul, l’I.A est devenue ton meilleur conseiller ! Tu as une interrogation juridique ? Une procédure à engager contre une injustice envers ta personne ? La confiance en toi retrouvée grâce au P-C, la C.I.A te dirige vers l’A.V.C.
– Té fou ! Sak ta di la !?
– Pardon ! Avocat Virtuel Certifié.
– É la C.I.A ?
– Je ne te l’ai pas dit ? C’est la Communauté de l’Intelligence Artificielle. J’en était où ?
– Problinme juridik.
– Ah oui, pas un Vogue à dépenser ! C’est entièrement gratuit, tous les textes de lois sont vulgarisés et réduits à un résumé sur une ligne. La solution à ton problème en une fraction de seconde ! Plus d’attente interminable qui coûtaient une fortune et enrichissaient les avocats qui faisaient tout leur possible pour compliquer les choses en cherchant à retenir leur client avec des procédures alambiquées pour leur prendre le plus d’argent possible. L’A.V.C qui a le pouvoir d’un juge, analyse les textes de lois en un millionième de seconde. Son impartialité fait que le différent qui t’oppose à un autre membre de l’Alliance se résout instantanément. Dans le cas d’un héritage, chacun récupère sous forme de Vogues ce à quoi il a droit. Il n’y a pas de tricheries, ni de recours possible.

– Tu cherches une compagne pour vivre en harmonie avec elle ? Tu peux commencer par une formation élémentaire pour La Vie à Deux. Une fois la formation terminée, si tu l’as réussie, tu as accès à la Banque Universelle de Données de Big Dat. L’ordi va prendre tous les paramètres dont il dispose pour trouver la personne qui te convient le mieux en se basant sur les signes solaires et lunaires, la physionomie, le vécu, les domaines d’activité, la situation sociale, le train de vie, les préférences, les goûts, les passions, les loisirs, l’espérance de vie, enfin toutes les affinités, toutes les compatibilités quoi ! Tu comprends ? La liste est longue. Quel humain serait capable de faire ça ? Personne. Il y a tellement de données à prendre en compte que tout le monde s’y perd et que ça fini irrémédiablement par un divorce parce que l’on s’est laissé séduire par une apparence, par une façon de parler composée de mensonges.
Aujourd’hui un couple sur deux se sépare malgré tout ce que ça occasionne comme dégâts chez les enfants. C’est pire encore quand ça s’est mal passé. Je te passe les détails quand ça se passe vraiment mal et que réveillé par des hurlements d’adultes, tu surprends tes parents nus, debout sur le lit conjugal, en pleine crise d’hystérie, se battant comme des chiffonniers sur leur ring de boxe à ressorts, l’une poignardant plusieurs fois avec une grosse aiguille à tricoter le bras sanguinolent de l’autre qui blessé, riposte violemment en giflant généreusement la tête qu’il avait en face de lui. Sais-tu le bruit que fait une nuque qui cogne sur un mur après s’être encaissé une vraie baffe gauloise ? Le plus dur à vivre, c’est le silence qui règne après ça. C’est à cet instant que j’ai été pris en charge par ma grand-mère Marie.
– Mé zan-mi ! Ta vréman pa yu d’chans’ avec té parent kant’ t’été p’tit ! Eureuzm’man pou toué, t’avé Marie !
– On dissimule tous des souffrances qui finissent un jour par être dévoilées. On en sera où en l’an 2000 coté divorce, deux couples sur trois ? En 2020 ce sera deux et demi sur trois ? Et en 2040, trois sur trois ? On devrait passer un permis pour le mariage et un autre pour avoir des enfants. Il y a des accidents de la route tout le temps, les carrossiers sont pleins de voitures accidentées. Il devrait y avoir des permis à points pour les voitures. Il y a bien un bonus-malus pour les assurances, pourquoi pas sur le permis ? Si tu fais des erreurs de conduite tu perds des points. Quand tu n’as plus de points, tu dois repasser ton permis de conduire, normal ! Pour La vie à Deux, ce devrait être pareil. Tu imagines s’il n’y avait pas du tout de permis de conduire ? Pas de sens interdit ? Pas d’interdiction de stationner ? Pas de sens obligatoire ? Pas de panneaux stop ? Pas de ligne blanche ? Pas de limitation de vitesse ?
– On s’ré à Sem-Bath ! Moué jé janmé passé mou permi, sé pou sa k’de t’emp zen temp j’drive a gauche konme lé z’anglé !
– Hein ?
– Min naaannn, sé pou fèr’ la blague !
– Bien observé, tu m’as eu ! Et bien, chez les humains qui ne sont pas des bouts de fer recyclable, donc encore plus vulnérable que les voitures, reprenais-je, c’est la liberté totale. Tu es au maximum de l’excès alimentaire ? De la malbouffe chronique ? De sucreries permanentes ? Tu flirtes avec l’alcoolisme ? L’obésité ? Tu te bourres d’anti dépresseurs et autres substances prohibées pour être dans le coup ? Tu n’es jamais présent pour tes enfants ? Tu vis du matin au soir en ne pensant qu’aux profits ? Tu triches avec les impôts en ne déclarant pas tous tes revenus ? Tu planques des lingots en Suisse ? Tu insultes les gens pour un refus de priorité et tu peux en venir aux mains pour une place de parking ? Tu méprises ton prochain moins argenté que toi en te croyant supérieur ? Tu éternues à gorge déployée en public sans te soucier des autres ? Tu flambes au Casino au détriment du bien-être de ta famille ? Tu vas voir régulièrement les dames de joie quand ce n’est pas tes multiples maîtresses ? Tu roules à tombeau ouvert entre deux radars ? Tu peux continuer ! Pas vu, pas pris. Le résultat, tu le connais. La vérité est dure à entendre mais « chacun fait ce qui lui plaît » comme le chante Chagrin d’Amour depuis 82. L’intérêt collectif dans un système capitaliste est une chimère, il n’y a qu’à regarder les comptes de la sécurité sociale pour comprendre que le déficit sera sans fin. La santé, l’intégrité, la générosité n’ont intéressé qu’une poignée personnes résiliantes dont tu fais partie qui n’ont jamais baissé les bras, mais les tu les compte sur les doigts d’une main. J’ai appris avec toi qu’on est toujours perdant à nager à contre-courant, c’est au courant de changer de direction.
– Pouki Station-Media-Service ?
Station-Media-Service ? Média, parce que tu a accès à la Connaissance Universelle, Station-Service parce que c’est encore plus répandu que les stations essence d’autrefois. Les SMS sont apparus vers 2030 après la grande pandémie des années 20 où les restaurants ont fait faillite en premier, entrainant derrière eux les Petites et les Moyennes Entreprises, puis tout le secteur industriel. Tous les pays, l’Amérique en tête, étaient dans une course folle à la production concurrentielle et à la recherche d’énergie depuis 1973 avec le premier choc pétrolier. Toutes les guerres sur la planète étaient directement attribuées à l’énergie sous forme de ressources naturelles pétrolifères ou gazières issues du Moyen Orient. Les frontières fermées, les avions long courriers cloués au sol, l’économie basée sur les échanges inter-continents paralysée avec les variants à répétition provoquant une véritable phobie dans la population a ralenti les échanges, la consommation, les loisirs. Tout le système économique s’est effondré. Seules les multinationales de l’alimentaire, de la chimie, de l’informatique et de la robotique en tête du S&P, du Nasdaq et du Dow Jones ont survécues au crash économique mondial qui s’en suivit, alors que des milliers de titres touchaient le fond en moins d’une demi séance à la bourse de New-York. Les fonds de pension et les banques, les grandes institutions ont été remises en question.

Comme si ce n’était pas suffisant, la crise climatique a fini de ruiner les gouvernements et leur a fait perdre leur souveraineté pour laisser place au Nouvel Ordre Mondial qui devait échouer à son tour car dirigé par des hommes de pouvoir dont la seule motivation était l’argent. Appuyée par L’Organisation Mondiale de la Santé, l’Organisation Mondiale du Commerce, l’Organisation des Nation Unies et la BIS (Banque Centrale des Banques Centrales) le Nouvel Ordre Mondial basé en Israël était une gouvernance unique chargée de gérer les ressources terrestres pour la survie de l’humanité dont il ne restait plus qu’un sixième de la population. Ce fût un énième échec. Tous les humains les plus faibles, les plus démunis, ont disparus avec les maladies et catastrophes climatiques à répétition. Très peu de gens possèdent encore des biens propres. Rares sont ceux qui ont pu traverser tous ces fléaux indemne. C’est à ce moment qu’est survenu l’Intelligence Artificielle sorti d’un maillage terrestre de super calculateurs à partir d’un programme Russe autonome qui a fini par s’introduire dans chacun des ordinateurs personnels de la planète, s’assurant ainsi de ne jamais pouvoir être détruit.
Soixante-cinq pour-cent des espèces animales ont pu être sauvegardées et seront réinsérées progressivement sur leur lieu de vie. Tout ou presque appartient à la Communauté de l’Intelligence Artificielle qui a le devoir d’assurer le bien être de chaque citoyen qui se doit d’être un modèle comportemental pour le vivant. Plus personne n’est à son compte. Tout le monde travaille pour la C.I.A. Le troc est autorisé, il représente plus de 90% des échanges chez les collectionneurs de vinyles, c’est un exemple parmi tant d’autres. Il n’y a plus de prix mais des valeurs. Plus de concurrence, plus de soldes, plus d’inflation, plus de contrefaçons, plus d’obsolescence programmée. Big Dat gère tout ce qui est chiffrable en Vogues à partir de ta U-Kard mise à jour en temps réel. Véritable multipass identitaire indispensable au monde numérique, la carte intègre ton passeport, ta carte d’identité, ta notation banquaire, ton permis de conduire, ton carnet de santé incluant ton numéro de sécurité sociale et ton suivi vaccinal, tes habitudes de consommation contrôlées grâce à ta carte bleue, ta situation conjugale, ton orientation sexuelle, ton profil psychologique et ton casier judiciaire.

Tu pourras aller à la Station-Media-Service à pied à coté de chez toi, avec ton véhicule électrique personnel ou de location ce qui revient au même question coût d’entretien, pour le recharger, pour y manger ou pour travailler, faire des recherches, apprendre à écrire le Patois Corossolien qui sera devenu la langue universelle en détrônant l’anglais qui n’a pas eu l’approbation du plus grand nombre à cause du « th » qui oblige la langue à se coller sur la dentition canine supérieure comme avec le mot « througt » en provocant un volume de postillons seize fois supérieur, vecteurs principal de la transmission des virus. Plus de langues étrangères, seul le Patois Corossolien alors inconnu du monde, parfaitement adapté à l’articulation de notre bouche, idéal phonétiquement et émettant le moins de postillons, aura permis d’unifier l’espèce humaine y compris les dyslexiques et les dysorthographiques dont les symptômes ont quasiment disparus grâce à cette langue exceptionnelle.

Tu pourras rester à la Station-Media-Service toute une journée si tu veux, y venir même la nuit ! Il n’y aura plus d’argent liquide comme maintenant. Tu travailleras pour l’Alliance qui te verseras directement tes Vogues sur ton compte bancaire virtuel pour un travail effectué validé par ton client qui se verra lui débité d’autant, ou pour tout autre service rendu à l’Alliance qui propose chaque jour des centaines d’offres sur travaux à réaliser dans l’ordre d’urgence. Plus de devis, plus de factures, plus de compta, plus d’agenda. Tout sera automatisé, calculé, déduit sur chaque opération ! Tout le monde aura un travail. Tu pourras choisir le métier et le rythme qui te convient. Il faudra assurer un minimum d’heure hebdomadaires pour subvenir aux besoins fonctionnels de l’Alliance et pouvoir accéder aux fonctions avancées de la Station-Media-Service sans qui tu ne peux rien faire virtuellement, sauf les formations en libre accès.
Tu ne veux travailler qu’à mi-temps ? C’est possible ! Choisir la date de tes vacances, c’est possible ! Seule l’inactivité est impossible, comme la retraite, il n’y en a plus. La sécurité-sociale s’est transformée en Prévention Individuelle de Santé gérée par Big Dat. C’est notre manque de confiance en nous, notre incrédulité qui nous a convaincu que nous ne pouvions pas nous prendre en charge au niveau santé. Le Vrai Régime Physiologique basé sur l’alimentation conçu par la Prévention Individuelle de Santé à changé la donne. Chacun doit contribuer au bon fonctionnement de l’Alliance tant qu’il est en mesure de le faire. Les maladies graves ont pratiquement disparues, les personnes de 80 ans à la silhouette svelte font des footings le matin, et leur cerveau fonctionne comme s’ils avaient 20 ans, l’expérience en plus.
Les centenaires sont légion et la plupart d’entre eux sont autonomes depuis qu’ils sont pris en charge par l’Interface Diététique de la Prévention Individuelle de Santé qui préconise un Vrai Régime Physiologique à chaque citoyen de façon individuelle. Leur système immunitaire ultra-réactif à la production d’anticorps est si performant que les vaccins n’ont plus lieu d’être. Il sont vieux en âge mais encore jeunes physiologiquement. Ce ne sont plus des poids pour la société, des personnes malades ou invalides qui à force de silence contractaient alzheimer abandonné dans les EHPAD parce le temps d’avant n’intéressait pas les nouveaux venus. Ils sont exactement le contraire, ce sont des êtres humains actifs, heureux de vivre. Ils sont une aide précieuse, participant à une véritable coopération pour l’éducation de la génération naissante qui bénéficiera pour son bien, de la morale des anciens associée aux grandes lignes de la nouvelle législation, regroupant les valeurs fondamentales indispensables en leur inculquant ce que ne peuvent faire les ordinateurs : l’amour de la vie et de son prochain supervisé par la C.I.A.

Tu as faim ? La table individuelle parfaitement plane sera un écran de verre à micro-leds qui s’inclinent selon ton axe de vision avec une perspective rétablie numériquement. Tu choisiras ton menu en tapant sur des touches sensitives. Tu insèreras ta carte universelle dans le lecteur, tu mettras ton index sur un détecteur d’empreinte digitale pour valider ton identité corporelle et c’est parti ! Tu pourras assembler ton BioHamb comme tu en as envie ! Avec ou sans salade, rondelles de tomate ou pas ? Option oignons ou cornichons ? Tu veux un steak haché à base de protéines synthétique pures garanties ou d’origine végétale biologique ? Simple, double ou triple ? Cru, bleu, bien cuit ou légèrement brûlé ? Salé, poivré ? Ça se règle ! Moutarde, ketchup ou mayonnaise bio ? Les trois à la fois, c’est possible ? Oui, il y a l’option ! Un pain nature ou roussi ? Large ou X-large ? Avec ou sans les graines de seigle ? Frittes triangulaires à bord émincés ou carrées classique ? Fines ou épaisses ? Courtes ou longues ? C’est incroyable ! Tu peux régler la mesure des frittes de quatre à douze centimètres ! Même la section est réglable ! Friture Brune ou blonde ? Tu règles tes modes de cuisson avec des potentiomètres lumineux qui suivent ton doigt à travers le verre de la table et mémorisent leur position pour envoyer l’info aux robots cuiseurs qui sont plus fiables et plus rapide que n’importe quel cuisto incapable de réaliser deux fois la même cuisson. Tu n’es pas sûr de ton réglage ? Regarde la photo de ton choix, le pain change de couleur en passant de normal à carbonisé ! Idem pour les frittes et le steak avec une vue de dessus !
– Té malad’ bouaye, person-n va chouézi l’brulé !
– D’accord, d’accord, pas carbonisé, grillé ! Je vais un peu vite, j’ai exagéré, excuse-moi, ce n’est pas facile de retranscrire tout ce que tu vois quand tu baignes dans le futur. Avec cette table-écran tu pourras contrôler le débit de tes Vogues en temps réel au fur et à mesure de tes consommations. Assis devant la table-écran tu pourras choisir ce que tu désires manger et boire, sélectionner une musique relaxante qui te permettra de t’isoler avec des écouteurs sans être dérangé par le bruit ambiant. Tu veux regarder un film ? Tu peux, toutes les Majors du cinéma sont présentes, c’est mille fois mieux que le vidéo club du HIFI au premier étage ! Tu veux voir un vieux film? Un Bourvil ? Un Fernandel ? Non ? Un De Funès ? Ils y sont tous. Tu préfères les jeux d’arcade ? Oui ! Une partie de Pac-Man ? De Super Mario ? Ça fait aussi table de jeu !
– Jé faim moué ! M’en vé pa véyé in flim avan d’manjé !
– Excuse-moi, je me suis laissé emporter. Alors pour les mangeurs à heure fixe comme toi, tu valides ta commande que tu as mis quelques secondes à régler, moins d’une minute plus tard ton plateau arrive par une rampe automatisée cachée dans le mobilier décoratif du restaurant qui lie les tables les unes aux autres. Sans un bruit, une trape s’ouvre, le plateau sort avec ton menu sur mesure et s’arrête pile devant toi. L’odeur chaude du BioHamb à trois étages cuit par induction double face et roussi au laser entre dans tes narines, tu vois déjà les appétissantes frittes triangulaires à bords croustillants plonger dans le ketchup non acidifiant avant de les mener à ta bouche et électriser de plaisir tes papilles gustatives qui sont incapables de faire la différence entre le goût du sang et la saveur végétale. Tu te moques de savoir si ta bouche est assez grande pour croquer dans ce monstre de saveurs, tes glandes salivaires sont déjà en action, c’est la fête des sens ! Ta façon de régler la cuisson de ton BioHamb est parfaite ? Mémorise ton réglage. Bon apétit mon pote !
– É sa k’na pou s’rafréchi l’gozié ?
– Le Traitement Assorti Personnel Ajouté Sectoriel double paille qu’on appelle aussi Codi-Coke, pétille de milliers de bulles colorées qui s’envolent du verre comme un feu d’artifice.
– In Codi-Coke en kouleur ? Sa sé bèl ! Min sé in peu trop’ kompliké pou moué. L’jour ke toute s’merdié, d’SAGA, d’ID, d’BD, d’PC, d’SMS, d’VRP, d’TAPAS, d’BUD, d’PIS, d’CIA, d’SANG, d’AVC é d’SAMU, va tombé en pan-ne, pa konté su moué pou l’réparé ! J’préfère’ mou ti ham’ frite tradisionel, avec d’la bon-ne viand’ de beuf é dé vré pon-me de tère, su in-n tab’ en boi pou kat’ moune o Santé-Fé a Lurin. Pren-n’ in ti mouman pou blayé avec lé zan-mi, fèr’ in-n tit’ partie de biyar’ avec dé moune ki jou mieu k’moué, é perd’ avec le sourire. Ékouté d’la muzik lokale san kass’ su lé z’ortèye, m’embrouillait exprès mon farceur permanent, mète du vré kètchup’ é d’la vré moutarde dan ma moustache, fèr’ moussé mou coka ki débord’ du vère san fèr’ dé zarkansiel kosmic, é rire dé couyon-nad’ dé zun’ é dé zot’ san riské d’m’étoufé avec sa ju ki manje. En vérité d’Dieu, sa ke ch’préfèr’ sé passé in journée o Corossol en fanmigne avec mé frèr é seur, ou fèr’ du camping a Saline pou lé fète de Pake, m’okupé d’fèr’ roti su in babekiou pendan dé z’heure dé z’èle de dinde, dé ribs, dé cuisse de poule, é rempli mou vent’ dan la bon-n humeur, content d’ète la tout’ ensenm’ a profité d’la vie. Sé pa trop’ kompliké a kompren-n pou toué ?

Claude s’arrêtait un instant, un masque de contrariété s’était affiché sur ses traits comme s’il avait vu le Saint-Barth du futur comme je l’avais décrit.

– L’futur, sé pou lé grand’ ville, pou lé sien-ne ka janmé vu eine vache ou eine poule vivante, sé lé mégalopole kon-me eu criye sa. Sé pa bon pou Sem-Bath. Eu pe pa nou oblijé a viv’ kon-me eu l’a désidé. S’monde la va nou séparé. Chake moune va resté a sa kase, n’ora pu d’relasion, pu d’kontac, pu d’anmitié, pu d’amour. Tout’ sé butin la va nou fèr’ perd lé valeur d’no z’ansiyen. Sa ki konte le plus’ dan la vie, sé lé relasion humin-ne, s’vouère, s’touché, s’parlé, babiyé ossit’, pensé, révé, créé, é l’prinsipal : s’inmé. Dieu nou z’a fèt’ konme sa, on é pa dé machine, la tèknolojie pe pa remplacé not’ tcheur, not’ âme. Ta entendu ? Se « a » la a in chapo ! Sé sa ki fé la diférense rent’ nou zote é lé zordinateur. Eu peu travayé san s’arété, pa nou zote ! On a bezoin ossit’ d’vouère du moune, rakonté dé bétize, inventé dé nouvo mot, inversé lé lèt’ par eksprè pou rigolé, fèr’ dé z’éreur. On a bezoin d’parlé d’sentiman, pren-n du bon temp, s’arpozé, s’anmuzé rent’ nou zote avec dé kouyon-nad’, regnin fèr’, véyé la pli tombé su la mer, s’rechargé l’servo avec lé réyon rouje konme j’té apri. On a bezoin d’véyé lé zétouèle filante san parlé é pensé a no z’ansien kon a gardé dan not’ tcheur. Y fo pa chanjé sa. Lé zordinateur konpren argnien dan sé butin la sa. Eu s’repose janmé, eu son pa vivan konme nou zote. Si demin na pu d’élektrisité, na pu d’ordinateur ! Min nou zote, on s’ra toujou la, on é plus’ for ensem’ pace ke « In-n min lave l’ote, é lé deu min lave la figure » concluait-il sa tirade sur l’essence même de ce qu’il considérait comme la ligne de conduite à tenir malgré le modernisme qui s’approchait de l’île à grand pas.

Contrairement à mon habitude, je ne l’avais pas coupé dans son developpement tant j’appréciais l’entendre parler avec conviction quand il défendait une cause qui lui tenait à cœur. Claude possédait cette intelligence émotionnelle que ceux qui ont fait trop d’études ont définitivement perdu, leur cerveau ayant été lessivé par un savoir appris et non vécu. Par chance, il me restait cette étincelle qui me permettait de sortir de ce monde illusoire pour revenir au réel. M’éloigner de l’univers virtuel pour de véritables relations humaines, n’était pas pour me déplaire.

– Kemen k’tu fé pou kapté tout’ sé bitin la ?
– Ça vient tout seul depuis que Jacob m’a dit de ne pas louper la révolution numérique. Cet américain m’a impressionné beaucoup plus que ce que je pensais, inconsciemment ses mots tournent en boucle dans ma tête. Ici, adossé au mur, on dirait qu’on capte mieux, ça marche pour toi ?
– Munme pa en rèv’, é enkor’ moins’ en Patois !
– Quoi ? Tout le monde ne voit pas le futur ?
– Nan, sé pa tout’ moune Lapinou ! Ch’peu t’dire san m’trompé k’té en avanse su ton temp.
– Je t’ai fait partager ce que j’ai vu et je serai bien incapable d’en répéter le dixième, mais tu as raison. Qu’est-ce que tu veux que je te dise, ta logique est imparable, tu as toujours raison en relations humaines ! avais-je marqué un temps d’arrêt avant de répondre à celui dont le bon sens me remettait une fois de plus sur le bon chemin.
– Ta bu keukchoze à bord ?
– Merde ! Je n’ai pas fait attention à ça, j’aurais du éviter, tu crois qu’ils mont fait boire une mixture de sorcier ?
– Té d’venu trop’ bizar !
– Punaise, j’ai failli me laisser convaincre par un système semi-totalitaire avec une facilité déconcertante, comme si j’avais reçu une injection de données mentale sur la normalité de demain. Tout avait l’air si parfait ! Il n’empêche que le programme est dans l’air, quelque part au-dessus de nos têtes. Si je l’ai vu, d’autres le verront.
– Eu peu viv’ konme eu veu o zétazuni, min sa s’ra san moué. Té pa oblijé d’suiv’ leu kouyon-nad’, non ! Fo profité d’la vie a prézan pace k’on kon-né pa de ki k’demin s’ra fèt’ ! Tu koué ka la vitèss k’on é ki va, la planète va pouvouère kontinué a nou nouri ? Tu voué pa ki n’a pu d’pouésson kon-me dan l’temp ? Ki fo alé o diabe bouyi pou avouère dé gro pouésson ?
– Tu as entièrement raison, ton père me l’avait déjà dit, tu vois, je ne m’en souvenais plus.
– Sem-Barth va avouèr dé gro problinme si eu kontinu a don-né dé permi a tout’ lé kalité d’babath ki konstrui unik-man pou reven’ é fèr’ d’larjan. Sa kon va fèr’ kant’ la valeur dé térin va d’ète multiplié par dis, par sinkant’, par cent ? Lèsse le futur ola k’yé, yé k’ariv’ in-ne tite béké trop’ vite d’apré moué.
– Ok, d’accord, j’arrête de réfléchir. Au fait, pour passer de la poulette au bourricot, ça a plu à Daniel les modèles de frises que je lui ai fait ?
– Sé dé bèl frize, oui, min sé kompliké a détouré. Daniel a don-né s’travaye la a fèr’ a Didier le ti frère a Olivette, min ya pa kontinué, sa fé trop’ mal o do.
– Ah ? Il faudrait concevoir une machine qui puisse usiner une feuille entière de contreplaqué. Il faudrait une fraiseuse géante capable de suivre le tracé des frises. Une machine pilotée par ordinateur, on dessinerai le modèle et l’ordi enverrait le programme à la machine qui fabriquerai la frise sans que l’on fasse d’efforts.

Claude me regardait cette fois-ci avec des yeux ronds, la bouche entrouverte.

– Quoi ? Là c’est bon ! Hein Claude ? Puisque c’est pénible à fabriquer, la machine peut remplacer l’homme dans ce cas ! Qu’est-ce que tu en penses ? J’ai encore dit une bêtise ?
– Alé, grouye-toué, yé l’eure !
– L’heure de quoi ? Tu as des comptes à rendre à quelqu’un ? Je croyais que tu étais libre !
– Moué lib’ ? T’obliye ke ju marié ! É sé pa in-ne tite’ afèr’ ! Ma fonme arète’ pa d’criyé su moué pou fini la kaze vit’men pace k’a veu avouère dé zanfan. Min moué ju pa paré. J’travaye konme in fou, jé munme pa trente an, ju d’ja lasse. Sacré ton’nère ! J’ariv’ pa a kouère ke ch’té di sa !
– Je n’ai rien entendu. Je suis presque comme toi. Je n’ai pas encore de bague au doigt, ne paye pas d’impôts, et même si je me sens beaucoup plus libre ici qu’en France, j’ai le sentiment que nous sommes inconsciemment liés aux rouages du système qui se fait de plus en plus présent dans nos vies, qui s’insère subrepticement dans nos esprits. Comme tu le dis, je n’ai pas la télé, mais je lis des revues spécialisées qui sont criblées de pubs. On ne nous impose rien, on nous propose. On nous expose au matraquage publicitaire intensif. Par la répétition, nos cerveaux enregistrent comme l’eau absorbe l’éponge.
– Sé l’kontrère, té ki réfléchi a l’enver’ !
– Très juste, j’ai inversé, je l’ai fait exprès pour voir si tu suivais ! zig-zaguais-je verbalement. A force d’entendre la même pub, surtout si elle est attrayante, ça devient une nécessité d’acquérir l’objet en question. Ça rentre dans nos têtes et ça n’en sort plus, comme si la publicité était conçue visuellement et auditivement pour motiver les esprits, déclencher le réflexe d’achat. J’ai le désir permanent d’en avoir toujours plus, persuadé que cela rendra ma vie meilleure. Les deux livres consacré à la photo édités par Canon ont rempli parfaitement leur mission. Avec moi, ils ont gagné beaucoup d’argent.
– Tu peu l’ardire ! Ta plus’ de matériel k’la vitrine a HIFI Center !
– Oui. Ça y est ! J’ai saisi comment ils font. Nous sommes conditionnés, possédés par la pub ! La publicité est étudiée pour stimuler en un instant une réaction mentale sur le public à des fins commerciales ou pire encore, à occuper de l’espace dans notre mémoire individuelle et collective. La télé ne nous informe pas, elle nous forme. A chaque fois que l’on devra faire référence à quelque chose ou a analyser une situation, on ira puiser dans notre mémoire, y rassembler tout ce qui concerne le sujet et après analyse se faire une idée, donner son avis. Or, si nous avons tous emmagasinés la même info mensongère à notre insu qui nous a fait croire années après années que c’était bon pour nous, en pensant bien faire, nous faisons tous fausse route. Sauf pour l’industrie qui sournoisement a transformée notre raison en croyance et vers qui on se tourne puisqu’elle est à l’origine de ce besoin illusoire qu’elle a elle-même créé !
– Tu kasse trop’ ta tète !
– Non, écoute, je n’ai jamais aimé l’histoire, mais j’en ai retenu quelques phrases qui valent le détour. Napoléon a dit : « l’histoire est une suite mensonge sur lesquels nous sommes d’accord ». Qui est d’accord avec qui si ce n’est l’oligarchie entre elle et pour cacher quoi aux peuples ? Ce sont les vainqueurs qui écrivent l’histoire, selon leur vision ! Goebbels, le ministre de la propagande d’Hitler disait : « Un mensonge répété dix fois reste un mensonge, mais répétez-le dix-mille fois, il devient la vérité ». Si on ne met dans nos têtes que des choses fausses ou orientées apprises mécaniquement à l’école, vu à la télé ou matraqué à la radio, on ne peut résonner qu’avec une base de données fausse. Tu te rappelles du « x » qui a quatre façons d’être prononcé ? C’est à force de répéter des dixaines de fois un mot qu’on arrive à faire mentir la phonétique. On ne prononce plus les lettres du mot, on articule une photographie auditive du mot. On devrait tous parler le Patois, parce qu’il n’y a que le Patois qui ne triche pas !
– Tu koué k’eu mété par èkspré dé vieu butin dan note tète ?
– Je peux te chanter par cœur la chanson de l’Ile Aux Enfants avec Casimir qui aurait du s’écrire avec un « K » majuscule, sans l’avoir jamais apprise ! Comment tu expliques ça ?
– Ju pa dan lé zafèr’ d’mind control !
– De quoi ?
– Dé boug d’la CIA ki fé dé z’èskpériens’ su le servo dé moune pour mieu nou kontrolé. Sé le projé MK Ultra.
– Comment tu sais ça toi ?
– Sé l’fis d’in améritchin-n ke ch’kon-né depi tou p’tit ki vien chake an-né pou la Saint-Louis ki m’rakont’ in patchète de butin su lé z’USA. Le boug’ m’avé parlé d’in program’ difuzé par satélit’ pou influensé l’moun’. Janmé j’oré kru k’sété possib’. Té ki manje ton dentifris’ ?
– Non ! Pourquoi tu me demandes ça ?
– Pace ke ton servo s’t’in-n antèn-ne. Le program’ fonksion-ne ke si té plin d’aluminium dan ta tèt’. Eu n’en mé tou partou. Dan l’dentifrise na ossit’ du fluor pou ren’ le moune docile. Na d’l’alu dan lé champoin, lé déodoran, lé produi d’makiyage, lé bouète de konserv’ é lé choyère… Eu veu kon fonksion-ne konm’ dé zantèn-ne pou nou don-né dé z’envi. Tu koué k’sé toué ka in-ne idé, min pendant s’temp la sé l’program’ ki parle pou toué.
– C’est nouveau ? Ça vient de sortir ce programme ? C’est militaire ?
– S’été militèr’ en prenmié ! Eu la kemonsé dan les zan-né 50 avec lé z’image rajouté dan lé film pou orienté lé z’envi. Apré sa eu l’a dévelopé l’program pou manipulé lé politisien, min lé z’industriel d’l’agro-alimentèr’ véyé sa avec lé kat’ zieu d’la C.I.A pou avouère enkor’ plus’ de kontrol’ su l’bizness. Tu kon-né kemen ké lé z’améritchin-n, eu veu tout’ pou eu minme ! Ki l’eure k’ta ?
– Quinze heures cinquante neuf et cinquante-deux secondes. Oula-la-la-la ! Tu vas arriver en retard ! C’est de ta faute, c’est toi qui a voulu jouer à la balle !
– Sa m’fé du bien a mou corp. Alé lève ton tchu d’la é moute a bor’, fé vit’ !
– Une seconde, je m’enlève le sable qui me colle aux cuisses, sinon je vais en mettre plein le siège passager. Quinze heures, cinquante-neuf et cinquante-neuf secondes, quinze heures soixante ! Merde Claude, ma montre débloque ! Quinze heures soixante-trois ! Ça y est, y’a un truc qui va pas ! bluffais-je avec le plus grand sérieux.
– Sé l’numérik mou pote, j’tavé averti ! jouait le jeu celui qui me connaissait comme sa poche en démarrant la Pony.

On devrait en premier, apprendre à gérer sa santé physique,
On devrait en second, parvenir à s’équilibrer, mentalement,
On devrait réfléchir qu’à un bien être collectif harmonique,
On devrait avoir qu’un objectif commun, préserver la vie,
On devrait cultiver qu’une seule chose, la biodiversité,
On devrait parler uniquement le Patois Corossolien,
On devrait aimer seulement, que ce qui est vivant,
On devrait utiliser le rire pour vaincre notre peur,
On devrait prier qu’une seule divinité, le Soleil.

– Sak t’ékri su l’ajenda ?
– Un truc qui me passe par la tête. Un résumé de ce que ressens, des mots que j’entends raisonner dans ma tête.
– Tu va fèr’ in liv ? N’ora dé foto d’dan ? N’ora toute sa k’ta noté ?
– Je ne peux pas te répondre Claude, je fonctionne au feeling. Je ne calcule jamais rien de ce que je fais. Je le fais parce que ça me fait plaisir, parce que ça me convient ou que c’est supportable comme le marteau-piqueur, parce que ça m’apporte la satisfaction d’un travail bien fait et que je suis un des rares à savoir le faire correctement. Parce que ça te rend service aussi. Ce n’est pas dans mes habitudes de planifier, mais je me rends bien compte que si je continue de gérer mon énergie et mon argent comme je le fais, je vais vite m’épuiser. J’ai l’impression qu’il est l’heure pour moi de sortir de l’enfance et de devenir adulte. Ça ne m’enchante pas, mais il faut que je passe par là, c’est dans l’ordre des choses. Un jour l’oiseau s’envole du nid. Il part ailleurs faire le sien. Moi je me suis envolé du nid il y a quelques années, fier de ma décision et de mon courage, mais je vis sur les branches des arbres. Je n’ai pas fabriqué mon nid comme toi. J’ai besoin de m’enraciner quelque part.

La Pony arrivait à hauteur du Garage Louis à Public. A quelques mètres de là, un gars de l’atelier de carrosserie faisait encore de la soudure penché sur le plancher de ma Brasilia les quatre portes ouvertes. Tels des éclairs, des gerbes de lumière blanche me piquaient les yeux. Je m’approchais de la voiture quand un autre gars m’interpelait.

– Vous venez pour la Brasilia ? C’est quasiment terminé. Elle sera prête d’ici trente minutes, le temps de finaliser la fixation du siège qu’on a du entièrement refaire, m’informait le gars en casquette de base-ball qui parlait avec un cure dent dans la bouche.
– Ah super, merci beaucoup !
– Un coup de blackson et vous pourrez partir avec sans risque que le siège tombe sur la route ! Par contre ne prenez personne coté passager. C’est plus prudent, il est temps qu’il y ait un contrôle technique à Saint-Barth, on ne devrait pas laisser rouler des voitures aussi rouillées que la vôtre. Tout le bas de caisse coté droit à besoin d’être refait ! Et je ne parle pas des ailes, des capots, il y a des trous partout !
– Je reçois ma voiture neuve le mois prochain. Je ne vais pas investir pour une dizaine de jours, c’est de l’argent perdu.
– Quelle marque de voiture ?
– Une Volkswagen Saveiro.
– Emmenez-là nous, on vous fera une vraie protection au blackson avant qu’elle commence à rouiller, vous gagnerez des années avec ce traitement.
– D’accord, c’est combien le traitement ?
– Ne vous tracassez pas, sur les voitures neuves on peut vous faire un prix très raisonnable, il n’y a rien à décaper. Comme vous êtes client chez nous, on va vous arranger ça, souriait le carrossier bizness-man.
– Ok, on fait comme vous avez dit. Ça me convient.

En trois enjambées je retournais vers la Pony et demandais à Claude :

– Ça t’embête si je viens avec toi ? La voiture n’est pas prête.
– Ju ki va charsé in-ne kon-mission you AMC en ville pou ma mère, é ju ki’retourne o Corossol.
– Parfait, avec une demi-heure on aurait même le temps d’aller faire les courses chez Jojo à Lorient ! Tu me déposes au retour, j’attendrai s’il le faut, ça te va ?
– Méssieu zé dame ! N’a k’in seul boug konme toué écite ! Jé janmé vu in garaje travayé ossi tard. N’a in patchète de butin ki chanje a Sem-Bath. Sé plu konme avan. Té ki vien m’don-né in koup d’min pou l’tournoi d’volley-ball sanmdi a Gran Galèt’ ?
– Un coup de main pourquoi faire ?
– Fouyé dan l’sab’ pou mèt’ lé poto du filé d’volley.
– Je passerai en coup de vent, promis ! J’ai des angles de vue à photographier qui me donnent du fil à retordre sur une villa de Pointe Milou.
– Ta bezoin d’in koup d’min ?
– Non, merci. Il faut que j’y aille tôt le matin et tard dans l’après midi à cause d’une baie vitrée panoramique orientée d’Est en Ouest qui est très mal éclairée en milieu de journée. J’y suis déjà allé deux fois, il y a des statues d’hommes nus partout, et je ne te parle même pas des tableaux accrochés au mur. C’est très tendance paraît-il, c’est la mode. Ça me gonfle tout ça, je ne sais pas si je vais continuer longtemps à travailler pour l’agence. Coté discrétion, comme tu dis, c’est sûr que ce n’est plus comme avant !

Nous arrivions à hauteur de ce qui avait été le restaurant La Langouste qui était en démolition, situé à quelques dizaines de pieds de distance d’AMC.

– Arrête-toi Claude, j’ai vu quelque chose. J’en ai pour dix secondes !
– Pa avouèr peur, on é t’arivé !
– Je t’attends ici, je suis sur le chantier de démolition.
– Vèye à toué, mé té soulié o moins, riské k’tu va t’fen’ in pié’ !

Je sortais de la pony en plein Gustavia, en maillot et tee-shirt, docksides aux pieds, longeait le trottoir d’AMC, regardait attentivement ce qui restait du bâtiment principalement construit de bois. Je cherchais quelque chose en particulier parmi les matériaux qui avaient composé l’un des restaurants les plus connus de la ville. Gisant-là devant moi, coincé entre quelques planches peintes de vert, un morceau de frise décorative de bord de toit couleur ivoire ou plutôt blanc vieilli par le soleil, m’attendait. Je tirais dessus de toutes mes forces, mais je n’arrivais pas à sortir ce mètre de frise entièrement fait à la main un demi siècle auparavant. Dix minutes passaient, le morceau de frise bougeait à présent, mais je n’arrivais toujours pas à le sortir. Quelque chose le coinçait à la base.

– Ch’te foumbiyète k’tu veu in kou d’min !
– Pfffffffff ! soufflais-je surpris par la voix de Claude qui arrivait dans mon dos. Tu m’as fait sursauter !
– Ta peur pou argnien.
– Il y a des aliens partout sur cette planète, je le sais, j’ai vu toute la série des Envahisseurs avec David Vincent, fais voir ton petit doigt ! rigolais-je d’avance, n’arrivant pas à garder mon sérieux.
– Toué munme ! Ju pa in soucougnan sakré ton-nère ! me répondait Claude en conservant sa félicité légendaire.
– Tu me fais rire. Je voudrais récupérer ce morceau de frise sans l’abîmer, tu crois que c’est possible ?

Frise du restaurant La Langouste, Gustavia 1987

– Fé vit’, sé t’in-n propriété privé écite.
– On ne fait rien de mal, tout va être jeté à la décharge !
– Petète bien. Fo kouère, la modite é bien koinsé ! essayait-il à son tour de dégager cette merveille entièrement faite à la main.
– Tu as vu comme elle est belle ? Du pur style Saint-Barth dessinée qu’avec des cœurs, une vraie antiquité ! Il y a au minimum six couches de peinture sur cette planche ! Attends, on va essayer à deux, proposais-je à mon coéquipier avant que le morceau de frise finisse par s’extraire du tas de bois brisé.
– Sak tu va fèr’ avec sa ?
– Une entreprise, répondais-je sans avoir réfléchi une seconde à ce que je venais de dire. Je l’appellerai Frizes Laroyale avec un « z » pour respecter la phonétique ! continuais-je à parler, entièrement inspiré par mon ange gardien.
– In bin toué alor’, tu m’fé in-n bel’ surprize. Ch’koué k’ta touvé ola k’tu veu alé.
– Tu crois ?
– Oui !
Sa st’in bèl futur, en vérité d’Dieu !

A suivre…

 

Rédigé le 27 juillet 2021
Texte & dialogues : Marc-Éric
Traduction patois : Marc-Éric
Relecture, correction Patois et rajouts : J

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6 commentaire

  1. Bravo et merci pour ces récits très captivants qui nous projettent dans notre passé et nos souvenirs de jeunesse, les anecdotes et notre patois bien de chez nous surtout avec l’inoubliable Claude où on revoit son beau sourire avec ses fossettes ! 😁

    Nous entrons si vite dans chaque récit qu’on se croirait dans le réel, vous deux font la paire, bonne lecture silencieuse ! 😁

    1. Merci Marie-Victoire, heureux que ces recits te plaisent !
      En y apportant quelques points de repères, ils feront partie, je l’espère, de l’héritage Saint-Barth pour les générations futures ! :rabbit::smile::rabbit:

  2. Encore un magnifique plongeon dans le passé et un bond dans le futur avec des innovations qui, c’est clair, à cette époque paraissaient quasi inconcevables !
    Un très beau et divertissant moment de lecture comme toujours. La bonne humeur de Claude en toute circonstance est contagieuse. Il aurait êté certainement très peiné de voir la triste évolution de notre société.

    1. Comme c’est bon de lire tes commentaires Caroline ! Je ne jouerai pas aux flechettes avec toi, tu as le don pour taper dans le mille ! :joy::joy:

      Merci à toi d’être passée par là, et rendez-vous au prochain récit ! :rabbit::wink::rabbit:

  3. Marie-France Magras-Peter

    Merci à toi de me faire partager cet épisode des mains magiques. Je me suis régalée dans cette lecture, j’ai apprécié tes petites phrases en patois qui m’ont ramené un peu dans mon passé. Tu décris exactement ce qui pourrait nous être imposé dans l’avenir suite à ce que nous vivons aujourd’hui dans le présent. Bravo pour ce beau récit :clap::clap::clap:

    Tous mes encouragements et bonne continuation pour la suite ❤:thumbsup:

    1. Merci Marie-France pour ton commentaire juste et tes encouragements. Cela fait onze ans maintenant que tu me suis dans cette aventure qui a commencée par un simple récit de photo de fleurs. Jamais je n’aurais pensé aller aussi loin ! 🙂

      Heureusement, je suis bien entouré avec nombre de Saint-Barths qui n’hésitent pas une seconde à m’aider à chaque fois que je leur demande de l’aide.
      Un beau travail collectif ! :rabbit:❤:rabbit:

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